Cardio avant ou après la muscu — la réponse définitive de la science en

Cardio et musculation : ce que l’effet d’interférence recouvre vraiment

✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 17 min · 📅 Publié le 2 mai 2026

Science du Sport — Cardio et musculation

Cardio et musculation : ce que l’effet d’interférence recouvre vraiment

Peu de croyances de salle sont aussi tenaces que celle-ci : le cardio annulerait les gains de musculation. Elle circule avec un chiffre précis, vingt à trente pour cent de gains en moins, que cette page elle-même a longtemps affiché. Ce chiffre ne figure dans aucune des études citées pour l’appuyer. Il provient d’une conversion entre deux grandeurs qui ne se convertissent pas l’une dans l’autre. Cet article reprend le dossier depuis l’observation fondatrice de 1980, regarde ce que les méta-analyses rapportent réellement, et aboutit à une conclusion inconfortable pour le titre que cette page a porté pendant deux ans : cardio avant ou après la musculation est probablement la question la moins utile que l’on puisse poser sur le sujet.

1,44

Une taille d’effet, pas un pourcentage

C’est la taille d’effet sur la force rapportée par Wilson et coll. pour l’entraînement concurrent, contre 1,76 pour la musculation seule. L’écart est réel, mais il ne se traduit pas en pourcentage de gains perdus : une taille d’effet et un taux de progression ne mesurent pas la même chose.

1. D’où vient l’idée de l’interférence

L’observation de 1980

En 1980, Robert Hickson publie dans l’European Journal of Applied Physiology l’expérience qui a ouvert ce champ de recherche. Trois groupes s’entraînent pendant dix semaines. Le premier travaille la force uniquement, cinq jours par semaine, trente à quarante minutes par séance. Le deuxième travaille l’endurance uniquement, six jours par semaine, quarante minutes par séance. Le troisième cumule intégralement les deux programmes.

Le résultat qui a fait la réputation de l’étude concerne le groupe cumulé. Sa force progresse normalement pendant les premières semaines, plafonne autour de la septième, puis recule, alors que le groupe force seule continue de progresser jusqu’au terme des dix semaines. La consommation maximale d’oxygène, en revanche, augmente autant dans le groupe cumulé que dans le groupe endurance. L’atteinte est donc unilatérale : c’est la force qui cède, pas l’endurance. Hickson nomme ce décalage l’effet d’interférence, et le terme est resté.

Ce que ce constat ne disait pas

Le protocole mérite d’être regardé avant toute généralisation. Le groupe cumulé s’entraînait onze fois par semaine, dont six séances d’endurance de quarante minutes, sans progressivité et sans période allégée. C’est un régime que presque aucun pratiquant de salle n’approche, et que peu d’athlètes soutiendraient dix semaines de suite.

L’étude établit ce qu’elle établit : à ce niveau de cumul, quelque chose cède du côté de la force. Elle ne dit rien de ce qui se produit avec deux ou trois séances de cardio hebdomadaires chez quelqu’un qui soulève trois fois par semaine. Le glissement de l’un à l’autre s’est opéré par étapes, jusqu’à produire le conseil devenu banal selon lequel il faudrait limiter le cardio pour ne pas perdre de muscle. Ce conseil ne découle pas de l’étude de 1980 : il découle de son extrapolation.

2. Ce que la méta-analyse de Wilson rapporte réellement

Le travail le plus souvent invoqué à l’appui de l’interférence est la méta-analyse de Wilson et coll., parue en 2012 dans le Journal of Strength and Conditioning Research. C’est aussi celui dont les résultats sont le plus régulièrement déformés, y compris dans la version précédente de cette page. Voici ce qu’il rapporte, dans l’unité où il le rapporte.

Qualité mesurée
Musculation seule
Endurance seule
Entraînement concurrent
Hypertrophie
1,23
0,27
0,85
Force
1,76
0,78
1,44
Puissance
0,91
0,11
0,55

Une taille d’effet n’est pas un pourcentage

Ces nombres sont des tailles d’effet. Une taille d’effet exprime l’ampleur d’un changement en unités d’écart-type, ce qui permet de comparer entre elles des études qui n’ont pas mesuré les mêmes choses avec les mêmes outils. Elle ne dit rien du pourcentage de progression obtenu par les participants, et il n’existe aucune règle de conversion de l’une vers l’autre.

Passer de 1,76 à 1,44 n’est donc pas perdre dix-huit pour cent de ses gains, et encore moins vingt à trente pour cent. Le chiffre qui circule n’a pas de source : il est le produit d’une opération que la statistique ne permet pas. La lecture correcte est plus terne, et plus utile. Sur les trois qualités mesurées, l’entraînement concurrent produit des tailles d’effet inférieures à celles de la musculation seule, et nettement supérieures à celles de l’endurance seule. Le groupe qui combine progresse. Il progresse un peu moins que celui qui ne fait que soulever. On est loin d’une annulation.

3. La course, pas le vélo

La méta-analyse de Wilson contient une nuance qui disparaît presque systématiquement de ses reprises, alors qu’elle change la portée pratique de tout le dossier. L’interférence significative sur la force et sur l’hypertrophie apparaît lorsque le cardio est de la course. Elle n’apparaît pas lorsqu’il s’agit de vélo.

Autrement dit, deux personnes qui déclarent faire du cardio ne font pas la même chose au regard de cette littérature. Un pratiquant qui pédale quarante minutes et un pratiquant qui court quarante minutes ne sont pas dans la même situation, et les ranger dans une seule catégorie appelée cardio revient à effacer la variable qui distinguait les résultats.

Le mécanisme avancé

L’explication proposée par les auteurs tient à deux différences entre les deux modalités. La course engage une masse musculaire plus importante, et surtout elle comporte une composante excentrique marquée : à chaque foulée, les muscles freinent la descente du corps avant de le relancer. Ce travail de freinage produit des microlésions et un coût de récupération que le pédalage, essentiellement concentrique, ne produit pas au même degré.

Cette explication est cohérente, mais il faut la présenter pour ce qu’elle est : une hypothèse mécanistique avancée pour rendre compte d’une différence observée, et non une démonstration. Elle est par ailleurs discutée, puisqu’un travail plus récent ne retrouve pas cette différence de modalité, comme on le verra plus loin.

4. Un effet de dose, pas un effet de présence

Seconde nuance rarement reprise : Wilson rapporte des corrélations négatives entre l’ampleur de l’interférence et deux paramètres du cardio. La fréquence hebdomadaire, avec des coefficients de l’ordre de moins 0,26 à moins 0,35 selon la qualité considérée. La durée des séances, avec des coefficients plus marqués, de moins 0,29 à moins 0,75.

Cela signifie que l’interférence, dans les données réunies, augmente avec la quantité de cardio. Ce n’est pas un phénomène qui s’enclenche dès qu’on met un pied sur un tapis. C’est une tendance qui se renforce à mesure que le volume monte, et qui est plus sensible à la durée des séances qu’à leur nombre.

Ce que ces corrélations disent, et ce qu’elles ne disent pas

Une corrélation calculée entre des protocoles décrit une tendance moyenne à travers des études. Elle ne prédit pas ce qui se produira chez une personne donnée, et elle ne définit aucun seuil. Aucun des coefficients rapportés ne permet d’écrire qu’au-delà de tant de minutes ou de tant de séances, l’interférence commence. Toute recommandation chiffrée présentée comme découlant de ces corrélations ajoute une précision que les données ne contiennent pas.

Ce que ces corrélations font, en revanche, c’est déplacer la question. Elle n’est pas de savoir s’il faut faire du cardio, mais combien, sous quelle forme, et à quelle distance du travail de force.

5. Ce que la littérature récente a déplacé

Deux méta-analyses parues en 2022, issues de la même équipe de recherche, ont sensiblement réduit la portée du problème. Il faut les distinguer, car elles ne portent pas sur les mêmes critères et on les confond souvent en parlant de la méta-analyse de 2022, au singulier.

Ce qui ne ressort pas atteint

Schumann et coll. ont réuni quarante-trois essais comparant un entraînement concurrent à un entraînement de force seul, avec une prescription de musculation identique dans les deux bras. Sur la force maximale, la différence moyenne standardisée est de moins 0,06, avec un intervalle de confiance qui traverse le zéro et une valeur p de 0,446. Sur l’hypertrophie, elle est de moins 0,01, avec une valeur p de 0,919.

Ces deux résultats sont des non-résultats, au sens statistique du terme : rien ne permet de conclure à une atteinte. Sur les deux qualités que la plupart des pratiquants cherchent en salle, être plus fort et prendre du muscle, le corpus disponible ne montre pas que l’ajout de cardio les compromette.

Ce qui ressort atténué

Un seul critère se détache dans ce travail : la force explosive, avec une différence moyenne standardisée de moins 0,28, un intervalle de confiance allant de moins 0,48 à moins 0,08, et une valeur p de 0,007. L’atteinte est donc statistiquement établie, et son ampleur reste modeste.

La seconde méta-analyse, conduite par Lundberg et coll., descend au niveau des fibres musculaires. Elle rapporte un effet négatif qualifié de petit sur l’hypertrophie des fibres, alors même que l’hypertrophie du muscle entier n’est pas affectée, et suggère que cet effet pourrait être plus marqué en course qu’en vélo pour les fibres de type un. Les auteurs présentent eux-mêmes cette dernière observation comme préliminaire.

6. Cardio avant ou après : la question la moins utile

C’est le titre que cette page a porté, et c’est celle des questions du dossier à laquelle la littérature répond le plus nettement. Elle y répond par un non-résultat.

L’ordre à l’intérieur de la séance

Lundberg et coll. ont testé plusieurs analyses en sous-groupes : fréquence de l’entraînement concurrent, statut d’entraînement des participants, modalité du cardio, et ordre des deux modalités à l’intérieur d’une même séance. Aucune ne fait apparaître de différence entre les groupes. Chez Schumann et coll., l’ordre des exercices figure également parmi les modérateurs testés, sans effet significatif.

Deux méta-analyses portant sur des critères différents aboutissent donc au même constat sur ce point précis. Commencer par le cardio ou commencer par la musculation ne ressort pas comme une variable qui change les adaptations mesurées à l’échelle de plusieurs semaines.

Enchaîner ou espacer, la variable qui bouge

Il y a en revanche un paramètre que Schumann et coll. retrouvent, et que la version précédente de cette page passait sous silence en concentrant l’attention sur l’ordre. L’atténuation de la force explosive est plus marquée lorsque les deux modalités sont enchaînées dans la même séance, avec une valeur p de 0,043, que lorsqu’elles sont séparées d’au moins trois heures, cas dans lequel elle n’atteint plus le seuil de signification.

La variable pertinente n’est donc pas l’ordre, mais l’écart. Chercher le bon ordre à l’intérieur d’une séance combinée revient à optimiser le paramètre qui ne bouge pas tout en ignorant celui qui bouge. Cela dit, ce résultat porte sur une seule qualité, la force explosive, et sur une comparaison entre sous-groupes d’essais qui n’avaient pas été conçus pour la tester. Il indique une direction ; il ne fonde pas une règle.

7. Pour qui l’interférence compte réellement

Un effet peut être réel et sans portée pratique pour la plupart des gens. C’est le cas ici, et le préciser n’est pas une façon de minimiser le sujet : c’est la conséquence directe de ce que les essais ont mesuré et sur qui.

La population chez qui la question se pose vraiment est celle des athlètes dont la performance dépend de la force ou de la puissance, et qui doivent par ailleurs soutenir un volume d’endurance important. Un rugbyman, un sprinteur en préparation, un pompier ou un militaire en test physique cumulent des exigences contradictoires avec peu de marge. Pour eux, une atténuation de la force explosive de l’ordre de celle qui a été mesurée peut se voir sur un terrain.

Le pratiquant qui s’entraîne trois à quatre fois par semaine, qui veut être plus fort, tenir dans un escalier et se sentir mieux, n’est pas dans cette population. Chez lui, la variable qui détermine ses résultats à douze mois n’est pas l’agencement de son cardio, c’est le nombre de séances qu’il aura réellement faites. Un plan parfait appliqué une semaine sur deux perd contre un plan approximatif appliqué toutes les semaines, et aucun résultat de cette littérature ne vient contredire cette hiérarchie.

Il existe une conséquence perverse à ignorer ce point. Une personne convaincue que son cardio sabote sa musculation peut supprimer le cardio, ou renoncer à une séance parce que l’ordre optimal n’est pas réalisable ce jour-là. Dans les deux cas, elle échange une inquiétude théorique contre une perte réelle.

8. Le mécanisme, une hypothèse plutôt qu’une explication établie

L’explication que l’on rencontre partout tient en une phrase : l’endurance active une enzyme, l’AMPK, qui inhibe la voie mTOR nécessaire à la construction musculaire. Un interrupteur, deux positions, et le tour est joué. Cette version circule d’autant mieux qu’elle est simple et qu’elle donne l’impression de comprendre.

Elle pose trois problèmes. Le premier est que la signalisation moléculaire observée dans les heures qui suivent une séance ne prédit pas fiablement les adaptations mesurées après plusieurs semaines : l’aigu et le chronique ne se superposent pas. Le deuxième est que ce modèle d’inhibition réciproque a été largement discuté et nuancé dans la littérature spécialisée, notamment par Coffey et Hawley, qui interrogent directement l’idée que ces deux voies fonctionneraient comme des contraires.

Le troisième problème est qu’une explication concurrente, beaucoup plus prosaïque, rend compte d’une bonne partie des observations : la fatigue résiduelle. Une séance de cardio laisse de la fatigue, cette fatigue dégrade la qualité du travail de force qui suit, et un travail de force dégradé produit moins d’adaptations. Cette explication a l’avantage de coller au résultat sur l’écart entre séances, puisque la fatigue s’estompe avec le temps alors qu’un interrupteur moléculaire ne s’estomperait pas de la même manière.

Présenter le récit AMPK contre mTOR comme un fait acquis, ce que faisait la version précédente de cette page, revient à donner à une hypothèse le statut d’un mécanisme démontré. La formulation honnête est qu’on dispose de plusieurs pistes, qu’aucune ne fait consensus, et que le phénomène est mieux décrit qu’expliqué.

9. Ce que le débat sur l’interférence fait oublier

À force de traiter le cardio comme une menace pour l’hypertrophie, on finit par le considérer uniquement sous cet angle, et par perdre de vue ce qu’il apporte par lui-même.

La capacité aérobie est associée à la santé cardiovasculaire d’une façon que rien dans le travail de force ne remplace. Elle conditionne aussi la capacité de travail à l’entraînement : mieux on récupère entre les séries, plus le volume total réalisable est élevé, et le volume est l’un des déterminants reconnus de l’hypertrophie. Il n’est pas absurde de soutenir qu’un peu de cardio peut soutenir la musculation au lieu de lui nuire, par ce détour.

Il y a enfin la question du long terme. Une pratique qui repose uniquement sur le travail de force est plus fragile qu’une pratique variée, ne serait-ce que parce qu’une blessure ou une contrainte matérielle suffit à l’interrompre entièrement. Renoncer au cardio pour protéger des gains dont la littérature récente ne montre pas qu’ils sont menacés est un échange peu favorable.

10. Le périmètre d’un coach en salle, et là où il s’arrête

Un coach travaille sur le mouvement et sur la progression. Il observe une exécution, ajuste une charge, construit une séquence de séances, explique pourquoi telle variable a été retenue. C’est un métier de terrain, avec un domaine de compétence défini.

Ce domaine a des limites nettes. Un coach ne pose pas de diagnostic, ne commente pas un bilan biologique, ne conseille aucun complément alimentaire et ne prend en charge aucune douleur qui s’installe. Ces questions relèvent d’un médecin, d’un kinésithérapeute ou d’un diététicien selon le cas, et les renvoyer au professionnel concerné fait partie du métier plutôt que d’y déroger.

Comment les coachs MagicFit se positionnent

Sur ce sujet précis, la position tenue dans le réseau MagicFit tient en trois points. L’écart entre les séances est traité comme la variable intéressante, plutôt que l’ordre à l’intérieur d’une séance combinée. Le volume de cardio est considéré comme un paramètre de programmation parmi d’autres, discuté avec l’adhérent en fonction de ce qu’il cherche, et non comme une quantité à réduire par principe. Et l’interférence n’est jamais présentée comme une raison de diminuer une activité physique par ailleurs bénéfique, parce que ce serait faire dire à cette littérature l’inverse de ce qu’elle contient.

11. Quatre idées reçues qui circulent

1

Le cardio annule la musculation

Sur quarante-trois essais, ni la force maximale ni la masse musculaire ne ressortent atteintes. Le groupe qui combine progresse, un peu moins vite sur certaines qualités, et bien davantage que le groupe endurance seule.

2

Vous perdez vingt à trente pour cent de vos gains

Ce pourcentage n’existe dans aucune des études invoquées. Il vient de la conversion d’une taille d’effet en taux de progression, opération que la statistique n’autorise pas.

3

L’ordre dans la séance est décisif

Deux méta-analyses ont testé ce paramètre en sous-groupe. Aucune n’y trouve de différence. Ce qui ressort, c’est l’écart entre les deux séances, pas leur ordre.

4

L’AMPK bloque le mTOR, c’est mécanique

Ce modèle est une hypothèse discutée, pas un mécanisme démontré. La signalisation observée quelques heures après une séance ne prédit pas les adaptations obtenues après plusieurs semaines.

Où se situe votre volume de cardio ?

Modalité, fréquence, durée, objectif prioritaire : l’outil ci-dessous situe votre pratique sur les deux variables que Wilson a reliées à l’interférence, et rappelle ce que la littérature récente en dit.

MagicFit — Science du Sport

Situer votre volume de cardio par rapport aux protocoles étudiés

Wilson et coll. ont observé que l’interférence augmente avec la fréquence et la durée du cardio, et qu’elle apparaît avec la course plutôt qu’avec le vélo. Cet outil situe votre pratique sur ces deux variables. Il ne fixe aucun seuil et ne recommande aucun volume.

Ce que cet outil ne fait pas : il ne mesure aucune adaptation, ne prédit aucun résultat et ne recommande aucun volume de cardio. Il place une pratique sur un éventail de protocoles étudiés, rien de plus. Aucun seuil n’existe dans cette littérature, et le placement obtenu n’a pas valeur de consigne.

12. Points clés à retenir

  • L’observation fondatrice de 1980 portait sur un protocole extrême, onze séances hebdomadaires dont six d’endurance, et a été généralisée bien au-delà de ce qu’elle établissait.
  • Le chiffre de vingt à trente pour cent de gains en moins ne figure dans aucune des sources qui lui sont attribuées : il résulte d’une conversion illégitime de tailles d’effet.
  • Sur quarante-trois essais, la force maximale et l’hypertrophie ne ressortent pas atteintes ; seule la force explosive montre une atténuation, d’ampleur modeste.
  • L’ordre du cardio et de la musculation dans une séance ne ressort dans aucune analyse en sous-groupe. L’écart entre les deux, lui, ressort sur la force explosive.
  • Chez Wilson, l’interférence est corrélée à la fréquence et surtout à la durée du cardio : c’est un effet de dose, sans seuil identifié.
  • Pour la grande majorité des pratiquants, la régularité pèse plus lourd sur les résultats à douze mois que l’agencement des deux modalités.

13. Nuances et limites

Le point le plus inconfortable de ce dossier est que les sources ne s’accordent pas sur la modalité. Wilson rapporte une interférence avec la course et pas avec le vélo ; Lundberg retrouve une tendance comparable au niveau des fibres de type un, en la qualifiant de préliminaire ; Schumann, sur un corpus plus large et des critères fonctionnels, ne retrouve aucune différence entre course et vélo. Présenter la distinction course contre vélo comme acquise serait donc excessif, et c’est pourquoi elle est donnée ici comme une observation contestée plutôt que comme une règle.

Les durées d’intervention constituent une deuxième limite. La plupart des essais réunis durent de huit à douze semaines, quand les adaptations dont il est question se construisent sur des années. Un effet indétectable sur trois mois n’est pas nécessairement nul sur trois ans, et l’inverse est vrai aussi : un effet observé sur douze semaines peut s’estomper ensuite. Le corpus ne permet de trancher ni dans un sens ni dans l’autre.

Le statut d’entraînement des participants est une troisième limite. Une part importante des essais porte sur des personnes peu entraînées, chez qui presque tout stimulus produit des gains et chez qui une interférence a donc peu de chances d’apparaître. Transposer ces résultats à un pratiquant expérimenté proche de son plafond demande une prudence que la littérature elle-même signale.

Restent enfin deux réserves générales. Le biais de publication favorise la parution des résultats positifs, ce qui peut avoir gonflé l’ampleur apparente de l’interférence dans les premières décennies du champ. Et une différence moyenne standardisée reste une moyenne : elle masque la dispersion des réponses individuelles, qui est parfois considérable d’un participant à l’autre au sein d’un même essai.

Ce que la science dit vraiment

L’effet d’interférence existe, il est mesurable, et il est bien plus étroit que sa réputation. Sur quarante-trois essais, seule la force explosive ressort atténuée, et cette atténuation ne tient plus quand les deux séances sont séparées de quelques heures. Ni la force maximale ni la masse musculaire ne ressortent touchées.

Combiner les deux sans y perdre son temps

15 clubs en France, des coachs diplômés d’État. Une programmation qui traite le cardio comme un paramètre à ajuster, pas comme une menace à supprimer.

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Cardio et musculation : vos questions

Le cardio annule-t-il les gains de musculation ?
Non. La méta-analyse la plus large disponible réunit quarante-trois essais comparant un entraînement combiné à un entraînement de force seul : elle ne retrouve d’atteinte ni sur la force maximale, ni sur la masse musculaire. Seule la force explosive ressort atténuée, et de façon modeste.
D'où vient le chiffre de vingt à trente pour cent de gains en moins ?
De nulle part, au sens strict. Il est attribué à la méta-analyse de Wilson de 2012, qui ne rapporte que des tailles d’effet. Une taille d’effet exprime une ampleur en unités d’écart-type et ne se convertit pas en pourcentage de progression : le chiffre est le produit d’une opération que la statistique ne permet pas.
Faut-il faire le cardio avant ou après la musculation ?
Cette question n’a pas de réponse établie, parce qu’elle ne ressort dans aucune analyse. Deux méta-analyses ont testé l’ordre des deux modalités au sein d’une même séance comme sous-groupe : ni l’une ni l’autre n’y trouve de différence sur les adaptations mesurées après plusieurs semaines.
Combien de temps faut-il laisser entre les deux séances ?
C’est le paramètre qui ressort, à défaut de l’ordre. L’atténuation de la force explosive est plus marquée quand les deux modalités sont enchaînées dans la même séance que lorsqu’elles sont séparées d’au moins trois heures, cas dans lequel elle n’atteint plus le seuil de signification. Aucun délai optimal n’a toutefois été établi.
Le vélo interfère-t-il moins que la course ?
C’est ce que rapporte Wilson, chez qui l’interférence apparaît avec la course et pas avec le vélo, l’explication avancée étant la masse musculaire engagée et la composante excentrique de la foulée. Une méta-analyse plus récente, sur un corpus plus large, ne retrouve pas cette différence. Le point reste donc discuté.
L'AMPK bloque-t-elle vraiment la voie mTOR ?
Ce modèle est une hypothèse, pas un mécanisme démontré. La signalisation moléculaire observée dans les heures suivant une séance ne prédit pas fiablement les adaptations obtenues après plusieurs semaines, et l’idée d’une inhibition réciproque entre ces deux voies a été discutée et nuancée dans la littérature spécialisée.
L'interférence concerne-t-elle tous les pratiquants ?
Non. Elle a été étudiée chez des personnes cherchant des gains maximaux simultanés sur deux qualités, et elle compte surtout pour les athlètes dont la performance dépend de la force ou de la puissance tout en exigeant un volume d’endurance élevé. Pour quelqu’un qui s’entraîne trois à quatre fois par semaine, le sujet reste théorique.
Je n'ai qu'un seul créneau par jour, que faire ?
Enchaîner les deux reste très supérieur à ne rien faire, et la régularité pèse plus lourd sur vos résultats que l’agencement des séances. Si vous pouvez décaler l’une des deux de quelques heures, c’est le levier que la littérature identifie ; si vous ne le pouvez pas, ce n’est pas ce qui déterminera votre progression. Un coach MagicFit peut vous aider à organiser cela selon vos contraintes réelles.
Faut-il réduire son cardio pour prendre du muscle ?
Rien dans la littérature récente ne l’impose, et une telle réduction a un coût. La capacité aérobie soutient la santé cardiovasculaire et la capacité de travail à l’entraînement, laquelle conditionne le volume réalisable, lui-même déterminant pour l’hypertrophie. C’est pourquoi les coachs MagicFit ne présentent jamais l’interférence comme une raison de diminuer une activité physique par ailleurs bénéfique.

Sources et références scientifiques

  1. Hickson RC. Interference of strength development by simultaneously training for strength and endurance. European Journal of Applied Physiology and Occupational Physiology, 1980, volume 45, numéro 2-3, pages 255 à 263. L’observation fondatrice : dans le groupe cumulant onze séances hebdomadaires, la force plafonne vers la septième semaine puis recule, alors que la consommation maximale d’oxygène progresse normalement. Consulter
  2. Wilson JM, Marin PJ, Rhea MR, Wilson SMC, Loenneke JP, Anderson JC. Concurrent training: a meta-analysis examining interference of aerobic and resistance exercise. Journal of Strength and Conditioning Research, 2012, volume 26, numéro 8, pages 2293 à 2307. Source des tailles d’effet citées, de la distinction entre course et vélo, et des corrélations avec la fréquence et la durée du cardio. PubMed ID 22002517
  3. Schumann M, Feuerbacher JF, Sünkeler M, Freitag N, Rønnestad BR, Doma K, Lundberg TR. Compatibility of concurrent aerobic and strength training for skeletal muscle size and function: an updated systematic review and meta-analysis. Sports Medicine, 2022, volume 52, numéro 3, pages 601 à 612. Quarante-trois essais : force maximale et hypertrophie non atteintes, force explosive atténuée, atténuation plus marquée en séance combinée qu’avec au moins trois heures d’écart. PubMed ID 34757594
  4. Lundberg TR, Feuerbacher JF, Sünkeler M, Schumann M. The effects of concurrent aerobic and strength training on muscle fiber hypertrophy: a systematic review and meta-analysis. Sports Medicine, 2022, volume 52, numéro 10, pages 2391 à 2403. Petit effet négatif au niveau des fibres alors que l’hypertrophie du muscle entier n’est pas affectée ; aucune différence en sous-groupe, y compris sur l’ordre au sein d’une même séance. PubMed ID 35476184
  5. Coffey VG, Hawley JA. Concurrent exercise training: do opposites distract? The Journal of Physiology, 2017. Discussion du modèle d’inhibition réciproque entre voies de signalisation, présenté comme insuffisant pour rendre compte des adaptations observées. Consulter

Avertissement

Cet article a une vocation informative. Il décrit l’état d’une littérature scientifique et ne constitue ni un programme d’entraînement personnalisé, ni un avis médical. Les résultats cités sont des moyennes issues d’essais menés sur des populations et des durées limitées : ils ne prédisent pas une réponse individuelle. Toute douleur qui s’installe, toute question relative à une pathologie, à un traitement ou à la nutrition clinique relève d’un médecin, d’un kinésithérapeute ou d’un diététicien.

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