✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 18 min · 📅 Publié le 25 avril 2026
Maladies auto-immunes et activité physique : ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas
On lit régulièrement que l’exercice réduirait de 40 à 60 pour cent les marqueurs d’inflammation dans les maladies auto-immunes. Ce chiffre ne figure dans aucune des références auxquelles on l’attribue habituellement, et il repose sur une confusion : l’effort augmente l’IL-6 issue du muscle, il ne l’abaisse pas. Voici ce que la littérature soutient réellement, pathologie par pathologie, et pourquoi les bénéfices documentés ne sont pas ceux que l’on met en avant.
Un pourcentage sans source
La réduction de 40 à 60 pour cent des marqueurs inflammatoires n’apparaît ni dans la revue de Sharif et coll., ni dans les recommandations EULAR auxquelles elle est couramment rattachée. La première est une revue narrative de mécanismes, les secondes ne chiffrent aucun marqueur biologique.
1. Ce que « réguler l’inflammation » veut dire, et ne veut pas dire
La formule circule partout et donne l’impression d’un mécanisme simple : l’exercice ferait baisser l’inflammation comme un traitement ferait baisser une fièvre. La réalité décrite par la littérature est plus indirecte, et il vaut la peine de la comprendre, parce qu’elle explique pourquoi les bénéfices attendus ne sont pas ceux qu’on annonce.
L’IL-6 musculaire monte pendant l’effort, elle ne descend pas
C’est le point que la vulgarisation inverse systématiquement. La revue de Sharif et collaborateurs, parue dans Autoimmunity Reviews en 2018, décrit une libération d’interleukine 6 par le muscle qui se contracte. Cette IL-6 d’origine musculaire fonctionne comme une myokine et déclenche une réponse à orientation anti-inflammatoire, notamment par la sécrétion d’IL-10 et l’inhibition d’IL-1 bêta.
Autrement dit, la même molécule que l’on cite comme marqueur d’inflammation à faire baisser est justement celle que l’exercice fait monter, et c’est par cette montée que passe une partie de l’effet recherché. Présenter le résultat comme une réduction chiffrée de l’IL-6 revient donc à décrire le mécanisme à l’envers.
Ce que la revue décrit effectivement
Les mécanismes rapportés portent sur une élévation des lymphocytes T régulateurs, une diminution de la sécrétion d’immunoglobulines et un déplacement de l’équilibre entre réponses Th1 et Th2 vers une moindre production de cellules Th1. Ce sont des observations de laboratoire, cohérentes et plausibles, dont la traduction en bénéfice clinique mesurable chez une personne donnée reste une autre question.
La conclusion la plus solide de ce travail n’est d’ailleurs pas mécanistique mais pratique : l’activité physique apparaît sûre dans la plupart de ces pathologies, lupus systémique, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques et maladies inflammatoires digestives comprises. C’est un message important, et il se suffit à lui-même sans avoir besoin d’un pourcentage.
2. Polyarthrite rhumatoïde : ce que recommande vraiment l’EULAR
C’est le terrain le mieux balisé, parce qu’il dispose de recommandations européennes formelles. Elles ont été publiées en 2018 sous la conduite de Rausch Osthoff et collaborateurs, dans les Annals of the Rheumatic Diseases, et non dans RMD Open comme on le lit souvent : cette dernière revue a accueilli la méta-analyse qui les alimente, pas les recommandations elles-mêmes.
Leur question de départ mérite d’être rappelée, car elle est moins spectaculaire que ce qu’on leur fait dire. Le groupe de travail cherchait à savoir si les recommandations générales d’activité physique destinées à la population adulte s’appliquent aux personnes vivant avec un rhumatisme inflammatoire ou une arthrose de hanche ou de genou. La réponse est globalement oui, avec des adaptations.
Un texte sur la pratique, pas sur la biologie
Ces recommandations portent sur l’organisation du conseil en consultation, sur la place de l’activité physique dans la prise en charge et sur la manière d’accompagner son adoption durable. Elles ne fixent aucun objectif de réduction de marqueur biologique, et ne promettent aucune baisse chiffrée de la protéine C réactive ou de l’IL-6. Le chiffre de 40 à 60 pour cent ne peut donc pas en venir.
Ce que ces travaux soutiennent est plus modeste et plus utile : l’activité physique fait partie de la prise en charge standard, elle doit être proposée activement plutôt que simplement autorisée, et son intégration au quotidien compte davantage que la performance atteinte.
Un texte qui a déjà été révisé
Une mise à jour de ces recommandations a été publiée en 2026, motivée notamment par les interventions utilisant les outils numériques et par l’accent mis sur la réduction du temps passé assis dans les orientations générales de l’Organisation mondiale de la santé parues en 2020. Citer la version de 2018 comme l’état actuel des recommandations est donc devenu inexact, ce qui illustre la vitesse à laquelle ce type de référence se périme.
3. Lupus : des données bien plus minces qu’on ne le laisse entendre
Le lupus systémique est régulièrement cité dans la liste des pathologies où l’exercice aurait fait ses preuves. Cette présentation résiste mal à l’examen du volume réel de données disponibles.
Les travaux les plus souvent mobilisés sont de petite taille. Une étude parue dans Lupus Science and Medicine en 2022 sous la conduite de Hasni et collaborateurs, portant sur douze semaines d’entraînement chez des femmes vivant avec un lupus systémique, est explicitement présentée par ses auteurs comme une étude pilote. Un travail pilote sert à vérifier qu’un protocole est réalisable et à préparer un essai de plus grande envergure ; il n’établit pas une efficacité.
Ce sur quoi les résultats portent
Les critères examinés dans ce type de travail sont la capacité cardiorespiratoire et la fatigue, pas l’activité de la maladie ni les marqueurs immunologiques. C’est cohérent avec ce que l’on peut raisonnablement attendre, et c’est déjà considérable pour les personnes concernées, la fatigue étant l’un des symptômes les plus invalidants et les moins bien pris en compte.
Mais cela signifie aussi qu’affirmer que l’exercice agit sur le lupus lui-même dépasse ce qui a été mesuré. La distinction entre améliorer la condition d’une personne malade et modifier le cours de sa maladie est ici décisive, et c’est précisément celle que les discours promotionnels effacent.
Une précaution propre à cette pathologie
La photosensibilité est fréquente dans le lupus et peut déclencher des poussées cutanées, parfois systémiques. Elle oriente vers une pratique en intérieur ou aux heures de faible ensoleillement, avec une protection adaptée. Ce point relève des consignes du médecin qui suit la maladie, et il illustre pourquoi une recommandation générale d’activité physique ne suffit pas sans adaptation à la pathologie.
4. Sclérose en plaques : le bénéfice fonctionnel est réel, l’effet anti-inflammatoire ne l’est pas
La sclérose en plaques offre le meilleur exemple de l’écart entre ce qui est solidement établi et ce qui est extrapolé, et c’est un écart qui va dans un sens rassurant.
Ce qui est bien documenté
Les travaux disponibles portent sur la participation aux activités du quotidien, sur la capacité de marche, sur l’équilibre et sur la fatigue. C’est sur ces dimensions que l’entraînement montre les effets les plus constants, et ce sont celles qui déterminent l’autonomie réelle. Pour une personne concernée, gagner en stabilité ou en distance de marche pèse davantage au quotidien qu’une variation de dosage biologique.
Ce qui ne l’est pas
L’effet sur les marqueurs inflammatoires circulants est nettement moins net. Les synthèses qui se sont penchées spécifiquement sur cette question ne retrouvent pas de modification franche et reproductible de l’IL-6 ni du TNF alpha après entraînement régulier chez les personnes vivant avec une sclérose en plaques.
Ce constat n’affaiblit pas l’intérêt de l’activité physique, il déplace l’argument. Le bénéfice ne passe pas, ou pas principalement, par une modulation mesurable de l’inflammation systémique. Il passe par la préservation de la fonction, ce qui est un motif suffisant et honnête de s’y engager.
La question de la chaleur
Une élévation de la température corporelle peut majorer transitoirement certains symptômes neurologiques. Ce phénomène est réversible et ne traduit pas une aggravation de la maladie, mais il conduit en pratique à privilégier des environnements tempérés, à fractionner l’effort et à s’hydrater. Là encore, le point relève des consignes de l’équipe qui suit la personne.
5. Maladies inflammatoires digestives : le terrain le moins documenté
La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique figurent systématiquement dans les listes, alors que les données spécifiques y sont les plus rares des quatre situations abordées ici.
Ce qui est établi tient surtout à la sécurité : l’activité physique apparaît sûre dans ces pathologies en dehors des phases actives sévères, ce qui rejoint la conclusion générale de la revue de Sharif et collaborateurs. C’est une information utile, car la crainte d’aggraver la maladie conduit encore beaucoup de personnes à s’abstenir sans motif.
Deux enjeux qui ne relèvent pas de l’inflammation
Le premier est osseux. Ces pathologies exposent à une densité minérale abaissée, du fait de l’inflammation chronique, de la malabsorption et des corticothérapies répétées. Le travail contre résistance prend ici un intérêt qui ne doit rien à un effet immunologique.
Le second est nutritionnel. Les phases actives s’accompagnent souvent d’une perte de masse musculaire liée aux difficultés d’alimentation et à l’inflammation. Cette dimension relève d’un diététicien travaillant avec le gastro-entérologue, jamais d’un coach ni d’un conseil trouvé en ligne, et certainement pas d’une supplémentation décidée seul.
Des contraintes pratiques rarement évoquées
L’urgence défécatoire, l’incontinence et la crainte de ne pas trouver de sanitaires constituent des obstacles concrets à la pratique, largement sous-estimés et rarement abordés en consultation. Les nommer permet d’organiser les choses autrement : repérage des lieux, horaires choisis, activité à domicile lors des périodes difficiles. Ce sont des solutions logistiques, et elles règlent souvent plus de problèmes qu’un ajustement de programme.
6. Un complément du traitement, jamais un substitut
Une précision s’impose avant tout conseil pratique, car des discours dangereux circulent particulièrement sur ces pathologies : l’activité physique adaptée accompagne les traitements de fond, elle ne les remplace pas et ne permet jamais de les réduire de sa propre initiative.
Ces maladies évoluent souvent par poussées entrecoupées de périodes calmes. Cette alternance crée une illusion redoutable : une amélioration survenant après un changement d’habitudes peut être attribuée à ce changement alors qu’elle correspond simplement à une phase de rémission spontanée. C’est sur ce mécanisme que prospèrent les propositions invitant à abandonner les traitements.
Or les traitements de fond ont pour objectif de limiter les dommages irréversibles que l’inflammation chronique inflige aux articulations, aux organes ou au système nerveux selon la pathologie. Leur interruption expose à une reprise de l’activité de la maladie, dont certaines conséquences ne se rattrapent pas. Aucune donnée sur l’exercice ne justifie une telle décision.
Ce que l’activité physique apporte est documenté et mérite d’être encouragé : réduction de la fatigue, préservation de la force et de la mobilité, bénéfice sur l’humeur et la qualité de vie, entretien de la densité osseuse, particulièrement utile chez les personnes recevant une corticothérapie prolongée.
La démarche appropriée consiste donc à aborder la question avec le médecin qui suit la maladie, généralement un rhumatologue, un neurologue ou un gastro-entérologue selon la pathologie. Toute modification d’un traitement relève de lui seul. Les repères de cet article servent à comprendre les enjeux et à préparer cette conversation, non à construire une démarche autonome.
7. Ce que les traitements changent à la pratique
Les médicaments employés dans ces pathologies modifient certains paramètres qui comptent pour l’activité physique, et ces effets méritent d’être connus plutôt que découverts en cours de route.
Sensibilité accrue aux infections
Les traitements réduisant l’activité du système immunitaire augmentent la sensibilité aux infections. Cette réalité oriente vers quelques précautions pratiques : hygiène des mains et du matériel en salle, prudence lors des périodes épidémiques, et vigilance particulière sur toute plaie cutanée. Une fièvre ou un signe infectieux justifient de suspendre l’activité et de contacter le médecin, la réaction pouvant être atypique sous ces traitements.
Corticothérapie prolongée
Elle fragilise le tissu osseux, ce qui augmente le risque de fracture et invite à la prudence sur les impacts et les charges élevées, tout en rendant paradoxalement le renforcement musculaire d’autant plus utile pour préserver l’os. Elle entraîne également une fonte musculaire prédominant sur les cuisses, que le travail de renforcement contribue à limiter. Elle peut enfin fragiliser les tendons.
Certains traitements comportent des effets sur le foie, les reins ou la fonction cardiaque, ce qui justifie le suivi biologique habituel et peut conduire à adapter l’intensité.
La fatigue, symptôme à part entière
La fatigue constitue un symptôme majeur de ces pathologies, souvent indépendant de l’activité inflammatoire mesurée. Elle est réelle, invalidante, et fréquemment sous-estimée par l’entourage. Elle impose une organisation où l’activité est répartie plutôt que concentrée, et où la régularité prime sur l’intensité. Signaler une fatigue qui s’aggrave reste important, plusieurs causes associées étant identifiables et prises en charge, notamment une anémie ou un trouble thyroïdien fréquemment associés.
8. Construire un programme qui tolère l’imprévisible
La difficulté propre à ces pathologies tient à leur caractère fluctuant. Un programme conçu comme une progression linéaire se heurte inévitablement à la première poussée et se solde souvent par un abandon. Une organisation adaptée intègre cette variabilité dès sa conception.
Trois niveaux plutôt qu’une progression unique
Une approche qui fonctionne consiste à définir plusieurs niveaux d’activité correspondant aux différents états possibles. Un niveau complet pour les périodes calmes, un niveau intermédiaire pour les jours moyens, et un niveau minimal pour les phases difficiles. Ce dernier peut se réduire à quelques mouvements de mobilité ou à une marche courte, l’objectif étant de maintenir le lien plutôt que de produire un stimulus.
Cette structuration présente un avantage psychologique décisif : elle transforme la réduction d’activité en option prévue plutôt qu’en échec. La personne ne renonce pas, elle bascule sur un autre niveau, et la reprise s’en trouve facilitée.
Pendant une poussée
Pendant une poussée inflammatoire articulaire, la conduite habituelle consiste à mettre au repos relatif les articulations concernées tout en maintenant une mobilisation douce pour éviter l’enraidissement, et à poursuivre l’activité sur les segments non touchés. Les modalités précises dépendent de la pathologie et relèvent des consignes de l’équipe soignante.
L’accompagnement par un kinésithérapeute ou un professionnel en activité physique adaptée prend ici une valeur particulière. Ces professionnels savent ajuster en fonction de l’état du jour, ce qu’un programme figé ne permet pas, et connaissent les précautions propres à chaque pathologie. De nombreux dispositifs de sport-santé existent par ailleurs sur prescription, et le médecin traitant ou le spécialiste peut orienter vers les structures disponibles à proximité.
9. Se méfier des régimes miracles et des promesses de guérison
Ces pathologies, par leur caractère chronique et fluctuant, attirent un nombre considérable de propositions présentées comme des solutions définitives. Quelques repères permettent de s’orienter sans céder ni à la crédulité ni au rejet systématique.
Le premier signal d’alerte est la promesse de guérison. Ces maladies se contrôlent, parfois très bien, mais aucune approche ne les fait disparaître définitivement. Un discours annonçant une rémission complète et durable par un régime, un complément ou une méthode sort du champ de ce qui est démontré.
Le deuxième est l’invitation, explicite ou suggérée, à réduire ou abandonner les traitements. Cette recommandation, quelle que soit la bienveillance apparente de celui qui la formule, expose à des conséquences irréversibles.
Le troisième est l’usage de témoignages individuels comme preuve. Compte tenu de l’évolution par poussées, des améliorations spontanées surviennent régulièrement et peuvent être attribuées à n’importe quelle intervention concomitante.
Ce qui ne veut pas dire que l’hygiène de vie ne compte pas
Une alimentation équilibrée, un poids stable, l’arrêt du tabac dont le rôle défavorable est bien documenté dans plusieurs de ces pathologies, et une activité physique régulière constituent des mesures utiles et recommandées. Certaines situations justifient par ailleurs des adaptations diététiques précises, notamment dans les maladies inflammatoires digestives, mais elles relèvent d’un accompagnement par un diététicien en lien avec le médecin.
La position raisonnable consiste donc à parler de toute approche complémentaire envisagée avec l’équipe soignante, plutôt que de la mener en parallèle sans le dire. Cette transparence permet d’écarter les interactions possibles avec les traitements, question réelle pour certains compléments, et de bénéficier d’un avis sur ce qui peut apporter quelque chose.
10. Le périmètre d’un coach en salle, et là où il s’arrête
Une salle de sport n’est pas un lieu de soin, et un coach n’est pas un professionnel de santé. Sur ces pathologies, poser la limite est d’autant plus nécessaire que les demandes qui lui sont adressées sortent souvent de son domaine.
Ce qui relève du coach
Le domaine du coach est le mouvement et sa progression : proposer une variante quand une articulation est douloureuse, régler une amplitude, tenir la trace de ce qui a été fait, et accepter qu’une séance bascule sur un niveau inférieur sans en faire un problème. Sur ce public, la compétence la plus utile consiste à reconnaître les jours où il faut réduire, et à le proposer avant que la personne ne se force.
Il lui revient aussi de tenir compte des précautions transmises par le médecin, en particulier sur les impacts et les charges en cas de corticothérapie prolongée, et d’appliquer une hygiène rigoureuse du matériel pour un public plus exposé aux infections.
Ce qui n’en relève pas
Un coach n’évalue pas une poussée, ne se prononce pas sur un traitement en cours, ne commente pas un bilan biologique et n’a aucune légitimité pour dire si l’inflammation est contrôlée. Il ne conseille jamais de complément alimentaire ni de régime d’éviction, demandes pourtant fréquentes sur ces pathologies, où elles relèvent d’un diététicien travaillant avec le médecin.
Surtout, il ne laisse jamais s’installer l’idée qu’une bonne période justifierait d’alléger un traitement. Face à ce type de propos, la seule réponse tenable est de renvoyer vers le médecin qui suit la maladie.
Comment les coachs MagicFit se positionnent
Chez MagicFit, l’accompagnement d’une personne vivant avec une maladie auto-immune suppose que la démarche ait été abordée avec le spécialiste qui la suit, et que les précautions propres à la pathologie soient connues. Le rôle du coach est d’appliquer et d’ajuster ce cadre, pas de le définir. Lorsqu’une situation le dépasse, l’orientation vers un professionnel de santé est la bonne réponse, y compris si elle interrompt l’accompagnement.
11. Trois idées reçues qui circulent
Ces formulations reviennent constamment, y compris sous la plume de sources sérieuses. Chacune part d’un fait exact et le déforme, ce qui les rend difficiles à corriger.
L’exercice ferait baisser l’inflammation de 40 à 60 pour cent
Ce chiffre n’apparaît dans aucune des sources auxquelles il est attribué. La revue citée est une revue narrative de mécanismes, et elle décrit une IL-6 musculaire qui monte à l’effort, pas un marqueur que l’exercice abaisserait.
Bouger agirait sur la maladie elle-même
Ce que les travaux mesurent est la capacité, la fatigue, la force, la qualité de vie. Améliorer la condition d’une personne malade et modifier le cours de sa maladie sont deux choses distinctes, et la seconde n’est pas établie.
Une longue période calme permettrait d’alléger le traitement
L’évolution par poussées produit des rémissions spontanées qu’on attribue volontiers à ce qu’on vient de changer. C’est le raisonnement sur lequel prospèrent les propositions d’arrêt, et il expose à des dommages qui ne se rattrapent pas.
Situer sa journée sur les trois niveaux
Cet outil écarte d’abord les signes qui imposent un avis médical. Il illustre ensuite le principe des trois niveaux décrit plus haut, sans mesurer aucune activité inflammatoire.
Ce reperage vous sera envoye par email en PDF, a apporter en consultation. Ces informations ne sont pas conservees apres l'envoi.
Ce que cet outil ne fait pas : il n’évalue pas l’activité de votre maladie, qui se mesure en consultation et par les examens, ne tient compte ni de votre pathologie précise ni de vos traitements, et ne justifie en aucun cas d’en modifier un. Les consignes de votre médecin priment sur ce qu’il affiche.
12. Points clés à retenir
- La réduction de 40 à 60 pour cent des marqueurs inflammatoires ne figure dans aucune des références qui lui sont attribuées, et elle inverse le mécanisme décrit : l’IL-6 musculaire monte pendant l’effort.
- Ce que la littérature soutient le plus solidement est la sécurité de l’activité physique dans la plupart de ces pathologies, ainsi que des bénéfices sur la fatigue, la force, la capacité et la qualité de vie.
- Les recommandations EULAR portent sur la pratique du conseil et sur la place de l’activité physique dans la prise en charge. Elles ne fixent aucun objectif biologique chiffré, et leur version de 2018 a depuis été révisée.
- Les données sur le lupus reposent largement sur des travaux de petite taille explicitement présentés comme pilotes. Sur la sclérose en plaques, le bénéfice fonctionnel est net alors que l’effet sur les marqueurs circulants ne l’est pas.
- Organiser l’activité en trois niveaux plutôt qu’en progression linéaire transforme la réduction en option prévue plutôt qu’en échec, ce qui est déterminant sur des maladies fluctuantes.
- L’activité physique accompagne les traitements de fond et ne les remplace jamais. Toute modification relève du spécialiste qui suit la maladie, y compris pendant une longue période calme.
13. Nuances et limites
Regrouper sous une même étiquette la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, la sclérose en plaques et les maladies inflammatoires digestives est commode, mais cette commodité a un coût qu’il faut expliciter.
Une catégorie qui rassemble des maladies très différentes
Ces pathologies partagent un mécanisme de perte de tolérance au soi, mais elles touchent des organes distincts, évoluent différemment et se traitent différemment. Un résultat obtenu sur une arthrite ne se transpose pas à une atteinte neurologique ou digestive. La plupart des affirmations générales sur « les maladies auto-immunes et le sport » reposent sur cette transposition implicite, qui n’est pas justifiée.
Des effectifs faibles et des suivis courts
Les essais disponibles portent le plus souvent sur quelques dizaines de personnes, sur des durées de huit à douze semaines. Sur des maladies qui évoluent sur des décennies par poussées successives, cette fenêtre est étroite, et elle capte mal ce qui se joue à long terme.
Les participants ne ressemblent pas à tout le monde
Les protocoles recrutent des personnes dont la maladie est relativement stabilisée et qui acceptent de s’engager dans un programme. Les formes les plus actives, les situations avec plusieurs pathologies associées et les personnes déjà épuisées par la fatigue en sont largement absentes. Les résultats leur sont pourtant appliqués sans réserve.
Enfin, l’insu est impossible dans ce type d’essai, et une part de l’amélioration rapportée tient à l’attention reçue et au cadre proposé, indépendamment du mouvement lui-même. Cela n’annule pas l’intérêt de la démarche, mais interdit d’en attribuer la totalité à l’exercice.
Ce que la science dit vraiment
L’activité physique adaptée apparaît sûre dans la plupart des maladies auto-immunes et améliore la fatigue, la force et la capacité fonctionnelle. Elle n’a pas démontré qu’elle modifiait le cours de la maladie, et les données disponibles reposent sur des effectifs faibles et des suivis courts. Elle complète une prise en charge, elle ne s’y substitue pas, et sa mise en place relève du spécialiste qui vous suit.
Une pratique qui s’adapte aux jours difficiles
15 clubs en France, des coachs diplômés d’État. Sur une maladie qui évolue par poussées, notre rôle est d’appliquer et d’ajuster un cadre défini avec le spécialiste qui vous suit, et de savoir réduire un jour sans en faire un échec.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Sources scientifiques
- Sharif K, Watad A, Bragazzi NL, Lichtbroun M, Amital H, Shoenfeld Y. Physical activity and autoimmune diseases: get moving and manage the disease. Autoimmunity Reviews, 2018, volume 17, numéro 1, pages 53 à 72. Consulter
- Rausch Osthoff AK, Niedermann K, Braun J et coll. 2018 EULAR recommendations for physical activity in people with inflammatory arthritis and osteoarthritis. Annals of the Rheumatic Diseases, 2018, volume 77, numéro 9, pages 1251 à 1260. PubMed ID 29997112
- Rausch Osthoff AK, Vliet Vlieland TPM, Ferreira RJO et coll. EULAR recommendations for physical activity in people with inflammatory arthritis and osteoarthritis: 2025 update. Annals of the Rheumatic Diseases, 2026. Consulter
- Luo et coll. The anti-inflammatory effects of exercise on autoimmune diseases: a 20-year systematic review. Journal of Sport and Health Science, 2024. Consulter
- Hasni S et coll. Changes in cardiorespiratory function and fatigue following 12 weeks of exercise training in women with systemic lupus erythematosus: a pilot study. Lupus Science and Medicine, 2022, volume 9, article e000778. Consulter sur PubMed
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Avertissement
Cet article est à visée informative et éducative. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas la consultation du spécialiste qui suit votre pathologie. Ne modifiez jamais un traitement de fond de votre propre initiative, y compris pendant une longue période sans symptôme. Sous traitement diminuant l’activité du système immunitaire, une fièvre ou un signe infectieux impose de suspendre l’activité et de contacter votre médecin sans attendre, la réaction pouvant être atténuée ou atypique. Toute adaptation alimentaire relève d’un diététicien en lien avec votre médecin.