La progression en musculation comment augmenter les charges sans se blesser selon la science

La progression en musculation : ce qui est établi, et ce qui relève de la convention

✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 17 min · 📅 Publié le 2 mai 2026

Science du Sport — Progression

La progression en musculation : ce qui est établi, et ce qui relève de la convention

La surcharge progressive est le principe le plus répété de la musculation, et sans doute le moins interrogé. Cette page en donnait une version chiffrée et assurée : soixante-sept pour cent de pratiquants qui stagnent après six mois, des incréments hebdomadaires précis par niveau, une règle des dix pour cent, une décharge obligatoire toutes les quatre à six semaines. Presque rien de tout cela ne provient des sources citées, dont deux n’existent pas sous la référence indiquée. Ce qui est réellement documenté est plus mince, et sur un point précis, plus utile que la règle qu’on répète.

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Deux façons de progresser, des résultats comparables

C’est le nombre de participants entraînés d’un essai randomisé de 2022 qui a comparé, sur huit semaines, l’augmentation de la charge à l’augmentation des répétitions. Les deux voies produisent des adaptations comparables, avec un léger avantage à la charge sur la force maximale.

1. Le chiffre de soixante-sept pour cent n’existe pas

Cette page affichait en évidence que soixante-sept pour cent des pratiquants stagnent après six mois faute de structure de progression. Ce chiffre ne provient d’aucune publication identifiable. Il n’existe d’ailleurs pas de source plausible pour un tel nombre, qui supposerait de suivre une cohorte de pratiquants de salle et de définir objectivement ce qu’est une stagnation, deux choses qu’aucune étude accessible n’a faites.

Et les références citées ne correspondent à rien

Le chiffre était attribué à un travail de Kraemer paru en 2024 dans le Journal of Strength and Conditioning Research sur les modèles de progression. Cette référence ne renvoie à aucune publication identifiable. Kraemer a bien coordonné une prise de position de l’American College of Sports Medicine sur les modèles de progression, mais elle date du début des années deux mille et ne contient rien de tel.

La deuxième source citée, un manuel de périodisation de la NSCA daté de 2024, était présentée avec un lien de recherche PubMed vide. La troisième, en revanche, existe bien : la méta-analyse de Rhea et coll. de 2003, dont il sera question plus loin, et qui figurait dans la liste sans qu’aucune de ses données ne soit reprise dans le texte.

S’y ajoutait une citation encadrée attribuée à la NSCA, selon laquelle un programme sans progression ne serait pas un programme mais de l’entretien. La formule est élégante et elle n’a pas de référence.

2. La surcharge progressive est un principe, pas un résultat expérimental

Il faut commencer par une distinction que la vulgarisation efface systématiquement. La surcharge progressive n’est pas une découverte que des essais auraient établie contre une hypothèse concurrente. C’est un principe d’organisation, presque une tautologie : un organisme s’adapte à une contrainte, et une contrainte inchangée cesse de produire de l’adaptation une fois cette adaptation acquise.

Ce statut n’affaiblit pas le principe, il en délimite la portée. Il explique pourquoi personne ne le conteste, et pourquoi aucune étude ne cherche à le réfuter. Il explique aussi pourquoi les questions intéressantes sont ailleurs : non pas s’il faut progresser, mais comment, à quel rythme, et par quelle variable.

C’est précisément sur ces trois questions que la littérature est bien plus discrète que les tableaux qui circulent, et que la plupart des chiffres avancés relèvent de la convention professionnelle plutôt que de la mesure.

3. Ajouter du poids ou ajouter des répétitions : l’essai qui compare

Le travail le plus utile sur ce sujet est un essai randomisé publié en 2022 dans PeerJ par Plotkin et coll. Il pose la question que la formule usuelle escamote : la surcharge progressive suppose-t-elle vraiment d’augmenter la charge ?

Quarante-trois participants ayant au moins un an de pratique régulière sur le bas du corps ont été répartis au hasard en deux groupes pendant huit semaines. Le premier augmentait la charge en gardant la fourchette de répétitions constante. Le second augmentait les répétitions en gardant la charge constante.

Ce que l’essai retrouve

Sur l’hypertrophie, les résultats sont comparables entre les deux groupes. Sur l’endurance musculaire également. Sur la force maximale, la progression par la charge s’est révélée légèrement plus efficace, ce qui est cohérent avec le principe de spécificité : on progresse sur ce que l’on pratique, et manipuler des charges plus lourdes prépare mieux à manipuler des charges plus lourdes.

Les auteurs concluent que les deux stratégies sont viables pour développer les adaptations musculaires sur un cycle de huit semaines. C’est une conclusion pratique importante : pour quelqu’un qui ne dispose pas d’haltères intermédiaires, ou qui ne peut pas ajouter deux kilos et demi à une barre sans que la technique s’effondre, progresser en répétitions n’est pas un pis-aller.

Un résultat discordant qu’il faut signaler

Les auteurs eux-mêmes relèvent qu’un travail antérieur aboutissait à une conclusion différente, avec un avantage marqué à l’ajustement de la charge sur la surface de section du quadriceps, seize pour cent contre sept virgule neuf pour cent. Ils soulignent que cette analyse était rétrospective et non randomisée, ce qui limite la portée causale de ses résultats.

Mentionner cette discordance plutôt que de la taire est la seule façon honnête de présenter l’état des connaissances. Un essai randomisé sur huit semaines et quarante-trois participants indique une direction ; il ne clôt pas la question.

4. La dose qui fait progresser change avec le niveau

La méta-analyse de Rhea et coll., parue en 2003 dans Medicine and Science in Sports and Exercise, reste l’une des plus larges du domaine : cent quarante études, mille quatre cent trente-trois tailles d’effet. Elle ne porte pas sur les incréments de charge, mais sur quelque chose de plus fondamental pour comprendre pourquoi la progression ralentit.

Ses auteurs rapportent que la dose produisant les gains les plus élevés diffère selon le statut d’entraînement. Chez les personnes non entraînées, une intensité moyenne d’environ soixante pour cent du maximum et trois séances hebdomadaires par groupe musculaire ressortent comme les plus efficaces. Chez les personnes entraînées, c’est plutôt quatre-vingts pour cent et deux séances. Quatre séries par groupe musculaire ressortent dans les deux cas.

Autrement dit, progresser ne consiste pas seulement à ajouter du poids à une organisation figée : c’est l’ensemble du dosage qui se déplace à mesure que l’on avance. Un programme qui fonctionnait la première année et qui ne fonctionne plus la troisième n’est pas nécessairement mal appliqué. Il est simplement calibré pour un pratiquant qui n’existe plus.

Une réserve s’impose sur ces chiffres. Ce sont des moyennes issues d’un corpus de plus de vingt ans, obtenues en agrégeant des protocoles très hétérogènes, et les travaux ultérieurs ont nuancé plusieurs de ces valeurs. Ils décrivent une tendance générale, pas une prescription à suivre à la décimale.

5. La règle des dix pour cent et les incréments par niveau : des conventions

Cette page proposait des incréments hebdomadaires précis : deux kilos et demi à cinq kilos pour les débutants, un à deux kilos et demi pour les intermédiaires, un demi-kilo à un kilo pour les avancés, avec une règle générale de dix pour cent d’augmentation maximale par semaine. Ces valeurs figurent dans beaucoup de manuels et elles ne sont absurdes ni les unes ni les autres.

Il faut simplement savoir d’où elles viennent. Ce sont des conventions professionnelles, transmises par la pratique et par les formations, et non des seuils issus d’essais comparant plusieurs vitesses de progression. Aucune étude accessible n’a randomisé des pratiquants entre une progression à cinq pour cent et une progression à quinze pour cent par semaine pour en comparer les résultats et les blessures.

Ces repères ont par ailleurs une limite matérielle évidente. Sur un développé couché à quatre-vingts kilos, dix pour cent représentent huit kilos, ce qui est considérable d’une semaine à l’autre. Sur un curl à douze kilos, la même règle autorise un kilo deux, incrément que la plupart des salles ne permettent pas de charger. Une règle qui donne un résultat trop grand dans un cas et impossible dans l’autre est un aide-mémoire, pas un critère.

Le repère qui reste utilisable est celui que l’essai de 2022 met implicitement en avant : le déclencheur n’est pas le calendrier, c’est la performance atteinte. Quand vous tenez le haut de votre fourchette de répétitions sur toutes vos séries avec une exécution intacte, la charge peut monter, quelle que soit la semaine.

6. La progression n’est jamais linéaire, et c’est normal

Les tableaux de progression donnent une image trompeuse de ce qui se passe réellement. Ils suggèrent une droite ascendante, quelques kilos ajoutés chaque semaine, indéfiniment. La réalité ressemble davantage à un escalier irrégulier, avec des paliers, des phases d’accélération et des reculs temporaires. Comprendre cette forme évite d’interpréter chaque stagnation comme un échec personnel ou un défaut de programme.

La cause première est arithmétique. En début de pratique, ajouter deux kilos et demi à un développé couché représente une hausse importante en pourcentage, facilement absorbée par des adaptations nerveuses rapides. Deux ans plus tard, sur une charge trois fois supérieure, le même incrément absolu ne pèse presque rien en proportion, et la marge de progression restante s’est considérablement réduite. Le ralentissement n’est pas un signe de mauvaise exécution : c’est la conséquence mécanique du rapprochement avec le potentiel individuel.

S’ajoutent les fluctuations de la vie ordinaire. Une semaine de sommeil dégradé, une période de stress professionnel intense, une restriction alimentaire, une maladie bénigne : chacun de ces éléments réduit temporairement la performance disponible sans rien retirer aux adaptations construites. Une séance moins bonne dans ce contexte ne signale aucune régression réelle, seulement un état du jour.

Changer d’échelle d’observation

La conséquence pratique la plus utile est de changer d’échelle. Comparer une séance à la précédente produit un signal saturé de bruit. Comparer un mois au précédent, ou mieux un trimestre à celui d’avant, fait apparaître la tendance de fond que les variations hebdomadaires masquaient. C’est à cette échelle que se juge un programme, et c’est aussi à cette échelle que se prennent les décisions de le modifier.

7. Les autres formes de surcharge

La progression ne se limite pas à la charge, et l’essai de 2022 le confirme au moins pour les répétitions. Mais d’autres voies existent, et elles sont rarement comptées comme des progrès parce qu’elles n’apparaissent pas sur la barre.

Ajouter une série à un exercice augmente le travail total réalisé, et la relation entre le volume hebdomadaire de séries et les gains de force a fait l’objet d’une méta-analyse dédiée, celle de Ralston et coll. en 2017, qui décrit une relation graduée entre les deux. Augmenter la fréquence d’un mouvement dans la semaine, à volume constant ou non, en est une autre.

Restent des voies moins quantifiables mais réelles : améliorer l’amplitude travaillée sur un mouvement, réduire son temps de repos à performance constante, ou simplement mieux contrôler une charge que l’on soulevait déjà. Ces évolutions ne se voient pas dans un carnet qui ne consigne que des kilos, ce qui est une raison suffisante pour consigner autre chose.

Un pratiquant expérimenté qui n’ajoute plus de poids peut continuer à progresser plusieurs années par ces voies. Encore faut-il les compter comme des progrès, faute de quoi il conclura à une stagnation là où il y a simplement un déplacement de la progression.

8. La double progression, une méthode utile sans être démontrée supérieure

La double progression consiste à faire d’abord monter les répétitions à charge constante dans une fourchette définie, puis à augmenter la charge une fois le haut de la fourchette atteint, en redescendant alors dans le bas. C’est une méthode répandue, simple à appliquer et facile à suivre.

Cette page la présentait comme la méthode de progression la plus documentée pour les pratiquants naturels. Cette affirmation ne tient pas. Aucun essai n’a comparé la double progression à une progression purement linéaire ou à une autre organisation pour en établir la supériorité. Ce que l’essai de 2022 documente, c’est que ses deux composantes, l’ajout de répétitions et l’ajout de charge, produisent chacune des adaptations, ce qui rend la combinaison des deux plausible et cohérente.

Son mérite réel est ailleurs, et il est important : elle fournit un déclencheur objectif. Elle transforme la question floue de savoir quand augmenter en un critère observable, atteindre le haut de la fourchette sur toutes les séries. C’est un avantage pratique considérable, indépendamment de toute supériorité physiologique.

9. La décharge : ce qu’on peut en dire, et ce qu’on ne peut pas

Cette page affirmait qu’une semaine de décharge toutes les quatre à six semaines est recommandée par l’ACSM et la NSCA, et que les études documentent la nécessité d’une phase de réduction pour obtenir une surcompensation. Ces deux affirmations vont au-delà de ce qui est établi.

La réduction planifiée du volume ou de l’intensité est une pratique ancienne et largement adoptée, surtout dans les sports de force. Sa logique est solide : la fatigue s’accumule plus vite qu’elle ne se dissipe, et une baisse temporaire de la charge de travail permet de la résorber sans perdre les adaptations acquises. Mais la fréquence optimale d’une telle réduction, sa durée et son ampleur n’ont pas fait l’objet d’essais permettant de recommander un rythme précis à tout le monde.

Le terme de surcompensation mérite lui aussi d’être manié avec prudence. Il décrit un modèle théorique de l’adaptation, utile pour raisonner, mais il est présenté ici comme un phénomène mesuré dont la décharge serait la condition. C’est donner à un schéma explicatif le statut d’un résultat.

Ce qu’on peut dire honnêtement : réduire la charge de travail pendant une semaine lorsque la fatigue s’accumule, que les performances baissent sur plusieurs séances consécutives ou que la motivation s’effrite est raisonnable, et le coût d’une telle semaine est faible. Ce n’est pas la même chose que de l’inscrire au calendrier toutes les quatre semaines au nom d’une nécessité physiologique démontrée.

10. Quand ne pas augmenter la charge

Il existe des situations où la question de l’augmentation ne se pose pas, et où insister est le meilleur moyen de perdre plusieurs semaines.

La première est une exécution qui se dégrade nettement sur les dernières répétitions. Une charge que l’on ne contrôle plus n’apporte pas un stimulus supérieur : elle apporte un stimulus différent, réparti sur des structures qui n’étaient pas visées, avec un risque accru. Consolider la charge actuelle jusqu’à ce que l’exécution redevienne stable est plus productif que d’ajouter du poids.

La deuxième est une baisse de performance qui se prolonge sur plusieurs séances. Isolée, elle ne signifie rien. Répétée pendant deux ou trois semaines, elle indique généralement que la récupération ne suit pas, et c’est du côté du sommeil, de l’alimentation, du volume total ou des contraintes extérieures qu’il faut regarder, pas du côté de l’incrément.

Ce qui relève du médecin

La troisième situation est d’une autre nature, et elle ne se règle pas par un ajustement de programme. Une douleur articulaire, à distinguer de la sensation musculaire d’effort, une douleur qui persiste après la séance, ou une douleur qui revient systématiquement sur un mouvement donné relèvent d’un médecin ou d’un kinésithérapeute. Aucun réglage de charge, de répétitions ou de fréquence ne constitue une réponse à ces signaux, et les traiter comme des problèmes de programmation retarde une prise en charge qui serait plus simple si elle était précoce.

11. Le périmètre d’un coach en salle, et là où il s’arrête

Construire une progression relève pleinement du métier de coach : observer une exécution, décider quand une charge peut monter, organiser des cycles de travail et de récupération, tenir un suivi qui rende les décisions lisibles dans le temps.

Ce domaine a des limites nettes. Un coach ne pose pas de diagnostic, ne commente pas un bilan biologique, ne conseille aucun complément alimentaire et ne prend en charge aucune douleur qui s’installe. Sur ce sujet en particulier, la tentation est forte de traiter une douleur récurrente comme un défaut de programmation, puisque c’est le terrain sur lequel on sait agir. C’est précisément l’erreur à ne pas commettre.

Comment les coachs MagicFit se positionnent

Dans le réseau MagicFit, la décision d’augmenter une charge repose sur ce qui est observé en séance plutôt que sur un calendrier. Concrètement, le déclencheur retenu est la performance atteinte avec une exécution intacte, la progression par les répétitions est traitée comme une forme de progression à part entière et non comme une étape d’attente, et aucun rythme d’augmentation chiffré n’est présenté comme validé scientifiquement, parce qu’il ne l’est pas. Toute douleur articulaire est orientée vers un professionnel de santé sans arbitrage.

12. Quatre idées reçues qui circulent

1

Progresser, c’est ajouter du poids

Un essai randomisé de 2022 montre que l’ajout de répétitions à charge constante produit des adaptations comparables à l’ajout de charge, sauf léger avantage à la charge sur la force maximale.

2

Il faut augmenter de dix pour cent maximum par semaine

Cette règle est une convention professionnelle, sans essai comparant plusieurs vitesses de progression. Elle donne d’ailleurs des valeurs impraticables aux deux extrémités du spectre de charges.

3

Une décharge est obligatoire toutes les quatre à six semaines

Réduire la charge de travail quand la fatigue s’accumule est raisonnable et peu coûteux. Le rythme fixe, lui, n’est pas établi, et la surcompensation est un modèle explicatif plutôt qu’un résultat mesuré.

4

Un palier signale un mauvais programme

Le ralentissement est d’abord arithmétique : le même incrément pèse de moins en moins en proportion, et la marge restante se réduit à mesure qu’on approche de son potentiel.

Faut-il monter la charge à votre prochaine séance ?

Ancienneté, objectif, répétitions tenues et qualité d’exécution : l’outil ci-dessous situe votre séance dans la démarche de double progression.

MagicFit — Science du Sport

Ajouter du poids ou ajouter des répétitions

Un essai randomisé de 2022 a comparé les deux voies chez des pratiquants entraînés : elles produisent des adaptations comparables, avec un léger avantage à la charge sur la force maximale. Cet outil situe votre séance dans ce cadre. Il ne prescrit aucun incrément.

Ce que cet outil ne fait pas : il ne prescrit aucun incrément de charge, ne mesure aucune capacité et ne remplace pas l’observation de votre exécution. Les paliers chiffrés qui circulent relèvent de la convention, et une douleur articulaire ne se règle pas par un ajustement de programme.

13. Points clés à retenir

  • Le chiffre de soixante-sept pour cent de pratiquants qui stagnent n’existe dans aucune publication, et deux des trois références citées ne correspondent à rien d’identifiable.
  • La surcharge progressive est un principe d’organisation, presque tautologique, et non un résultat expérimental que des essais auraient établi.
  • Ajouter des répétitions à charge constante produit des adaptations comparables à ajouter de la charge, avec un léger avantage à la charge sur la force maximale.
  • La dose qui fait progresser se déplace avec le niveau : ce n’est pas seulement la charge qui change, c’est l’ensemble du dosage.
  • Les incréments chiffrés par niveau et la règle des dix pour cent sont des conventions professionnelles, pas des seuils issus d’essais.
  • Le déclencheur utilisable n’est pas le calendrier mais la performance atteinte avec une exécution intacte.

14. Nuances et limites

La première limite est la durée des essais. Huit semaines pour l’essai sur les modes de progression, c’est court au regard d’une pratique qui se construit sur des années, et c’est précisément sur le long terme que la question de la progression se pose. Il est possible que les deux voies divergent au-delà de cette fenêtre, dans un sens ou dans l’autre, et les données disponibles ne permettent pas de le savoir.

La deuxième tient aux populations. L’essai de 2022 porte sur des pratiquants ayant au moins un an de pratique du bas du corps, sur des exercices de bas du corps. Rien ne garantit que le résultat se transpose au haut du corps, à des débutants complets ou à des personnes âgées. La méta-analyse de 2003, quant à elle, agrège des protocoles très divers sur plus de deux décennies, et plusieurs de ses valeurs ont été nuancées depuis.

La troisième réserve porte sur ce que la littérature ne mesure pas. Aucun de ces travaux n’évalue les blessures liées à la vitesse de progression, alors que c’est exactement la question posée par le titre de cette page. La prudence sur les incréments repose donc sur un raisonnement mécanique et sur l’expérience de terrain, ce qui est raisonnable mais qu’il serait malhonnête de présenter comme une donnée.

Reste enfin l’écart entre les conditions d’essai et la vie réelle. Ces protocoles sont supervisés, réguliers, sans interruption ni contrainte extérieure. Dans une pratique ordinaire, faite de semaines chargées, de déplacements et de fatigue accumulée, la variable qui détermine la progression sur plusieurs années reste le nombre de séances effectivement réalisées, très loin devant la façon dont on ajoute les kilos.

Ce que la science dit vraiment

Les auteurs de l’essai de 2022 concluent que progresser par la charge et progresser par les répétitions sont deux stratégies viables sur un cycle de huit semaines. Le reste de ce qui circule sur la vitesse de progression, les incréments par niveau et le rythme des décharges relève de la convention professionnelle plutôt que de la mesure.

Progresser sans se blesser, avec un regard extérieur

15 clubs en France, des coachs diplômés d’État. Une progression décidée sur ce qui est observé en séance, pas sur un tableau appliqué au calendrier.

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Progression : vos questions

De combien peut-on augmenter les charges chaque semaine ?
Aucune valeur n’est établie par la littérature. Les incréments couramment cités par niveau, et la règle des dix pour cent, sont des conventions professionnelles qu’aucun essai n’a comparées entre elles. Le repère utilisable n’est pas un calendrier mais la performance atteinte avec une exécution intacte.
D'où venait le chiffre de soixante-sept pour cent ?
De nulle part. Il était attribué à un travail de Kraemer paru en 2024 dans le Journal of Strength and Conditioning Research, référence qui ne correspond à aucune publication identifiable. Un tel chiffre supposerait de suivre une cohorte de pratiquants et de définir objectivement la stagnation, ce qu’aucune étude accessible n’a fait.
Faut-il forcément ajouter du poids pour progresser ?
Non. Un essai randomisé de 2022 sur quarante-trois pratiquants entraînés a comparé l’ajout de charge à l’ajout de répétitions sur huit semaines : les adaptations sont comparables, avec un léger avantage à la charge sur la force maximale seulement.
Qu'est-ce que la double progression ?
Elle consiste à faire monter les répétitions à charge constante dans une fourchette définie, puis à augmenter la charge une fois le haut de la fourchette atteint sur toutes les séries, en redescendant alors dans le bas. Son mérite principal est de fournir un déclencheur objectif, pas une supériorité physiologique démontrée.
Pourquoi je ne progresse plus alors que je m'entraîne bien ?
Le ralentissement est d’abord arithmétique : le même incrément pèse de moins en moins en proportion à mesure que les charges montent, et la marge restante se réduit. La dose efficace se déplace aussi avec le niveau, ce qu’une méta-analyse de 2003 sur cent quarante études documente.
La semaine de décharge est-elle obligatoire ?
Réduire la charge de travail lorsque la fatigue s’accumule est raisonnable et peu coûteux. En revanche, le rythme fixe de toutes les quatre à six semaines n’est pas établi par des essais, et la surcompensation est un modèle explicatif plutôt qu’un phénomène mesuré dont la décharge serait la condition.
Comment savoir qu'une charge est trop lourde ?
Le signal le plus fiable est l’exécution : si elle se dégrade nettement sur les dernières répétitions, la charge dépasse ce que vous contrôlez. Une baisse de performance isolée ne signifie rien ; répétée plusieurs semaines, elle oriente vers la récupération plutôt que vers l’incrément.
Et si j'ai mal quelque part ?
Une douleur articulaire, une douleur qui persiste après la séance ou qui revient systématiquement sur un mouvement relève d’un médecin ou d’un kinésithérapeute. Aucun réglage de charge, de répétitions ou de fréquence ne constitue une réponse à ces signaux, et les coachs MagicFit orientent sans arbitrage dans ce cas.
Peut-on progresser indéfiniment ?
Non, et le ralentissement est attendu. Un pratiquant expérimenté peut toutefois continuer à progresser plusieurs années par d’autres voies que la charge : le nombre de séries, la fréquence, l’amplitude travaillée, la maîtrise du mouvement. Un coach MagicFit peut vous aider à consigner ces progrès que le carnet de charges ne montre pas.

Sources et références scientifiques

  1. Plotkin D, Coleman M, Van Every D, Maldonado J, Oberlin D, Israetel M, Feather J, Alto A, Vigotsky AD, Schoenfeld BJ. Progressive overload without progressing load? The effects of load or repetition progression on muscular adaptations. PeerJ, 2022, volume 10, article e14142. Quarante-trois pratiquants entraînés, huit semaines : hypertrophie et endurance comparables entre progression par la charge et progression par les répétitions, léger avantage à la charge sur la force maximale. PubMed ID 36199287
  2. Rhea MR, Alvar BA, Burkett LN, Ball SD. A meta-analysis to determine the dose response for strength development. Medicine and Science in Sports and Exercise, 2003, volume 35, numéro 3, pages 456 à 464. Cent quarante études et mille quatre cent trente-trois tailles d’effet : la dose produisant les gains les plus élevés diffère selon le statut d’entraînement. PubMed ID 12618576
  3. Ralston GW, Kilgore L, Wyatt FB, Baker JS. The effect of weekly set volume on strength gain: a meta-analysis. Sports Medicine, 2017, volume 47, numéro 12, pages 2585 à 2601. Relation graduée entre le nombre de séries réalisées chaque semaine et le gain de force, citée ici pour le volume comme voie de surcharge. PubMed ID 28755103

Avertissement

Cet article a une vocation informative. Il décrit l’état d’une littérature scientifique et ne constitue ni un programme d’entraînement personnalisé, ni un avis médical. Les incréments de charge évoqués relèvent de la convention professionnelle et ne sont pas des consignes. Une douleur articulaire, une douleur qui persiste après la séance ou qui revient systématiquement sur un mouvement relève d’un médecin ou d’un kinésithérapeute, et toute question de nutrition d’un diététicien.

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