✍️ Par la Rédaction Magicfit · ⏱️ Lecture 20 min · 📅 Publié le 24 mars 2026
Investigation · Amérique latine · Obésité · Prévention · Ce que disent les études
L’obésité progresse dans le monde entier, et l’Amérique latine en est l’un des terrains les plus étudiés : c’est là qu’ont été évaluées certaines des politiques de prévention les plus suivies, de la taxe mexicaine sur les boissons sucrées à la loi chilienne d’étiquetage. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 16 % des adultes du monde vivaient avec une obésité en 2024, et la proportion d’adultes en surpoids atteignait 68 % dans la Région des Amériques, la plus élevée des régions de l’OMS. Voici ce que mesurent les grandes études, ce qu’ont donné les mesures prises en Amérique latine, ce que l’on sait des nouveaux médicaments, et ce que la France peut en retenir.
Une précision de méthode. Cet article ne cite que des sources que nous avons lues : la fiche de l’OMS sur l’obésité et le surpoids (mise à jour du 7 octobre 2026), les résumés publiés des études citées, et le code de la santé publique dans la compilation codes.droit.org.
Une précision de transparence. Magicfit est un réseau de clubs de sport en licence de marque. Cet article est une synthèse documentaire sur la santé publique ; il ne promet aucun résultat, ni pour la santé d’une personne ni pour l’activité d’un club.
1. Ce que mesurent l’OMS et la NCD-RisC
Deux sources font référence pour suivre l’obésité dans le monde. La première est l’OMS. Sa fiche d’information, mise à jour le 7 octobre 2026, indique qu’en 2024 2,6 milliards d’adultes de 18 ans et plus étaient en surpoids, soit 45 % des adultes, dont 940 millions vivaient avec une obésité, soit 16 % des adultes. En 1990, 25 % des adultes étaient en surpoids ; la prévalence mondiale de l’obésité adulte a plus que doublé entre 1990 et 2024. Chez les enfants et adolescents de 5 à 19 ans, la part en surpoids est passée de 8 % en 1990 à 20 % en 2024.
La même fiche donne un écart régional frappant : la prévalence du surpoids chez l’adulte allait en 2024 de 32 % dans les régions OMS de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique à 68 % dans la Région des Amériques. Cette région de l’OMS réunit l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale, les Caraïbes et l’Amérique du Sud : le chiffre ne décrit donc pas l’Amérique latine seule, et il ne faut pas le lui attribuer tel quel.
La seconde source est la NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RisC), un réseau de chercheurs qui rassemble des mesures réelles de poids et de taille. Son analyse publiée dans The Lancet en 2024 repose sur 3 663 études représentatives et 222 millions de participants, dans 200 pays et territoires, de 1990 à 2022. Elle conclut que la prévalence cumulée de la maigreur et de l’obésité a augmenté chez les femmes dans 162 pays (81 %) et chez les hommes dans 140 pays (70 %). En 2022, cette prévalence cumulée était la plus élevée dans des États insulaires des Caraïbes et de Polynésie et Micronésie, ainsi qu’au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Chez les enfants et adolescents, les pays les plus touchés étaient en Polynésie et Micronésie et dans les Caraïbes pour les deux sexes, et le Chili et le Qatar pour les garçons.
Ce que l’on peut dire avec ces deux sources tient donc en peu de mots : l’obésité augmente presque partout, les Amériques forment la région de l’OMS où le surpoids adulte est le plus fréquent, et certains pays d’Amérique latine et des Caraïbes figurent parmi les plus touchés, en particulier chez les jeunes. Pour un chiffre pays par pays, il faut se reporter aux tableaux de la NCD-RisC ou aux enquêtes nationales, pas à des moyennes régionales recopiées d’article en article.
2. Pourquoi l’obésité progresse : ce que dit l’OMS
L’OMS décrit l’obésité comme une maladie chronique qui résulte d’interactions complexes entre l’environnement, des facteurs psychosociaux et une susceptibilité biologique, la variation génétique influençant la susceptibilité de chacun. Elle insiste moins sur les comportements individuels que sur les environnements : des environnements « obésogènes », qui limitent l’accès à une alimentation saine, abordable et durable, qui restreignent les occasions d’activité physique en sécurité, et qui sont façonnés par les forces du marché et par des cadres juridiques et réglementaires insuffisants.
La fiche ajoute un constat qui éclaire le cas latino-américain : la prévalence de l’obésité augmente aujourd’hui plus vite dans les pays à revenu faible et intermédiaire, et dans de nombreuses populations rurales, que dans les populations urbaines et les pays à revenu élevé auxquels on l’associait autrefois.
Beaucoup de ces pays affrontent ce que l’OMS appelle la double charge de la malnutrition. Ils doivent encore faire face aux maladies infectieuses et à la dénutrition, tout en connaissant une hausse rapide de facteurs de risque comme le surpoids et l’obésité. Les enfants y sont exposés à des aliments riches en graisses, en sucre et en sel, denses en énergie et pauvres en micronutriments, souvent moins chers ; associés à une activité physique plus faible, ces régimes entraînent une forte hausse de l’obésité infantile alors que la dénutrition n’est pas réglée.
Ce cadre explique pourquoi les gouvernements d’Amérique latine ont surtout agi sur l’environnement : le prix des boissons sucrées, l’information sur les emballages, la vente dans les écoles, l’espace public. C’est aussi ce que recommande l’OMS : une action coordonnée sur les systèmes alimentaires, l’environnement bâti, les politiques fiscales et réglementaires et les systèmes de santé.
3. L’activité physique : le chiffre de la région
Pour l’activité physique, la référence est l’analyse de Guthold et ses collègues, publiée dans The Lancet Global Health en 2018 : 358 enquêtes dans 168 pays, 1,9 million de participants. Elle mesure la part des adultes qui n’atteignent pas les recommandations, c’est-à-dire au moins 150 minutes d’activité d’intensité modérée ou 75 minutes d’activité intense par semaine, en comptant le travail, la maison, les déplacements et les loisirs.
En 2016, cette part était de 27,5 % dans le monde, avec plus de 8 points d’écart entre les hommes (23,4 %) et les femmes (31,7 %). Les niveaux les plus élevés concernaient les femmes d’Amérique latine et des Caraïbes (43,7 %), d’Asie du Sud (43,0 %) et des pays occidentaux à revenu élevé (42,3 %). La prévalence de l’inactivité était plus de deux fois plus élevée dans les pays à revenu élevé (36,8 %) que dans les pays à revenu faible (16,2 %), et elle augmentait dans les premiers.
Ce résultat nuance une idée reçue. L’inactivité n’est pas propre aux pays pauvres : elle accompagne l’urbanisation, la motorisation et le travail sédentaire. Et l’écart entre les femmes et les hommes, très marqué en Amérique latine, rappelle que l’accès à une activité physique sûre et adaptée n’est pas le même pour tous.
Les recommandations de l’OMS de 2020, publiées par Bull et ses collègues dans le British Journal of Sports Medicine, fixent pour les adultes 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité intense, et des exercices de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine. Elles ajoutent que toute activité vaut mieux que rien, et qu’il faut limiter le temps passé assis.
4. Le Mexique : ce qu’a donné la taxe sur les boissons sucrées
En janvier 2014, le gouvernement fédéral mexicain a instauré une taxe d’un peso par litre sur les boissons sucrées et une taxe de 8 % sur les aliments non essentiels à forte densité énergétique. C’est l’une des mesures de santé publique les plus étudiées au monde.
La première évaluation, publiée dans le BMJ en 2016 par Colchero et ses collègues, porte sur les achats de boissons de 6 253 foyers dans 53 villes de plus de 50 000 habitants, de 2012 à 2014. Par rapport à ce qu’auraient été les achats sans la taxe, estimés à partir des tendances antérieures, les achats de boissons taxées ont baissé en moyenne de 6 % en 2014, et la baisse s’est accentuée jusqu’à 12 % en décembre 2014. Les foyers de niveau socio-économique bas ont réduit davantage leurs achats : 9 % en moyenne sur l’année, jusqu’à 17 % en décembre. Les achats de boissons non taxées ont augmenté de 4 %, surtout l’eau en bouteille.
Une évaluation plus récente, publiée en 2025 dans BMJ Public Health, couvre les quatre années suivant la taxe, avec six vagues de l’enquête nationale sur les revenus et les dépenses des ménages, de 2008 à 2018. Les achats d’aliments non essentiels à forte densité énergétique ont baissé en moyenne de 7,0 % et ceux de boissons sucrées de 4,4 %. Les achats de boissons non taxées ont augmenté de 10,9 %. Les baisses variaient selon le type de commerce : forte dans les petits commerces de quartier et sur les marchés publics, alors que les achats de boissons sucrées augmentaient dans les supérettes. Les auteurs y voient la possibilité que la taxe n’ait pas été entièrement répercutée sur les prix, ou que des promotions l’aient compensée.
Ces deux études mesurent des achats, pas des kilos. Elles montrent qu’une taxe modeste modifie les comportements d’achat, surtout chez les foyers modestes ; elles ne disent pas, à elles seules, de combien la taxe a fait baisser l’obésité.
5. Le Chili et le Pérou : étiqueter, restreindre, reformuler
En 2016, le Chili a mis en œuvre sa loi sur l’étiquetage et la publicité des aliments. Selon l’étude de Taillie et ses collègues, publiée dans PLOS Medicine en 2020, c’était la première réglementation nationale à imposer ensemble trois mesures pour les aliments et boissons dépassant des seuils de sucres ajoutés, de sodium, de graisses saturées ou de calories : des avertissements sur le devant de l’emballage, une restriction du marketing destiné aux enfants et l’interdiction de leur vente dans les écoles.
L’étude a suivi les achats de boissons emballées de 2 383 foyers urbains, de janvier 2015 à décembre 2017. Par rapport à ce qu’auraient été les achats selon les tendances d’avant la loi, le volume de boissons soumises aux avertissements a baissé de 22,8 millilitres par personne et par jour, soit 23,7 %. Les calories issues de ces boissons ont baissé de 27,5 %. Les foyers dont le chef de famille avait un niveau d’études faible ou élevé ont connu des baisses absolues comparables, d’environ 27 millilitres par personne et par jour.
Le Pérou a suivi en 2019 avec sa propre politique d’avertissements sur les emballages. Une étude publiée en 2026 dans BMJ Global Health a comparé les produits vendus avant et après sa mise en œuvre : la part des produits dépassant au moins un seuil est passée de 61 % à 55 % parmi les aliments et de 31 % à 19 % parmi les boissons. Les fabricants avaient reformulé une partie de leurs produits pour échapper aux avertissements.
Là encore, ces travaux mesurent des achats et la composition des produits. Ils montrent que l’information et la réglementation changent l’offre et la demande ; ils ne mesurent pas directement le poids de la population. Ils sont pourtant la base de ce que l’OMS appelle les politiques fiscales et réglementaires contre l’obésité.
6. Les Ciclovías : rendre la rue aux habitants
L’autre apport latino-américain concerne l’activité physique. Les Ciclovías recreativas ferment temporairement des rues aux véhicules pour les ouvrir à la marche, au vélo et aux loisirs. Selon l’étude de Sarmiento et ses collègues, publiée dans Preventive Medicine en 2017, 93 % des programmes réguliers de ce type se trouvent dans des pays d’Amérique latine, et leur plus forte expansion date des années 2000.
L’étude a recensé 67 Ciclovías dans sept pays en 2014 et 2015. Le nombre de participants par événement allait de 40 à 1 500 000, avec une médiane de 1 600 ; la longueur des parcours allait de 1 à 113,6 kilomètres, avec une médiane de 3. Dans 89,3 % des programmes, les parcours reliaient des quartiers à revenus modestes ou intermédiaires et des quartiers aisés, et 61,2 % comptaient des participants issus de minorités. L’activité complémentaire la plus fréquente était le cours d’activité physique (94 % des programmes), et 80 % promouvaient le vélo.
Les cinq programmes étudiés en détail répondaient aux définitions de la durabilité et du passage à l’échelle. Tous bénéficiaient d’un soutien public, d’alliances, d’une appropriation par les habitants et de financements stables. Les auteurs y voient des exemples prometteurs de programmes inclusifs pour promouvoir l’activité physique. Une revue publiée en 2025 dans Frontiers in Public Health a recensé 59 études sur ces programmes de rues ouvertes dans les Amériques, et 63 stratégies distinctes de mise en œuvre.
Ce que montrent les Ciclovías est simple : l’espace public peut devenir un lieu d’activité physique régulière, gratuit, partagé entre quartiers. Elles ne remplacent ni l’école, ni le club, ni le soin ; elles abaissent la première marche.
7. Une ou deux séances par semaine : l’étude de Mexico
Le Mexico City Prospective Study apporte un résultat utile à tous ceux qui manquent de temps. Publiée dans le British Journal of Sports Medicine en 2024 par O’Donovan et ses collègues, l’analyse porte sur 154 882 adultes de Mexico, âgés en moyenne de 52 ans, interrogés de 1998 à 2004 et suivis en moyenne 18 ans ; 26 006 décès ont été enregistrés.
Les chercheurs ont comparé trois groupes : ceux qui ne faisaient pas d’exercice, ceux qui en faisaient une ou deux fois par semaine, appelés « guerriers du week-end », et ceux qui en faisaient plus souvent. Par rapport aux personnes sans exercice, le risque de décès toutes causes était plus faible de façon comparable dans les deux groupes actifs : rapport de risque de 0,88 pour les guerriers du week-end comme pour les actifs réguliers. Les associations allaient dans le même sens pour les décès cardiovasculaires et par cancer, mais elles étaient plus faibles. Les réductions nettes du risque n’apparaissaient que lorsque les séances duraient au moins 30 à 60 minutes.
Il s’agit d’une étude d’observation : elle montre une association, pas une preuve de cause à effet, et les auteurs ont ajusté leurs analyses sur les facteurs de confusion qu’ils pouvaient mesurer. Leur conclusion est prudente : même des adultes très occupés pourraient tirer bénéfice d’une ou deux séances d’exercice par semaine.
8. Les nouveaux médicaments : ce que disent les essais
Depuis 2021, deux familles de médicaments ont changé le traitement de l’obésité : le sémaglutide, agoniste du récepteur du GLP-1, et le tirzépatide, agoniste double des récepteurs du GIP et du GLP-1. Ces médicaments se prescrivent ; leur usage relève du médecin, pas d’un club de sport ni d’un article.
L’essai STEP 1, publié dans le New England Journal of Medicine en 2021 par Wilding et ses collègues, a inclus 1 961 adultes sans diabète, avec un indice de masse corporelle d’au moins 30, ou d’au moins 27 avec une complication liée au poids. Avec le sémaglutide à 2,4 mg par semaine pendant 68 semaines, ajouté à une intervention sur le mode de vie, la variation moyenne du poids a été de −14,9 %, contre −2,4 % avec le placebo.
L’essai SURMOUNT-1, publié dans la même revue en 2022 par Jastreboff et ses collègues, a inclus 2 539 adultes sans diabète. À 72 semaines, la variation moyenne du poids a été de −15,0 % avec 5 mg de tirzépatide par semaine, −19,5 % avec 10 mg et −20,9 % avec 15 mg, contre −3,1 % avec le placebo. Les effets indésirables les plus fréquents étaient digestifs, le plus souvent légers à modérés.
Deux résultats complètent ce tableau. Le premier concerne l’arrêt du traitement. Dans l’extension de STEP 1, publiée en 2022 dans Diabetes, Obesity and Metabolism, 327 participants ont été suivis un an après l’arrêt du sémaglutide et de l’intervention sur le mode de vie : ils avaient repris les deux tiers du poids perdu, et la plupart des améliorations cardiométaboliques étaient revenues vers leur niveau de départ. Les auteurs y voient une confirmation du caractère chronique de l’obésité.
Le second concerne l’exercice. L’essai de Lundgren et ses collègues, publié dans le New England Journal of Medicine en 2021, a suivi 195 adultes avec obésité qui avaient perdu en moyenne 13,1 kg grâce à un régime hypocalorique de 8 semaines. Pendant un an, ils ont reçu au hasard un programme d’exercice d’intensité modérée à élevée, du liraglutide, un analogue du GLP-1 plus ancien, les deux, ou un placebo. Par rapport au placebo, la différence de poids a été de −4,1 kg avec l’exercice, −6,8 kg avec le liraglutide et −9,5 kg avec l’association. L’association a fait baisser le pourcentage de masse grasse de 3,9 points, environ deux fois plus que chacun des traitements seul.
Ces essais ne permettent pas de dire que l’exercice « remplace » le médicament, ni l’inverse. Ils montrent que le maintien du poids perdu est difficile, qu’à l’arrêt du traitement une large part du poids revient, et que l’exercice encadré apporte un bénéfice propre, en particulier sur la composition corporelle. Une revue publiée en 2026 dans Nutrients rappelle que la perte de masse maigre sous ces traitements est généralement proportionnelle à la perte de poids, et que l’apport en protéines et l’entraînement en résistance comptent parmi les déterminants de la préservation musculaire.
9. Le coût de l’obésité : ce que l’on peut écrire
Le coût économique de l’obésité est souvent avancé en chiffres ronds, sans source. Nous n’en reprenons qu’un, parce que l’OMS le cite dans sa fiche d’information avec sa référence : si rien n’est fait, le coût mondial du surpoids et de l’obésité devrait atteindre 3 000 milliards de dollars par an en 2030 et plus de 18 000 milliards en 2060. Il s’agit d’une projection mondiale, pas d’un chiffre propre à l’Amérique latine ou à la France.
La même fiche indique qu’un indice de masse corporelle supérieur à l’optimum a causé environ 3,7 millions de décès en 2023, en augmentant les décès dus aux maladies cardiovasculaires, au diabète et aux cancers. Elle rappelle aussi qu’en l’absence de prise en charge à temps, l’obésité de l’enfance persiste souvent à l’âge adulte.
Pour l’Amérique latine, nous n’avons pas lu d’estimation régionale du coût de l’obésité dont nous puissions vérifier la méthode : nous n’en donnons donc pas. Pour la France, la même prudence vaut : un coût national se cite avec son étude, sa méthode et son année, ou ne se cite pas.
10. La France : où en est-elle ?
La dernière enquête de la série Obépi-Roche, menée en 2020 par la Ligue contre l’obésité et publiée en 2023 dans le Journal of Clinical Medicine par Fontbonne et ses collègues, a interrogé en ligne 9 598 adultes de France métropolitaine, qui ont mesuré eux-mêmes leur taille et leur poids selon des consignes détaillées. Elle estime la prévalence de l’excès de poids à 47,3 %, dont 17,0 % d’obésité, avec des valeurs plus élevées dans le nord et l’est du pays. Depuis 1997, le surpoids a fluctué autour de 30 %, tandis que l’obésité a augmenté de façon régulière, plus vite encore chez les plus jeunes et pour les formes sévères. Les auteurs précisent que la méthode de 2020 diffère légèrement de celle des enquêtes de 1997 à 2012, et que ces tendances sont à confirmer.
Une étude de modélisation publiée en 2024 dans PLOS One, fondée sur 97 848 données individuelles de l’enquête française santé et protection sociale de 1998 à 2014, prévoit que la prévalence de l’obésité continuera d’augmenter de 2022 à 2027, de 17,3 % à 18,2 %, et celle du diabète de type 2 de 7,3 % à 8,1 %. Les auteurs montrent que même une stabilisation de l’obésité n’infléchirait pas à court terme la hausse du diabète, mais réduirait le risque de diabète sur la vie entière.
Côté droit, la France dispose d’un outil que beaucoup de pays n’ont pas. L’article L1172-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction issue de la loi du 2 mars 2022, permet au médecin intervenant dans la prise en charge de prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient, dans le cadre du parcours de soins des personnes atteintes d’une affection de longue durée ou d’une maladie chronique, présentant des facteurs de risque, ou en perte d’autonomie. Ces activités sont dispensées par des personnes qualifiées, dans des conditions fixées par décret.
L’article D1172-1-1 du même code, issu d’un décret du 30 mars 2023, range expressément le surpoids, l’obésité, l’hypertension artérielle, la sédentarité et les dyslipidémies parmi les facteurs de risque ouvrant droit à cette prescription. L’article D1172-1 précise que l’activité physique adaptée s’adresse aux patients qui n’atteignent pas les recommandations de l’OMS et ne peuvent pas augmenter leur activité en autonomie, de façon adaptée et sécurisée ; ses techniques relèvent des activités physiques et sportives et se distinguent des actes de rééducation, réservés aux professionnels de santé.
La prescription ne vaut pas, à elle seule, remboursement : la prise en charge éventuelle dépend des dispositifs locaux et de la complémentaire de chacun.
11. Ce que l’Amérique latine enseigne
Trois leçons se dégagent des études citées. La première est que les mesures qui agissent sur l’environnement donnent des résultats mesurables : une taxe modeste sur les boissons sucrées réduit les achats, surtout chez les foyers modestes ; des avertissements sur les emballages et des restrictions de marketing réduisent les achats de produits trop sucrés et poussent les industriels à reformuler. Ces résultats portent sur les achats ; leur effet sur le poids se mesure plus lentement.
La deuxième est que l’activité physique se développe quand on abaisse les obstacles : des rues ouvertes le dimanche, des cours gratuits, des parcours qui relient les quartiers. L’étude de Mexico rappelle qu’une ou deux séances par semaine, d’au moins 30 à 60 minutes, sont associées à un risque de décès plus faible que l’absence d’exercice.
La troisième est que les nouveaux médicaments ne règlent pas tout. Ils produisent des pertes de poids importantes dans les essais, mais une large part du poids revient à l’arrêt, et l’exercice encadré apporte un bénéfice propre, en particulier sur la masse grasse et la préservation musculaire.
12. Et pour une salle de sport ?
Une salle de sport n’est ni un service de soins ni un outil de politique publique. Elle peut en revanche offrir ce que les études désignent comme utile : un lieu sûr et accessible pour pratiquer régulièrement, des séances de renforcement musculaire, un encadrement qui adapte l’effort au niveau de chacun, et un accueil qui ne décourage pas les débutants.
Pour une personne qui vit avec une obésité, le premier interlocuteur reste le médecin. C’est lui qui évalue les risques, prescrit si besoin une activité physique adaptée au titre de l’article L1172-1, et oriente vers les intervenants qualifiés. L’activité en salle vient en complément, à un rythme progressif, et sans promesse de résultat : la perte de poids dépend de nombreux facteurs, et l’activité physique a des bénéfices pour la santé même lorsque le poids ne change pas.
Pour un porteur de projet, l’enseignement est d’abord une question de méthode : connaître les données de santé de son territoire, les dispositifs de prescription d’activité physique adaptée, les Maisons Sport-Santé et les professionnels de santé de sa zone. Un club qui s’ouvre sous licence de marque s’inscrit dans ce paysage ; il ne le remplace pas.
FAQ — Obésité en Amérique latine, prévention et activité physique
Sources
- Organisation mondiale de la santé Obesity and overweight. fiche d’information mise à jour le 7 octobre 2026, lue le 29 octobre 2026. who.int/news-room/fact-sheets/detail/obesity-and-overweight
- NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RisC) Worldwide trends in underweight and obesity from 1990 to 2022: a pooled analysis of 3663 population-representative studies with 222 million children, adolescents, and adults. The Lancet, 2024 (résumé). doi.org/10.1016/S0140-6736(23)02750-2
- Guthold R, Stevens GA, Riley LM, Bull FC. Worldwide trends in insufficient physical activity from 2001 to 2016. The Lancet Global Health, 2018 (résumé). doi.org/10.1016/S2214-109X(18)30357-7
- Bull FC et coll. World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. British Journal of Sports Medicine, 2020 ; 54 : 1451-1462. doi.org/10.1136/bjsports-2020-102955
- Colchero MA, Popkin BM, Rivera JA, Ng SW. Beverage purchases from stores in Mexico under the excise tax on sugar sweetened beverages: observational study. BMJ, 2016 ; 352 : h6704 (résumé). doi.org/10.1136/bmj.h6704
- BMJ Public Health, 2025 Changes in sugar-sweetened beverages and non-essential energy-dense food purchases overall and by type before and after the implementation of taxes in Mexico (2008-2018). (résumé). doi.org/10.1136/bmjph-2024-001524
- Taillie LS, Reyes M, Colchero MA, Popkin B, Corvalán C. An evaluation of Chile’s Law of Food Labeling and Advertising on sugar-sweetened beverage purchases from 2015 to 2017. PLOS Medicine, 2020 (résumé). doi.org/10.1371/journal.pmed.1003015
- BMJ Global Health, 2026 Peru’s front-of-package warning label policy and changes in the healthfulness of the food supply: a pre-post observational study. (résumé). doi.org/10.1136/bmjgh-2025-020809
- Sarmiento OL et coll. Reclaiming the streets for people: Insights from Ciclovías Recreativas in Latin America. Preventive Medicine, 2017 (résumé). doi.org/10.1016/j.ypmed.2016.07.028
- Frontiers in Public Health, 2025 Exploring implementation strategies in evidence-based open streets programs for promoting physical activity in the Americas: a scoping review. (résumé). doi.org/10.3389/fpubh.2025.1667559
- O’Donovan G et coll. Associations of the ‘weekend warrior’ physical activity pattern with all-cause, cardiovascular disease and cancer mortality: the Mexico City Prospective Study. British Journal of Sports Medicine, 2024 (résumé). doi.org/10.1136/bjsports-2023-107612
- Wilding JPH et coll. Once-Weekly Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity (STEP 1). New England Journal of Medicine, 2021 (résumé). doi.org/10.1056/NEJMoa2032183
- Jastreboff AM et coll. Tirzepatide Once Weekly for the Treatment of Obesity (SURMOUNT-1). New England Journal of Medicine, 2022 (résumé). doi.org/10.1056/NEJMoa2206038
- Wilding JPH et coll. Weight regain and cardiometabolic effects after withdrawal of semaglutide: The STEP 1 trial extension. Diabetes, Obesity and Metabolism, 2022 (résumé). doi.org/10.1111/dom.14725
- Lundgren JR et coll. Healthy Weight Loss Maintenance with Exercise, Liraglutide, or Both Combined. New England Journal of Medicine, 2021 (résumé). doi.org/10.1056/NEJMoa2028198
- Nutrients, 2026 Beyond Weight Loss: Skeletal Muscle Health During Incretin-Based Therapy in Patients with Diabesity. (résumé). doi.org/10.3390/nu18162654
- Fontbonne A et coll. Prevalence of Overweight and Obesity in France: The 2020 Obepi-Roche Study by the « Ligue Contre l’Obésité ». Journal of Clinical Medicine, 2023 (résumé). doi.org/10.3390/jcm12030925
- Bauvin P et coll. Early prediction of the impact of public health policies on obesity and lifetime risk of type 2 diabetes: A modelling approach. PLOS One, 2024 (résumé). doi.org/10.1371/journal.pone.0301463
- Code de la santé publique articles L1172-1, D1172-1 et D1172-1-1. textes en vigueur lus le 29 octobre 2026 dans la compilation codes.droit.org ; seul Légifrance fait foi. codes.droit.org/PDF/Code%20de%20la%20sant%C3%A9%20publique.pdf
Sources lues et vérifiées le 29 octobre 2026. Les études marquées « résumé » ont été lues dans leur résumé publié ; la fiche de l’OMS et les textes de loi, dans leur texte intégral.
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