Nigeria millions d'habitants un PIB de milliards — le géant africain du fitness qui s'éveille

Nigeria : 220 millions d’habitants, un PIB de 477 milliards — le géant africain du fitness qui s’éveille

✍️ Par la Rédaction Magicfit · ⏱️ Lecture 20 min · 📅 Publié le 24 mars 2026

Investigation · Nigeria · Activité physique, surpoids et diabète · Ville et campagne · Ce que disent les études

Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, et ses chercheurs mesurent de mieux en mieux la façon dont ses habitants bougent. Les synthèses publiées depuis 2017 décrivent un pays où l’inactivité physique progresse surtout en ville, où le surpoids et le diabète gagnent du terrain, et où les enfants, eux, restent souvent actifs grâce aux tâches de la maison et aux trajets à pied. Les études menées à Lagos, Ibadan, Maiduguri ou dans le nord-est éclairent ce qui aide, ou empêche, les écoliers, les femmes enceintes, les soignants, les fidèles d’une paroisse, les personnes déplacées et les aînés de bouger. Voici ce qu’elles disent, et ce qu’on peut en retenir de ce côté-ci.

Une précision de méthode. Cet article ne cite que des sources que nous avons lues : les résumés publiés des études citées et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé de 2020. Les chiffres de marché, de clubs, de prix, de pénétration, de pauvreté, de produit intérieur brut, de diaspora et de projections qui circulaient sans source lisible ne sont pas repris, pas plus que les biographies de sportifs ou d’artistes. Les études citées sont, pour la plupart, des synthèses d’enquêtes locales : le Nigeria ne dispose pas d’une enquête nationale récente sur l’activité physique, et leurs chiffres doivent se lire comme des estimations. Aucune personne n’est nommée, hors les auteurs des études.

Une précision de transparence. Magicfit est un réseau de clubs de sport en France, en licence de marque. Cet article est une synthèse documentaire sur la santé et l’activité physique ; il ne donne aucun conseil médical et ne promet aucun résultat.

1. Un pays encore peu mesuré

Avant de regarder les chiffres, il faut savoir d’où ils viennent. Une analyse publiée en 2026 dans le Journal of Physical Activity and Health, menée pour l’Observatoire mondial de l’activité physique (GoPA!), a recensé les travaux nigérians sur l’activité physique et la santé publiés de 1950 à 2020 (Ayoola et coll., 2026). Elle en a trouvé 85. La grande majorité, 87,1 %, a paru entre 2011 et 2020 : la recherche sur le sujet est récente.

Ces travaux sont surtout descriptifs. Environ 90 % sont des études d’observation ; un tiers mesure la fréquence de l’activité et son évolution, un autre tiers ses facteurs, un quart ses effets sur la santé. Seuls 7,1 % évaluent une action pour faire bouger la population, et 2,4 % une politique publique. Seuls 7 % utilisent un appareil de mesure objectif, comme un podomètre ou un accéléromètre ; les autres reposent sur des questionnaires. Les femmes enceintes représentent 2,5 % des travaux, et aucun ne porte sur des personnes en situation de handicap physique. La part du Nigeria dans la recherche mondiale sur l’activité physique est passée de 0,24 % à 0,36 % entre 2015 et 2020.

Le constat vaut aussi pour les maladies qui y sont liées. La méta-analyse de 2018 sur le diabète rappelle qu’aucune enquête nationale sur cette maladie n’avait été menée dans le pays depuis 1992 (Uloko et coll., 2018). Les chiffres qui suivent viennent donc surtout de méta-analyses, qui regroupent des enquêtes locales de qualité et de méthodes variables. Ils donnent un ordre de grandeur, pas une mesure exacte.

2. Un adulte sur deux ne bouge pas assez

La synthèse la plus complète sur l’inactivité des adultes nigérians a paru en 2022 dans le Journal of Public Health (Adeloye et coll., 2022). Elle a regroupé 15 études menées dans la population, qui portaient au total sur 13 814 adultes. En les combinant, les auteurs estiment que 52 % des adultes étaient insuffisamment actifs. La fourchette d’incertitude est large, de 33,7 % à 70,4 %, ce qui reflète la diversité des enquêtes.

Les femmes étaient plus souvent concernées que les hommes : 55,8 % contre 49,3 %. Par un modèle qui tient compte de l’âge et de la croissance de la population, les auteurs estiment que le nombre de personnes inactives âgées de 20 à 79 ans est passé de 14,4 millions en 1995 à 48,6 millions en 2020, soit une hausse de 240 % en vingt-cinq ans.

Pour les auteurs, il faut une stratégie d’ensemble : des politiques du travail, un urbanisme qui laisse de la place à la marche et au sport, de l’information, et une attention aux habitudes sociales et culturelles. Autrement dit, le problème ne se résume pas à la volonté de chacun.

3. La ville fait moins bouger que la campagne

Le chiffre le plus frappant de cette synthèse oppose la ville et la campagne. L’inactivité touchait 56,8 % des citadins, contre 18,9 % des habitants des zones rurales. La synthèse ne détaille pas les raisons de cet écart. Les études qualitatives citées plus loin évoquent, en ville, la circulation dense, le manque d’espaces sûrs et le manque de temps.

L’écart apparaît dès le plus jeune âge. Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Public Health a équipé d’un accéléromètre, porté à la hanche pendant au moins 72 heures, 131 enfants d’âge préscolaire de l’État de Lagos, âgés de 3 ans et demi en moyenne (Oginni et coll., 2025). Les enfants des zones rurales passaient moins de temps assis, avaient plus d’activité légère et plus d’activité modérée à soutenue que les enfants des villes. Ils obtenaient aussi de meilleurs résultats dans tous les tests de motricité globale : courir, sauter, lancer. Le temps de sommeil, lui, ne différait pas.

Les auteurs y voient la nécessité de programmes destinés aux tout-petits des villes. Le constat rejoint ce que l’on observe ailleurs : la ville offre des services, mais elle ne pousse pas spontanément à bouger. C’est elle qu’il faut aménager.

4. Le surpoids gagne du terrain

Trois méta-analyses publiées entre 2021 et 2023 décrivent l’ampleur du surpoids chez les adultes nigérians. La première, parue en 2022 dans PLOS Global Public Health, a regroupé 33 études menées dans la population de 2010 à 2020, soit 37 205 participants (Chukwuonye et coll., 2022). Elle estime le surpoids à 27,6 % et l’obésité à 14,5 %. L’obésité touchait plus les femmes que les hommes : 23 % contre 10,9 %.

Elle relève aussi de fortes différences entre les six grandes zones du pays. L’obésité allait de 6,4 % dans le nord-est à 24,7 % dans le sud-sud, et les zones du sud avaient des taux plus élevés que celles du nord. La deuxième synthèse, publiée en 2021 dans Annals of Medicine, arrive à des chiffres proches : 25 % de surpoids et 14,3 % d’obésité, à partir de 35 études et de 52 816 personnes (Adeloye et coll., 2021). Elle estime qu’en 2020, le pays comptait 21 millions de personnes en surpoids et 12 millions de personnes obèses parmi les 15 ans et plus, et que ces taux étaient plus élevés en ville.

La troisième, parue en 2023 dans le Nigerian Journal of Clinical Practice, a réuni 77 articles et 107 781 personnes (Ramalan et coll., 2023). Elle trouve 26 % de surpoids et 15 % d’obésité, et une tendance à la hausse, surtout chez les citadins. Trois équipes, trois méthodes, une même conclusion : un adulte sur quatre est en surpoids et un sur sept environ est obèse.

5. Le tour de taille, un signal à part

L’indice de masse corporelle ne dit pas tout. Le tour de taille renseigne sur la graisse logée autour des organes, la plus liée au diabète et aux maladies cardiovasculaires. Une méta-analyse publiée en 2022 dans Public Health a réuni 18 études et 21 859 personnes (Bashir et coll., 2022). Selon les critères de la Fédération internationale du diabète, 39 % des adultes nigérians avaient une obésité abdominale, ce qui représenterait environ 46,8 millions de personnes.

L’écart entre les sexes est très marqué : plus de la moitié des femmes, 54 %, contre 13 % des hommes, soit quatre fois plus. Le tour de taille moyen était de 83,8 centimètres. La synthèse souligne la charge particulière qui pèse sur les femmes et sur les citadins.

Pour une femme, ce constat rejoint celui de l’inactivité : les femmes nigérianes bougent moins que les hommes et cumulent plus souvent un tour de taille élevé. Les études qualitatives citées plus loin donnent quelques pistes pour comprendre pourquoi.

6. Le diabète progresse

Le diabète de type 2 est lié, entre autres, à l’inactivité et au surpoids. Une méta-analyse publiée en 2017 dans BMJ Open a regroupé 42 études et 91 320 personnes (Adeloye et coll., 2017). Elle estime que la part des 20-79 ans atteints de diabète de type 2 est passée de 2 % en 1990 à 5,7 % en 2015, soit plus de 4,7 millions de cas. Le taux de mortalité lié à la maladie y est évalué à 30,2 pour 100 000 habitants.

Celle de 2018, parue dans Diabetes Therapy, arrive à 5,77 % à partir de 23 études (Uloko et coll., 2018). La plus récente, publiée en 2024 dans Clinical Diabetes and Endocrinology, a réuni 60 études et 124 876 participants (Olamoyegun et coll., 2024). Elle estime la part des adultes atteints de diabète de type 2 à 7 %, avec un taux bien plus élevé dans le sud-sud, plus de 11 %, que dans le centre-nord, environ 2 %.

Les deux plus récentes retiennent notamment comme facteurs les antécédents familiaux, la vie en ville, le surpoids, l’alimentation et l’inactivité physique. L’activité fait partie des facteurs sur lesquels chacun peut agir.

7. Les écoliers de Lagos : souvent actifs, les filles moins

Chez les enfants, le tableau est plus encourageant. Une étude publiée en 2022 dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health a suivi 733 élèves du primaire de l’État de Lagos (Ojedoyin et coll., 2022). Elle a croisé des questionnaires avec un podomètre, qui compte les pas.

Selon le questionnaire, 87,5 % des 6-9 ans atteignaient le niveau d’activité recommandé ; selon le podomètre, ils étaient 72,8 %. L’écart montre que les questionnaires surestiment l’activité, même chez l’enfant. Les garçons de 6 à 9 ans étaient plus nombreux que les filles à atteindre le niveau recommandé : 80,7 % contre 64 %.

Une autre observation retient l’attention : dans les questionnaires, l’activité diminuait quand le niveau socio-économique de la famille augmentait. Plus la famille était aisée, moins l’enfant déclarait bouger. Chez les 10-12 ans, le temps passé assis était lui aussi lié au niveau socio-économique.

8. Les adolescents : la maison avant le sport

Une étude publiée en 2021 dans la même revue a interrogé 720 adolescents de 12 à 19 ans de 20 écoles de l’État de Lagos ; 528 ont rendu des réponses complètes (Adebusoye et coll., 2021). D’après leurs réponses, 82,8 % atteignaient le niveau d’activité modérée à soutenue recommandé pour leur âge.

Le plus intéressant est l’origine de cette activité. Le temps médian venait d’abord des tâches de la maison, 44 minutes par jour, puis des activités à l’école, 21 minutes, des trajets à pied ou à vélo, 14 minutes, et seulement ensuite du sport et des loisirs, moins de 9 minutes chacun. Autrement dit, ces adolescents sont actifs d’abord parce que leur quotidien l’exige.

Les élèves des écoles publiques avaient quatre fois plus de chances d’atteindre le niveau recommandé que ceux des écoles privées. Les auteurs proposent donc de cibler en priorité les écoles privées. Le constat rejoint celui des écoliers : l’activité du quotidien pèse lourd, et le sport ne la remplace pas toujours.

9. Ce que disent les responsables des écoles

La même équipe a interrogé, dans une étude qualitative publiée en 2023 dans Health Science Reports, 21 responsables chargés du programme d’éducation physique et de santé dans des collèges et lycées de l’État de Lagos (Adebusoye et coll., 2023). Ils ont décrit cinq obstacles et trois appuis.

Les obstacles : les caractéristiques des élèves eux-mêmes, les objections des parents, le peu de priorité donnée à l’activité physique, le manque de moyens et les difficultés à faire vivre les initiatives des établissements. Les appuis : l’intérêt des élèves, leur connaissance des bienfaits de l’activité et les initiatives des écoles quand elles existent.

Ces résultats rappellent que l’école peut être un levier, à condition que l’activité physique y soit considérée comme une matière à part entière et que les parents en comprennent l’intérêt. La remarque vaut bien au-delà du Nigeria.

10. Les femmes enceintes

L’activité physique pendant la grossesse a de nombreux bienfaits, mais elle reste faible chez beaucoup de femmes. Une étude publiée en 2024 dans Reproductive Health a interrogé 465 femmes enceintes suivies dans quatre établissements de soins d’Ibadan, et organisé quatre groupes de discussion (Suberu et Adeoye, 2024). Elle a mesuré les obstacles personnels, relationnels et environnementaux. Le niveau d’obstacles variait notamment selon le niveau d’études, les troubles de la grossesse, une hospitalisation pendant la grossesse et le fait d’avoir reçu ou non des conseils sur l’activité physique.

Ce dernier point est utile : un conseil donné pendant le suivi de grossesse est lié à un niveau d’obstacles différent. La même ville a fait l’objet d’une étude de cohorte publiée en 2025 dans Scientific Reports (Adeoye et coll., 2025). L’obésité y touchait 19,3 % des femmes enceintes, et une activité physique régulière était associée à un risque plus faible d’obésité. L’obésité maternelle était elle-même liée à un risque près de deux fois plus élevé de complications de la grossesse ou de l’accouchement, dont le diabète gestationnel et la césarienne. Les auteurs recommandent que le suivi de grossesse insiste sur l’activité physique et l’alimentation.

Le diabète gestationnel n’est pas rare : une méta-analyse publiée en 2021 dans l’Indian Journal of Endocrinology and Metabolism estime sa fréquence à 11 % au Nigeria, avec de très fortes variations d’une étude à l’autre (Azeez et coll., 2021). Toute activité pendant la grossesse se discute avec la sage-femme ou le médecin qui suit la future mère.

11. Les soignants, eux aussi, manquent de temps

On pourrait penser que les professionnels de santé, qui conseillent leurs patients, sont les premiers à bouger. Une étude qualitative publiée en 2026 dans PLOS One a interrogé des soignants de l’État de Lagos, des membres de leur famille, des responsables d’établissements et des responsables de l’urbanisme (Maduafokwa et coll., 2026). Les soignants y décrivent le manque de temps, la charge de travail, des infrastructures insuffisantes, l’insécurité et certaines normes culturelles comme les principaux freins.

Les appuis cités sont le soutien des collègues, l’engagement de la direction, la confiance en soi et des incitations comme l’accès gratuit à une salle de sport. Les participants proposent des salles sur le lieu de travail, des pauses prévues dans le planning et une culture de la forme au sein des établissements.

Ces pistes ne sont pas propres au Nigeria : les métiers aux horaires lourds laissent peu de place à l’activité, et l’entreprise peut faire beaucoup en rendant l’exercice possible sur place ou à proximité.

12. À l’église, la communauté peut aider

Les organisations religieuses sont reconnues comme des partenaires possibles pour la santé. Une étude publiée en 2023 dans African Health Sciences a réuni 163 fidèles de douze paroisses anglicanes de Lagos, en seize groupes de discussion (Odukoya et coll., 2023). Elle décrit des facteurs à plusieurs niveaux.

Au niveau personnel, la discipline et les habitudes aident ; la paresse, la maladie, la peur de se blesser et les problèmes de santé existants freinent. Au sein de la paroisse, des versets qui valorisent l’activité encouragent, mais le manque d’espaces sûrs et le peu de connaissances des responsables freinent. Dans la communauté, des pratiques culturelles favorables aident, tandis que l’habitude d’employer du personnel de maison, le coût élevé des abonnements en salle et des normes qui écartent les hommes des tâches ménagères découragent. Enfin, la vie en ville et la densité de la circulation sont citées comme des obstacles.

Les auteurs en concluent que des actions de groupe, au sein de la communauté, peuvent compléter les efforts de chacun. On retrouve là une idée simple : on bouge plus facilement avec les autres.

13. Les personnes déplacées par les conflits

Dans le nord-est du pays, des camps accueillent des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Une étude publiée en 2022 dans le Journal of Migration and Health a interrogé 363 personnes vivant dans quatre camps de déplacés internes (Akinrolie et coll., 2022). Selon le questionnaire international d’activité physique, 36,2 % étaient physiquement inactives.

Les hommes avaient une probabilité d’être inactifs plus de quatre fois plus élevée que les femmes, et les personnes de plus de 49 ans étaient plus souvent inactives que les plus jeunes. Les auteurs rappellent que l’inactivité peut aggraver les problèmes de santé physique et mentale de ces populations, déjà fragilisées.

14. Les aînés : le quartier compte

Le cadre de vie pèse sur l’activité des personnes âgées. Une étude publiée en 2019 dans Physiotherapy Theory and Practice a interrogé 353 personnes âgées de 69 ans en moyenne, vivant à Maiduguri (Oyeyemi et coll., 2019). La proximité des commerces et des services, l’accès aux lieux utiles, l’agrément du quartier, la sécurité routière et la sécurité face à la délinquance étaient associés à plus d’activité modérée à soutenue. La proximité des destinations et la sécurité étaient aussi liées à plus de marche pour se déplacer.

Une seconde analyse de la même population, publiée en 2023 dans Preventive Medicine Reports, montre que plusieurs caractéristiques du quartier étaient liées à une meilleure qualité de vie, surtout chez les aînés physiquement actifs (Oyeyemi et coll., 2023). Les auteurs plaident pour des quartiers adaptés aux personnes âgées, en même temps qu’une promotion de l’activité physique, pour préparer le pays au vieillissement attendu de sa population.

Une étude menée à Nsukka, dans l’État d’Enugu, et publiée en 2023 dans BMC Geriatrics, va dans le même sens (Akosile et coll., 2023). Chez 170 personnes âgées, les restrictions de la vie sociale étaient plus fortes quand le quartier paraissait moins sûr, quand la confiance face au risque de chute était faible et quand le risque de chute était élevé. Elles étaient aussi plus fortes quand le niveau d’activité physique était faible.

15. Les aînés : la solitude et l’humeur

Le lien entre activité et santé mentale a aussi été étudié. Une étude publiée en 2024 dans Scientific Reports a interrogé 369 personnes âgées tirées au sort (Faronbi et coll., 2024). La solitude était le facteur le plus lié à la dépression. L’analyse montre que l’activité physique modifiait ce lien : en la prenant en compte, le rapport de cotes associé à la solitude passait de 4,59 à 3,40.

Il s’agit d’une association observée à un moment donné, et ses résultats sont complexes ; elle ne prouve pas que l’activité protège de la dépression. Elle invite cependant à voir l’activité physique comme une occasion de sortir de chez soi et de rencontrer d’autres personnes. Une dépression se soigne avec un professionnel de santé ; l’activité peut s’ajouter au traitement, avec son avis.

16. Mesurer le quartier avec des outils adaptés

Pour étudier l’effet du cadre de vie, il faut des outils adaptés au pays. Une équipe a adapté au Nigeria un questionnaire international sur l’environnement du quartier et l’activité physique, et publié ses résultats en 2013 dans le Journal of Physical Activity and Health (Oyeyemi et coll., 2013). Un groupe d’experts a modifié quatre questions de la version d’origine, en a retiré trois et en a ajouté deux pour tenir compte des réalités locales.

Testée deux fois auprès de 132 adultes vivant dans des quartiers différents, la version nigériane a donné des réponses stables d’une fois à l’autre. Elle distinguait aussi les quartiers : les habitants des centres anciens déclaraient plus de densité, de commerces et de sécurité, mais moins de trottoirs et d’agrément que ceux des quartiers résidentiels récents. L’étude de Nsukka citée plus haut l’a utilisé.

17. Ce que recommande l’OMS

Les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé publiées en 2020 servent de repère dans toutes ces études (Bull et coll., 2020). Pour les adultes, elles recommandent 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité soutenue, ou une combinaison des deux, et des exercices de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.

Pour les enfants et les adolescents de 5 à 17 ans, elles recommandent en moyenne 60 minutes par jour d’activité modérée à soutenue, surtout d’endurance, et des activités soutenues ou de renforcement au moins trois jours par semaine. Pour les personnes âgées, elles ajoutent des exercices d’équilibre et de force, au moins trois jours par semaine, pour prévenir les chutes. Elles insistent aussi sur le fait que toute activité compte, même modeste, et qu’il vaut mieux réduire le temps passé assis.

Pour les femmes enceintes sans contre-indication, ces lignes directrices recommandent au moins 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, avec l’accord de la sage-femme ou du médecin.

18. Ce que l’on peut retenir

Le Nigeria n’est pas la France, et ses chiffres ne se transposent pas. Plusieurs constats rejoignent pourtant ce que l’on observe ailleurs. Le premier : la ville fait moins bouger que la campagne, parce que le quotidien y demande moins d’efforts physiques. Les citadins nigérians sont près de trois fois plus souvent inactifs que les ruraux, et les enfants des villes bougent moins dès l’âge de trois ans.

Le deuxième : le confort réduit l’activité du quotidien. Les enfants et les adolescents des familles aisées, ou des écoles privées, bougent moins que les autres. Chez les adolescents de Lagos, le sport et les loisirs pèsent bien moins que les tâches de la maison et les trajets. Prévoir une activité régulière devient alors nécessaire, et c’est le rôle d’un club, d’une association ou d’un programme d’école.

Le troisième : les femmes bougent moins que les hommes et cumulent plus souvent l’obésité abdominale. Les études qualitatives citent le manque de temps, les rôles assignés dans la famille, l’insécurité et le coût des activités encadrées. Une offre accessible et des horaires compatibles avec la vie de famille comptent.

Le quatrième : le cadre de vie et la communauté pèsent autant que la motivation. Des quartiers sûrs, des lieux proches, des pauses au travail, une paroisse ou une école qui organise l’activité font la différence. On bouge plus quand c’est facile et quand on le fait avec d’autres.

Le dernier, enfin : toute activité compte. Les recommandations de l’OMS rappellent qu’il n’est jamais trop tard pour commencer, et qu’un peu vaut mieux que rien. Avant de reprendre une activité après une longue pause, pendant une grossesse ou avec une maladie chronique, mieux vaut en parler à son médecin.

FAQ — Nigeria : activité physique, surpoids et santé

Les Nigérians font-ils assez d'activité physique ?
Selon une méta-analyse publiée en 2022 (Adeloye et coll.), qui regroupe 15 études et 13 814 adultes, environ 52 % des adultes étaient insuffisamment actifs, 55,8 % des femmes et 49,3 % des hommes. Le Nigeria ne dispose pas d’une enquête nationale récente : ce chiffre est une estimation.
Pourquoi bouge-t-on moins en ville qu'à la campagne au Nigeria ?
Dans la même synthèse, l’inactivité touchait 56,8 % des citadins contre 18,9 % des ruraux. Les études menées à Lagos citent la circulation dense, le manque d’espaces sûrs et le manque de temps ; dès 3 ans, les enfants des villes bougent moins et ont une moins bonne motricité que ceux des campagnes (Oginni et coll., 2025).
Combien d'adultes sont en surpoids au Nigeria ?
Selon trois méta-analyses publiées de 2021 à 2023, environ un adulte sur quatre est en surpoids (25 à 27,6 %) et un sur sept environ est obèse (14,3 à 15 %). L’obésité touche plus les femmes (23 %) que les hommes (10,9 %), selon Chukwuonye et coll. (2022).
Le diabète progresse-t-il au Nigeria ?
Oui. La part des 20-79 ans atteints de diabète de type 2 serait passée de 2 % en 1990 à 5,7 % en 2015 (Adeloye et coll., 2017) ; la synthèse la plus récente l’estime à 7 % (Olamoyegun et coll., 2024). L’inactivité physique fait partie des facteurs retenus.
Les enfants nigérians bougent-ils assez ?
Beaucoup, oui. À Lagos, 72,8 % des 6-9 ans atteignaient le niveau recommandé d’après un podomètre (80,7 % des garçons, 64 % des filles), et 82,8 % des adolescents déclaraient l’atteindre, surtout grâce aux tâches de la maison et aux trajets (Ojedoyin et coll., 2022 ; Adebusoye et coll., 2021).
Que recommande l'OMS aux adultes ?
150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité soutenue, et du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine (Bull et coll., 2020). Toute activité compte ; avant de reprendre après une longue pause, pendant une grossesse ou avec une maladie chronique, mieux vaut en parler à son médecin.

Sources

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  • Ayoola OI et coll. An Overview of Physical Activity and Health Research in Nigeria: The Global Observatory for Physical Activity-GOPA!. Journal of Physical Activity and Health, 2026 (résumé). doi.org/10.1123/jpah.2025-0650
  • Oginni J et coll. Geographic disparities in physical activity, sedentary behavior, sleep time, and gross motor skills in Nigerian preschoolers. Frontiers in Public Health, 2025 (résumé). doi.org/10.3389/fpubh.2025.1506705
  • Chukwuonye II et coll. Prevalence of overweight and obesity in Nigeria: Systematic review and meta-analysis of population-based studies. PLOS Global Public Health, 2022 (résumé). doi.org/10.1371/journal.pgph.0000515
  • Adeloye D et coll. Estimating the prevalence of overweight and obesity in Nigeria in 2020: a systematic review and meta-analysis. Annals of Medicine, 2021 (résumé). doi.org/10.1080/07853890.2021.1897665
  • Ramalan MA et coll. Prevalence and trends of adult overweight and obesity in Nigeria – A systematic review and meta-analysis. Nigerian Journal of Clinical Practice, 2023 (résumé). doi.org/10.4103/njcp.njcp_1903_21
  • Bashir MA et coll. Prevalence of central obesity in Nigeria: a systematic review and meta-analysis. Public Health, 2022 (résumé). doi.org/10.1016/j.puhe.2022.02.020
  • Adeloye D et coll. Estimating the prevalence, hospitalisation and mortality from type 2 diabetes mellitus in Nigeria: a systematic review and meta-analysis. BMJ Open, 2017 (résumé). doi.org/10.1136/bmjopen-2016-015424
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  • Adebusoye B, Leonardi-Bee J, Phalkey R, Chattopadhyay K. Proportion of School Attending Adolescents Meeting the Recommended Moderate-to-Vigorous Physical Activity Level and Its Predictors in Lagos, Nigeria. International Journal of Environmental Research and Public Health, 2021 (résumé). doi.org/10.3390/ijerph182010744
  • Adebusoye B, Leonardi-Bee J, Phalkey R, Chattopadhyay K. Barriers and facilitators of physical activity among school attending adolescents in Lagos State, Nigeria: A qualitative study exploring views and experiences of decision-makers in secondary schools. Health Science Reports, 2023 (résumé). doi.org/10.1002/hsr2.997
  • Suberu F, Adeoye IA. Barriers, attitudes and perceptions to physical activity among pregnant women in Ibadan, Nigeria and the associated factors: a mixed method study. Reproductive Health, 2024 (résumé). doi.org/10.1186/s12978-024-01903-0
  • Adeoye IA, Bamgboye EA, Omigbodun AO. Maternal obesity, lifestyle factors and associated pregnancy outcomes in Ibadan, Nigeria: a Nigerian cohort study. Scientific Reports, 2025 (résumé). doi.org/10.1038/s41598-025-90079-z
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  • Odukoya OO, Odediran OO, Rogers CR, Ogunsola F, Okuyemi KS. Exploring the barriers and facilitators towards physical activity among church members in Lagos, Nigeria: a qualitative study. African Health Sciences, 2023 (résumé). doi.org/10.4314/ahs.v23i2.66
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  • Oyeyemi AL et coll. Neighborhood environment and quality of life among community-living older adults in Nigeria: The moderating effect of physical activity. Preventive Medicine Reports, 2023 (résumé). doi.org/10.1016/j.pmedr.2023.102330
  • Akosile CO, Ngwu NP, Okonkwo UP, Onwuakagba IU, Okoye EC. Neighborhood safety, fall indices, physical activity level and social participation restrictions from a population of community-dwelling older adults in Nsukka, Enugu State, Nigeria. BMC Geriatrics, 2023 (résumé). doi.org/10.1186/s12877-023-04059-x
  • Faronbi JO, Ojewale MO, Faronbi GO, Oladapo OM. Influence of physical activity on loneliness and depression among the older adults in Nigeria. Scientific Reports, 2024 (résumé). doi.org/10.1038/s41598-024-77263-3
  • Oyeyemi AL et coll. Adaptation, test-retest reliability, and construct validity of the Physical Activity Neighborhood Environment Scale in Nigeria (PANES-N). Journal of Physical Activity and Health, 2013 (résumé). doi.org/10.1123/jpah.10.8.1079
  • Bull FC et coll. World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. British Journal of Sports Medicine, 2020 ; 54 : 1451-1462. doi.org/10.1136/bjsports-2020-102955

Sources lues et vérifiées le 29 octobre 2026. Les études marquées « résumé » ont été lues dans leur résumé publié ; les lignes directrices de l’OMS, dans leur texte intégral.

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