Eliud Kipchoge la science du marathon en moins de 2 heures

Eliud Kipchoge : la science du marathon en moins de 2 heures

✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 16 min · 📅 Publié le 15 mai 2026

Eliud Kipchoge : la science du marathon en moins de 2 heures

Athlètes & Champions · A-07

Eliud Kipchoge : la science du marathon en moins de 2 heures

1 h 59 min 40 s sur 42,195 km. Une barrière que beaucoup jugeaient infranchissable est tombée. Derrière ce chiffre, une convergence de physiologie, de technologie et de méthode que la science permet de décrypter — et dont chaque coureur peut s’inspirer.

Le 12 octobre 2019, au petit matin, dans le Prater de Vienne, Eliud Kipchoge s’élance derrière une formation de lièvres disposés en V. Pendant un peu moins de deux heures, son rythme ne varie quasiment pas : autour de 2 minutes 50 au kilomètre, kilomètre après kilomètre, sans la moindre faiblesse apparente. À l’arrivée, le chronomètre affiche 1 h 59 min 40 s. Pour la première fois dans l’histoire, un être humain a couru la distance du marathon en moins de deux heures.

Cette performance, réalisée lors d’un événement baptisé INEOS 1:59 Challenge, n’a pas été homologuée comme record du monde officiel : les conditions — lièvres se relayant, ravitaillement à vélo, parcours choisi — n’étaient pas celles d’une compétition classique. Il faudra attendre le marathon de Londres du 26 avril 2026 pour voir la barrière des deux heures officiellement franchie, par le Kényan Sabastian Sawe en 1 h 59 min 30 s. Mais l’exploit de Kipchoge à Vienne, lui, conserve toute sa valeur scientifique : il a démontré, sept ans plus tôt, qu’une frontière longtemps jugée biologiquement inaccessible pouvait être franchie. Et il a posé une question fascinante : qu’est-ce qui, exactement, permet à un corps humain de soutenir un tel effort ? La réponse n’est pas un secret unique. C’est un système — et ce système, dans ses principes, est instructif pour n’importe quel coureur.

Temps de lecture : 13 min · Mis à jour le 14 mai 2026

1 h 59 min 40 s

le temps réalisé par Eliud Kipchoge sur 42,195 km lors de l’INEOS 1:59 Challenge à Vienne, le 12 octobre 2019. Soit une allure moyenne d’environ 2 min 50 s au kilomètre, tenue sans rupture du début à la fin.

Palmarès — l’essentiel

Année Compétition Résultat
2003 Championnats du monde, Paris (5 000 m) Champion du monde sur piste
2016 Jeux olympiques, Rio Champion olympique du marathon
2018 Marathon de Berlin Record du monde du marathon
2019 INEOS 1:59 Challenge, Vienne Marathon sous les 2 heures (non homologué)
2020 Jeux olympiques, Tokyo (disputés en 2021) Champion olympique du marathon (titre conservé)
2022 Marathon de Berlin Record du monde du marathon (2 h 01 min 09 s)
2023 Marathon de Chicago Record du monde battu par Kelvin Kiptum (2 h 00 min 35 s)
2024 Jeux olympiques, Paris Abandon au marathon (vers le 30e km)
2025 Marathon de New York Annonce de la fin de sa carrière marathon professionnelle

Du plateau kényan aux sommets du marathon mondial

Eliud Kipchoge naît le 5 novembre 1984 à Kapsisiywa, dans le comté de Nandi, sur les hauts plateaux de l’ouest du Kenya. Cette région, située à plus de 2 000 mètres d’altitude, a produit une proportion stupéfiante de coureurs de fond de classe mondiale. Enfant, Kipchoge parcourt plusieurs kilomètres à pied chaque jour pour se rendre à l’école — une réalité partagée par beaucoup de jeunes Kényans, et qui constitue, sans qu’on l’ait jamais planifié, une base d’endurance précoce.

Sa carrière sportive débute sur la piste. En 2003, à seulement 18 ans, il crée la sensation en devenant champion du monde du 5 000 mètres, devançant des coureurs déjà légendaires. Il s’impose alors comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du demi-fond, accumulant les médailles olympiques et mondiales sur 5 000 mètres pendant près d’une décennie. Mais c’est en 2013, en basculant vers le marathon, qu’il entre dans une autre dimension. Ce changement de discipline, à un âge où beaucoup de coureurs déclinent, illustre une caractéristique centrale de Kipchoge : sa capacité à se réinventer, à accepter de repartir d’un nouvel apprentissage plutôt que de s’accrocher à ses acquis.

Le camp d’entraînement de Kaptagat : une vie ascétique

Pour comprendre Kipchoge, il faut comprendre son cadre de vie. L’essentiel de sa préparation se déroule dans un camp d’entraînement situé à Kaptagat, en altitude, où il vit plusieurs jours par semaine dans des conditions volontairement simples, loin du confort que sa notoriété pourrait lui offrir. Les athlètes y partagent les tâches quotidiennes, dorment dans des dortoirs sobres, suivent un rythme réglé. Cette austérité n’est pas une pose : elle traduit une philosophie selon laquelle la discipline du quotidien construit la discipline de la course. Kipchoge est connu pour tenir des carnets d’entraînement détaillés depuis des années, notant chaque séance, chaque sensation. Cette rigueur méthodique — mesurer, consigner, ajuster — est l’un des piliers les moins spectaculaires mais les plus déterminants de sa réussite.

Pourquoi le marathon sous 2 heures était considéré comme une frontière

Pendant longtemps, des physiologistes ont estimé que courir un marathon en moins de deux heures se situait à la limite extrême de ce que le corps humain pouvait produire. La raison tient à la nature même de l’effort. Un marathon couru à cette vitesse exige de maintenir, pendant près de deux heures, une intensité très proche du seuil au-delà duquel l’organisme ne parvient plus à éliminer les déchets métaboliques aussi vite qu’il les produit. La moindre dérive — un emballement de quelques secondes, une déshydratation, une baisse des réserves de glucides — et le rythme s’effondre.

Trois paramètres physiologiques déterminent la performance en marathon, et un marathonien d’élite excelle dans les trois simultanément. Le premier est la consommation maximale d’oxygène, le VO2max : le débit maximal d’oxygène que l’organisme peut prélever et utiliser. Le deuxième est le seuil, c’est-à-dire le pourcentage de ce VO2max que le coureur peut soutenir durablement sans s’épuiser. Le troisième, souvent sous-estimé, est l’économie de course : la quantité d’énergie nécessaire pour avancer à une vitesse donnée. Un coureur très économe consomme moins pour le même résultat — comme un moteur à faible consommation.

Ce qui rend le marathon si exigeant, c’est que ces trois leviers doivent tenir ensemble pendant deux heures, sans rupture. Un coureur peut avoir un VO2max élevé mais un seuil bas : il sera rapide sur un effort court, mais incapable de tenir l’allure marathon. Un autre peut avoir un excellent seuil mais une économie médiocre : il « brûlera » trop vite ses réserves. Kipchoge, lui, présente un profil rare où aucun de ces maillons ne flanche. Et il faut ajouter un quatrième facteur, plus difficile à mesurer en laboratoire mais décisif sur le terrain : la capacité à utiliser efficacement ses réserves de graisses comme carburant, afin d’épargner le glycogène. Plus un coureur sait puiser dans ses lipides aux allures soutenues, plus il retarde le moment où ses réserves de glucides s’effondrent. C’est l’un des effets recherchés d’un entraînement en endurance bien construit.

L’économie de course, la signature de Kipchoge

Si Kipchoge fascine les chercheurs, c’est en grande partie pour son économie de course exceptionnelle. Sa foulée est d’une régularité presque hypnotique : peu de mouvements parasites, un contact au sol bref, un buste stable, une dépense d’énergie minimisée à chaque appui. Cette efficience n’est pas seulement un don : elle est le produit d’années de répétition, de millions de foulées effectuées dans des conditions contrôlées. Là où un coureur amateur gaspille de l’énergie en oscillations verticales, en crispations, en irrégularités de rythme, le geste de Kipchoge est dépouillé de presque tout superflu. C’est probablement l’enseignement le plus directement utile de son cas : améliorer sa technique de course, gagner en fluidité, c’est gagner en performance sans même augmenter sa condition physique.

L’entraînement : volume, polarisation et altitude

Le volume d’entraînement d’un marathonien d’élite kényan est considérable — fréquemment plus de 200 kilomètres par semaine en période de préparation intensive. Mais ce qui frappe les observateurs, ce n’est pas tant la quantité que la structure. L’entraînement de Kipchoge suit ce que les physiologistes appellent un modèle polarisé : la grande majorité des kilomètres sont courus à allure modérée, voire lente — nettement en dessous de l’allure de course —, tandis qu’une petite fraction seulement est consacrée à des séances vraiment intenses. Ce dosage va à l’encontre de l’intuition de beaucoup de coureurs amateurs, qui ont tendance à courir « trop vite trop souvent » : ni assez lentement pour récupérer, ni assez intensément pour progresser réellement.

L’altitude joue elle aussi un rôle. S’entraîner à plus de 2 000 mètres soumet l’organisme à une disponibilité réduite en oxygène. En réponse, le corps développe des adaptations — notamment au niveau du transport de l’oxygène dans le sang — qui se révèlent avantageuses lorsque l’athlète redescend disputer une course au niveau de la mer. Les coureurs des hauts plateaux kényans et éthiopiens bénéficient ainsi d’un environnement qui agit comme un entraînement permanent, depuis l’enfance. C’est un facteur qu’un amateur ne peut pas reproduire — mais il rappelle une vérité plus large : l’environnement dans lequel on s’entraîne façonne profondément ce que l’on devient.

Il faut toutefois se garder d’une lecture purement déterministe. L’altitude et la génétique expliquent une partie de la domination kényane, mais elles n’expliquent pas tout. Beaucoup d’enfants grandissent sur ces plateaux sans jamais devenir champions du monde. Ce qui distingue Kipchoge, c’est l’addition de ce terrain favorable et de deux décennies de travail méthodique, consigné, répété. La part de l’environnement et la part de l’effort ne s’opposent pas : elles se multiplient. Et c’est précisément la part « effort » — la régularité, la structuration de l’entraînement, le dosage — qui est transposable, alors que la part « terrain » ne l’est pas. Pour un coureur amateur, l’enseignement n’est donc pas « je ne suis pas né au bon endroit », mais « je peux agir sur tout ce qui dépend de la méthode ».

Le modèle polarisé mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde, car c’est l’erreur la plus répandue chez les coureurs intermédiaires. Beaucoup courent l’essentiel de leurs sorties à une allure « moyenne-difficile » : trop rapide pour vraiment récupérer et construire la base aérobie, trop lente pour déclencher les adaptations des séances intenses. Résultat, ils accumulent de la fatigue sans en tirer les bénéfices, et stagnent. La logique de Kipchoge est inverse : courir lentement la plupart du temps, vraiment lentement, pour pouvoir courir vraiment vite lors des rares séances qui comptent. Ce contraste assumé entre le très facile et le très intense est l’un des principes les plus solides de l’entraînement en endurance.

Connaître son allure : le point de départ de toute préparation

Avant de viser une performance, encore faut-il savoir à quelle allure on est capable de courir — et à quelle allure on devrait s’entraîner. C’est l’erreur la plus fréquente chez les coureurs débutants ou intermédiaires : ils s’entraînent sans repère chiffré, au feeling, et passent à côté du dosage qui leur permettrait de progresser. Le calculateur ci-dessous vous aide à estimer vos allures cibles selon votre objectif de marathon. C’est un outil de cadrage : il transforme une ambition floue en un plan concret, kilomètre par kilomètre.

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La technologie : chaussures, lièvres et aérodynamisme

L’exploit de Vienne ne reposait pas seulement sur la physiologie de Kipchoge. Il a aussi mobilisé un ensemble de moyens technologiques et organisationnels qui ont fait débat. Les chaussures d’abord : équipées de plaques rigides et de mousses à fort retour d’énergie, elles améliorent l’économie de course d’un pourcentage non négligeable. Cette génération de chaussures a transformé la course de fond au point que les instances sportives ont dû encadrer leurs caractéristiques. Le débat qu’elles soulèvent — où s’arrête l’athlète, où commence l’équipement — est légitime, et il mérite d’être posé honnêtement.

Ensuite, le dispositif des lièvres. À Vienne, une équipe de coureurs de très haut niveau se relayait en formation autour de Kipchoge, dessinant un bouclier aérodynamique qui réduisait la résistance de l’air. Sur près de deux heures d’effort, l’économie réalisée est substantielle. S’ajoutaient un ravitaillement optimisé apporté à vélo, un parcours plat et abrité, des conditions météo choisies. Tout cela explique pourquoi l’INEOS 1:59 Challenge n’a pas été homologué : ce n’était pas une course, c’était une démonstration scientifique des conditions optimales. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante. Elle a montré ce que devient la performance humaine quand on retire tous les freins évitables — une leçon, là encore, sur l’importance des détails et de la préparation logistique.

Nutrition et hydratation : gérer le carburant sur 42 km

Sur un marathon couru à très haute intensité, la gestion du carburant devient un enjeu critique. Le corps puise principalement dans ses réserves de glucides, stockées sous forme de glycogène dans les muscles et le foie. Or ces réserves sont limitées : elles ne suffisent pas, à elles seules, à couvrir l’intégralité de la distance à cette allure. C’est tout le sens du ravitaillement en course. Apporter régulièrement des glucides sous forme liquide ou de gels permet de retarder l’épuisement des réserves — le fameux « mur » que redoutent les marathoniens, ce moment où le corps, à court de glycogène, voit son rythme s’effondrer brutalement.

L’hydratation suit la même logique. Une déshydratation, même modérée, dégrade la performance et augmente la perception de l’effort. Les marathoniens d’élite travaillent donc leur plan de ravitaillement avec autant de soin que leurs séances : quoi boire, quand, en quelle quantité. Et là encore, le principe est transposable. Beaucoup de coureurs amateurs improvisent leur nutrition de course, ou la négligent, et le paient dans les derniers kilomètres. Préparer sa stratégie d’apports — la tester à l’entraînement, ne jamais découvrir un produit le jour de la course — fait partie intégrante de la préparation. La performance ne se joue pas qu’avec les jambes ; elle se joue aussi avec ce qu’on met dans le corps.

Un autre aspect, moins visible, concerne ce qui se passe avant la course. Dans les jours qui précèdent un marathon, les coureurs cherchent à maximiser leurs réserves de glycogène en ajustant leur alimentation — c’est le principe de la « recharge glucidique ». L’idée est d’arriver sur la ligne de départ avec les réservoirs pleins, pour retarder le plus possible le moment où ils s’épuiseront. Cette préparation nutritionnelle, combinée à l’affûtage — la réduction progressive du volume d’entraînement dans les dernières semaines —, vise un seul objectif : présenter au départ un organisme à la fois frais et chargé en carburant. Pour un coureur amateur, retenir cela change la manière d’aborder la dernière semaine : ce n’est pas le moment de « rattraper » un entraînement insuffisant par des sorties supplémentaires, c’est le moment de récupérer et de préparer le terrain.

Enfin, la nutrition d’un marathonien ne se résume pas aux jours de course. Au quotidien, sur des semaines à très haut volume, l’alimentation doit couvrir une dépense énergétique élevée, soutenir la réparation des tissus et entretenir le système immunitaire — un athlète épuisé et sous-alimenté tombe plus facilement malade. Là encore, le maître-mot est l’individualisation : il n’existe pas de régime universel du marathonien. Chaque coureur ajuste ses apports à sa morphologie, à sa charge d’entraînement et à ses sensations. C’est un travail de réglage permanent, pas l’application d’une recette figée.

Le mental : « No human is limited »

Kipchoge est presque aussi connu pour ses formules que pour ses chronos. « No human is limited » — aucun humain n’est limité — est devenue sa signature, reprise sur des banderoles et des affiches dans le monde entier. Derrière le slogan, il y a une vraie conception de la performance. Pour Kipchoge, la barrière des deux heures était d’abord une barrière mentale : tant que personne ne l’avait franchie, elle paraissait absolue ; une fois franchie, elle devenait un nouveau point de départ. Cette idée — que les limites perçues ne sont pas toujours des limites réelles — est puissante, à condition de ne pas la confondre avec une promesse magique.

Car il faut être honnête sur ce point. « Aucun humain n’est limité » ne signifie pas que n’importe qui peut courir sous deux heures avec assez de volonté. Cela signifie que les limites que l’on s’impose mentalement sont souvent plus basses que les limites physiologiques réelles, et qu’un travail méthodique permet de découvrir cette marge. Pour un coureur amateur, la traduction concrète est mesurée : la plupart d’entre nous se sous-estiment, abandonnent un objectif avant de l’avoir vraiment testé, ou plafonnent par habitude plutôt que par incapacité. La leçon de Kipchoge n’est pas « tout est possible » ; c’est « vous pouvez probablement plus que vous ne le croyez, si vous vous y prenez avec méthode ».

La patience comme stratégie

Un autre trait distingue Kipchoge : sa patience. Il a basculé vers le marathon à près de 30 ans, a construit ses performances progressivement, course après course, sans brûler les étapes. Sa carrière s’étale sur deux décennies au plus haut niveau — une longévité rare, qui doit beaucoup à cette absence de précipitation. Dans un monde du sport souvent obsédé par le résultat immédiat, Kipchoge incarne l’idée que la progression durable se construit dans le temps long. Pour un pratiquant, c’est sans doute le rappel le plus précieux : la régularité sur des années bat l’intensité de quelques semaines.

La récupération : l’autre moitié du travail

Courir 200 kilomètres par semaine n’a de sens que si l’organisme a le temps de transformer cette charge en adaptations. C’est le principe de la surcompensation : l’entraînement crée une fatigue et des micro-dommages, et c’est pendant la récupération que le corps se reconstruit, légèrement plus fort qu’avant. Un athlète qui accumule les kilomètres sans récupérer suffisamment ne progresse pas — il s’use, et finit par se blesser ou stagner.

Dans le quotidien de Kaptagat, la récupération est intégrée au mode de vie : un sommeil long et régulier, des journées rythmées sans sollicitations parasites, une alimentation simple et constante, des allures d’entraînement majoritairement faibles qui permettent au corps d’encaisser le volume. Cette gestion n’a rien de spectaculaire, et c’est justement pour cela qu’elle est souvent négligée par les amateurs. Pourtant, c’est elle qui rend le volume soutenable. Apprendre à considérer le repos comme une composante de l’entraînement — et non comme du temps perdu — est l’un des changements de mentalité les plus rentables qu’un coureur puisse opérer.

Ce que la science retient de l’exploit de Vienne

Quand les chercheurs analysent le marathon sous deux heures, ils ne désignent jamais un facteur unique. Ce qui a rendu l’exploit possible, c’est une convergence : un athlète au profil physiologique exceptionnel, une économie de course façonnée par des décennies de répétition, un entraînement structuré en altitude, une logistique optimisée jusqu’au moindre détail, une technologie de pointe, et une préparation mentale qui a transformé une barrière en objectif. Retirez n’importe lequel de ces éléments et le résultat change. La performance de très haut niveau est toujours systémique.

C’est ce qui rend le cas Kipchoge utile au-delà de l’admiration. Le chrono de 1 h 59 restera hors de portée du commun des coureurs — et il faut le dire clairement, sans fausse modestie inversée. Mais les principes qui l’ont rendu possible, eux, sont universels : la régularité, l’économie du geste, le dosage intelligent de l’effort, la patience, la rigueur logistique, le respect de la récupération. Ces principes ne fabriquent pas des champions du monde ; ils font progresser tout coureur qui les applique, à son échelle.

Ce qu’on peut apprendre d’Eliud Kipchoge

Au-delà du chrono, la préparation de Kipchoge offre cinq leçons concrètes, applicables quel que soit votre niveau de course à pied.

1. La spécificité de l’entraînement par discipline

Kipchoge a quitté la piste pour le marathon en acceptant de réapprendre un nouveau métier. La leçon : un entraînement efficace est ciblé sur un objectif précis. Si vous visez un marathon, votre préparation ne ressemble pas à celle d’un 10 km. Définissez clairement votre cible et construisez vos séances en fonction d’elle.

2. L’importance de la récupération scientifique

Le volume ne produit des gains que si le corps récupère. Dormez suffisamment, courez la majorité de vos kilomètres lentement, planifiez de vrais jours de repos. C’est pendant la récupération que l’entraînement se transforme en progression.

3. Une nutrition individualisée

Sur longue distance, la stratégie d’apports fait partie de la performance. Testez votre ravitaillement à l’entraînement, ne découvrez jamais un produit le jour J, et adaptez vos apports à votre dépense réelle. Ce qui marche pour un autre coureur ne marche pas forcément pour vous.

4. Le rôle du staff et de l’environnement

Kipchoge ne s’entraîne pas seul : groupe d’entraînement, entraîneur, cadre de vie structuré. À votre échelle, rejoindre un club, courir en groupe ou être accompagné par un coach accélère la progression et entretient la motivation sur la durée.

5. La transposition à votre niveau

Vous ne courrez pas un marathon en deux heures, et ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est d’appliquer les mêmes principes — régularité, économie du geste, dosage de l’effort, patience — à votre propre objectif. Commencez par mesurer où vous en êtes et fixez-vous une cible réaliste. Les calculateurs MagicFit vous donnent ce point de départ chiffré, et l’accompagnement d’un coach en salle vous aide à bâtir un plan progressif.

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Bibliographie & sources

Questions fréquentes

FAQ


Le marathon sous 2 heures de Kipchoge est-il un record du monde officiel ?
Non. L’INEOS 1:59 Challenge de Vienne, en octobre 2019, n’a pas été homologué comme record du monde car les conditions — lièvres se relayant en formation, ravitaillement apporté à vélo, parcours et météo choisis — ne correspondaient pas à celles d’une compétition classique. C’est néanmoins la première fois qu’un humain courait la distance sous les deux heures. La barrière a ensuite été officiellement franchie en compétition le 26 avril 2026 au marathon de Londres, par le Kényan Sabastian Sawe en 1 h 59 min 30 s.

Qu'est-ce que l'économie de course ?
L’économie de course désigne la quantité d’énergie nécessaire pour avancer à une vitesse donnée. Un coureur très économe consomme moins d’oxygène pour la même allure, ce qui revient fonctionnellement à disposer d’un moteur plus efficient. C’est l’une des grandes forces de Kipchoge, fruit de décennies de répétition du geste.

Pourquoi les coureurs kényans s'entraînent-ils en altitude ?
S’entraîner à plus de 2 000 mètres soumet l’organisme à une disponibilité réduite en oxygène. Le corps développe en réponse des adaptations, notamment au niveau du transport de l’oxygène, qui deviennent avantageuses lors d’une course disputée au niveau de la mer. Beaucoup de coureurs de fond kényans bénéficient de cet environnement depuis l’enfance.

Qu'est-ce que le « mur » du marathon ?
Le « mur » désigne le moment où les réserves de glucides (glycogène) de l’organisme s’épuisent, provoquant une chute brutale du rythme. Un plan de ravitaillement bien construit — apporter régulièrement des glucides pendant la course — permet de retarder ce phénomène.

L'entraînement polarisé, qu'est-ce que c'est ?
C’est un modèle d’entraînement dans lequel la grande majorité des kilomètres sont courus à allure modérée ou lente, et seule une petite fraction est consacrée à des séances vraiment intenses. Il s’oppose à la tendance de beaucoup d’amateurs à courir « trop vite trop souvent », sans assez de récupération ni d’intensité réelle.

Que signifie la formule « No human is limited » de Kipchoge ?
Elle exprime l’idée que les limites que l’on se fixe mentalement sont souvent plus basses que les limites physiologiques réelles. Attention toutefois à ne pas la confondre avec une promesse magique : elle ne signifie pas que tout est possible pour tout le monde, mais que la plupart des coureurs peuvent plus qu’ils ne le croient, à condition de s’y prendre avec méthode.

Pour aller plus loin

Cet article fait partie du cluster Parcours inspirants de la catégorie Athlètes & Champions, qui décrypte la préparation des grands champions — comme Léon Marchand et la préparation d’un quadruple champion olympique ou Quentin Fillon-Maillet et la science du double effort en biathlon.

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