✍️ Analyse signée Frédéric Legrand, fondateur MagicFit · ⏱️ Lecture 19 min · 📅 Mis à jour le 20 juillet 2026
Liste des interdictions AMA : structure officielle 2026, sections S0 à S9, méthodes M1 à M3
La Liste des interdictions de l’AMA : le référentiel mondial qui définit ce qui est du dopage — et ce qui ne l’est pas
Publiée chaque année en septembre, entrée en vigueur au 1er janvier suivant : la Liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage est le document juridique de référence qui recense les substances et méthodes interdites dans le sport. Structurée en quatorze sections officielles (S0 à S9, M1 à M3, P1), révisée annuellement selon un processus rigoureux impliquant des dizaines d’experts internationaux, elle constitue l’un des huit Standards internationaux obligatoires pour tous les signataires du Code mondial antidopage. Ce guide décrypte son architecture, section par section.
1. Qu’est-ce que la Liste des interdictions de l’AMA
La Liste des interdictions, publiée en français par l’Agence mondiale antidopage (AMA, ou WADA en anglais pour World Anti-Doping Agency), est le document qui recense de manière exhaustive les substances et méthodes interdites dans le sport. Elle constitue l’un des huit Standards internationaux obligatoires du Code mondial antidopage, ce qui signifie que toutes les fédérations sportives internationales signataires, les agences nationales antidopage, les organisateurs de grandes compétitions et les organisations olympiques doivent l’appliquer strictement. En France, elle est transposée en droit interne par décret : la Liste 2026 a fait l’objet du décret n°2025-1226 du 15 décembre 2025, qui lui confère force réglementaire sur le territoire national.
Son existence remonte à la création de l’AMA en 1999, mais la logique d’une liste centralisée d’interdictions est plus ancienne : dès les années 1960, le Comité international olympique établissait ses propres inventaires de substances prohibées. La grande innovation de l’AMA a été de fédérer toutes ces initiatives éparses en un document unique, révisé annuellement, opposable à tous les signataires du Code — ce qui a mis fin à l’anarchie normative où chaque fédération pouvait avoir ses propres règles et ses propres seuils. La première Liste harmonisée est parue en 2004, la même année que la première version du Code mondial antidopage.
La Liste n’est pas un simple catalogue de molécules. Elle définit également, pour chaque section, si l’interdiction s’applique en permanence (à la fois en compétition et hors compétition), en compétition seulement, ou dans certains sports spécifiques. Elle précise les seuils de détection (par exemple 150 microgrammes par millilitre d’urine pour la pseudoéphédrine), les exceptions médicales possibles via les autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT), et le statut de chaque substance sur l’axe « spécifiée » ou « non spécifiée » — distinction cruciale car elle conditionne l’échelle des sanctions.
Sa valeur juridique en France est renforcée par le fait que l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) intègre la Liste dans son cadre réglementaire, et que les décisions de la commission des sanctions de l’AFLD sont motivées par référence directe à ses sections et catégories. Un sportif contrôlé positif à une substance figurant en section S1 (agents anabolisants) encourt des sanctions calibrées différemment que pour une substance en section S6 (stimulants) : la section d’inscription est donc, au sens propre, structurante du droit disciplinaire du sport.
2. Les trois critères d’inclusion : comment une substance entre dans la Liste
Le Code mondial antidopage, à son article 4.3, définit précisément les conditions dans lesquelles une substance ou une méthode peut être ajoutée à la Liste. Trois critères sont énoncés, et une substance doit répondre à au moins deux d’entre eux pour pouvoir être interdite. Cette règle protège contre les inclusions arbitraires et garantit une base scientifique aux décisions de l’AMA.
Le premier critère est l’amélioration de la performance : la substance améliore ou est susceptible d’améliorer la performance sportive. La démonstration peut être expérimentale (études cliniques, essais chez l’animal, publications) ou mécanistique (propriétés pharmacologiques qui rendent l’amélioration plausible même sans essai clinique dédié). Ce critère seul ne suffit pas — la caféine, par exemple, améliore documentablement la performance mais n’est plus interdite depuis 2004.
Le deuxième critère est le risque pour la santé : la substance présente un risque effectif ou potentiel pour la santé du sportif. Ce critère joue un rôle central : de nombreuses substances anabolisantes ne sont interdites pas seulement parce qu’elles dopent la performance, mais parce qu’elles causent des lésions hépatiques, des troubles cardiovasculaires, des perturbations endocriniennes durables. L’AMA s’appuie ici sur la littérature médicale, les rapports pharmacovigilance, et les recommandations des sociétés savantes.
Le troisième critère est la violation de l’esprit du sport. Ce critère, plus philosophique, renvoie aux valeurs fondamentales définies dans la préambule du Code : intégrité, dignité, respect des règles et des autres compétiteurs, engagement de l’effort et du talent naturels. C’est ce critère qui justifie, par exemple, l’interdiction du cannabis en compétition : le cannabis n’améliore pas nécessairement la performance et n’est pas systématiquement dangereux à court terme, mais il est jugé contraire à l’image et à l’exemplarité que le sportif de haut niveau doit incarner.
La règle des « deux critères sur trois » est essentielle car elle permet à l’AMA d’inclure des substances qui n’auraient pas passé le seul filtre de la performance, ou d’exclure celles qui ne posent aucun problème de santé. C’est aussi une garantie procédurale : chaque inclusion peut être contestée si l’un des deux critères invoqués est jugé insuffisamment étayé.
3. L’architecture générale de la Liste : trois grandes familles d’interdictions
La Liste 2026 s’organise autour de trois grandes familles, qui définissent le périmètre temporel et disciplinaire de chaque interdiction. Cette architecture est stable depuis la Liste 2004 dans ses grandes lignes, même si le contenu des sections évolue chaque année.
La première famille regroupe les substances et méthodes interdites en permanence, c’est-à-dire à la fois en compétition et hors compétition. Elle comprend les sections S0 à S5 pour les substances (agents anabolisants, hormones peptidiques, bêta-2 agonistes, modulateurs hormonaux et métaboliques, diurétiques et agents masquants, plus la section S0 pour les substances non approuvées) et les sections M1 à M3 pour les méthodes (manipulation du sang, manipulation chimique et physique, dopage génétique et cellulaire). Un sportif contrôlé positif à l’une de ces substances ou pratiquant l’une de ces méthodes commet une violation, qu’il soit ou non en période de compétition.
La deuxième famille regroupe les substances interdites en compétition seulement, sections S6 à S9. Il s’agit des stimulants, narcotiques, cannabinoïdes et glucocorticoïdes. La logique est différente : ces substances ne présentent pas un risque de dopage durable si elles sont consommées en dehors des périodes de compétition, mais elles fausseraient l’équité de l’épreuve si elles étaient utilisées le jour de la course ou du match. La « période en compétition » commence à minuit la veille de la compétition et se termine à la fin du contrôle antidopage post-compétition, sauf disposition contraire de la fédération concernée.
La troisième famille regroupe les substances interdites dans certains sports, actuellement représentée par la seule section P1 des bêta-bloquants. Ces substances ne présentent pas de risque de dopage général mais confèrent un avantage spécifique dans certaines disciplines : les bêta-bloquants ralentissent le rythme cardiaque et réduisent le tremblement, ce qui est indésirable au tir sportif ou au tir à l’arc mais sans intérêt en aviron ou en cyclisme.
Une transversalité importante à connaître : la Liste distingue également les substances spécifiées et non spécifiées. Les substances non spécifiées (typiquement les sections S1, S2, S4.4, S4.5, S6.A et certaines méthodes) entraînent des sanctions plus lourdes en cas de violation, car elles présentent un risque particulièrement clair de dopage intentionnel. Les substances spécifiées peuvent, dans certaines circonstances, donner lieu à des sanctions atténuées si le sportif démontre l’absence d’intention.
4. Décryptage des sections S0 à S5 : les substances interdites en permanence
Les sections S0 à S5 forment le socle dur de la Liste : les substances qui, par leur mécanisme d’action, peuvent conférer un avantage sportif durable même si elles sont consommées longtemps avant l’épreuve. Elles sont interdites toute l’année, sans distinction entre entraînement et compétition.
Section S0 — Substances non approuvées. Cette catégorie couvre les substances pharmacologiques qui ne sont approuvées par aucune autorité gouvernementale de santé pour un usage thérapeutique humain. Il s’agit typiquement de molécules en cours de développement, expérimentales, ou retirées du marché. Leur interdiction préventive vise à empêcher les sportifs de servir de cobayes clandestins pour des substances aux profils de sécurité inconnus. C’est dans cette catégorie « fourre-tout » que sont capturées les nouvelles molécules détournées avant que la Liste ait le temps d’ajouter une section dédiée.
Section S1 — Agents anabolisants. Historiquement la plus emblématique, cette section couvre les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) et les autres agents anabolisants. Les SAA se subdivisent entre exogènes (testostérone synthétique, nandrolone, stanozolol, méthandiénone, oxandrolone) et endogènes utilisés en quantité anormale. On y trouve aussi les modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes (SARM) — comme l’ostarine, le ligandrol, l’andarine — qui ont fait exploser les cas de positivité depuis 2016, car ils sont largement vendus en compléments alimentaires en ligne. Le clenbutérol, agent beta-2 agoniste également anabolisant, y figure. Les substances de S1 sont non spécifiées.
Section S2 — Hormones peptidiques, facteurs de croissance, substances apparentées et mimétiques. Cette section regroupe les hormones qui stimulent la production endogène de globules rouges (érythropoïétine EPO et analogues comme la darbépoétine, ainsi que les stabilisateurs de HIF), les hormones de croissance humaine (hGH, GHRH), l’insuline et ses analogues (dont l’utilisation détournée à but anabolisant est documentée depuis les années 1990), les gonadotrophines (hCG et LH chez les sportifs masculins). Ces substances sont pour la plupart non spécifiées et leur détection exige des méthodes d’analyse sophistiquées, notamment le passeport biologique de l’athlète.
Section S3 — Bêta-2 agonistes. Cette section illustre bien la complexité de la Liste : les bêta-2 agonistes sont utilisés massivement en médecine pour traiter l’asthme, notamment chez les sportifs. La règle est donc nuancée : la plupart des bêta-2 agonistes sont interdits, sauf le salbutamol dans la limite de 1600 microgrammes par 24 heures (dose découpée en plusieurs prises) et le salmétérol dans la limite de 200 microgrammes par 24 heures. La Liste 2026 a modifié les intervalles d’administration du salmétérol : maximum 100 microgrammes par 8 heures désormais. Le formotérol reste autorisé jusqu’à 54 microgrammes par 24 heures. Ces seuils sont un compromis pratique entre respect du traitement asthmatique et prévention du dopage.
Section S4 — Modulateurs hormonaux et métaboliques. On y trouve les inhibiteurs de l’aromatase (anastrozole, létrozole, exémestane), utilisés notamment par les hommes pour bloquer la conversion de la testostérone en œstrogènes après un cycle d’anabolisants. Les modulateurs sélectifs des récepteurs aux œstrogènes (SERM comme le tamoxifène, le clomifène), les modulateurs métaboliques comme les activateurs de l’AMPK (AICAR, GW1516) qui simulent les effets de l’exercice, et les inhibiteurs de la myostatine complètent cette section. La sous-section S4.3, agents prévenant l’activation du récepteur IIB de l’activine, cible les protéines qui limitent naturellement la croissance musculaire.
Section S5 — Diurétiques et agents masquants. Les diurétiques (furosémide, hydrochlorothiazide, spironolactone) sont interdits pour deux raisons : ils permettent aux sportifs de perdre rapidement du poids (utile en catégories de poids et en gymnastique) et surtout ils diluent les urines et réduisent la concentration urinaire des substances dopantes recherchées, servant ainsi de « masquants ». Les autres agents masquants (probénécide, expandeurs de volume plasmatique comme l’albumine) sont également couverts. La détection de diurétiques peut faire l’objet d’AUT si un motif médical documenté existe, notamment hypertension.
5. Décryptage des méthodes M1 à M3 : les techniques interdites en permanence
À côté des substances, la Liste interdit également des méthodes — c’est-à-dire des techniques ou procédures qui manipulent le corps ou l’échantillon d’analyse. Les trois sections M1, M2 et M3 sont interdites en permanence, en et hors compétition.
Section M1 — Manipulation du sang et de ses composants. Cette section vise en premier lieu la transfusion sanguine : autologue (le sportif se réinjecte son propre sang prélevé et stocké) ou hétérologue (transfusion d’un donneur). La transfusion autologue a été un pilier du dopage en cyclisme et en endurance dans les années 1990-2010. Sont également interdites l’administration d’oxygène par voie autre que naturelle et toute forme d’augmentation artificielle du transport de l’oxygène. La grande nouveauté de la Liste 2026 est l’ajout, en sous-section M1.4, du monoxyde de carbone (CO) à visée non médicale. L’inhalation de CO provoque une hypoxie artificielle transitoire, ce qui stimule la sécrétion endogène d’EPO et la production de globules rouges. L’Union cycliste internationale l’avait déjà interdit dès février 2025 face à l’expansion de cette pratique. L’usage médical du CO (tests respiratoires, mesure de la masse d’hémoglobine) reste autorisé.
Section M2 — Manipulation chimique et physique. Cette section couvre toutes les techniques visant à altérer l’échantillon prélevé lors d’un contrôle antidopage : substitution de l’urine, adultération avec des produits chimiques, dilution intentionnelle. Elle interdit également les perfusions intraveineuses supérieures à 100 millilitres par 12 heures — sauf exception médicale justifiée (chirurgie, hospitalisation, situations cliniques documentées). Cette limite vise à empêcher les sportifs de « diluer » leur organisme et de laver des traces de substances dopantes juste avant un contrôle.
Section M3 — Dopage génétique et cellulaire. C’est la section la plus prospective de la Liste : elle interdit les thérapies géniques utilisées à des fins de performance (introduction d’ADN modifié pour stimuler la production d’EPO ou de facteur de croissance, par exemple), l’édition génomique (technologies CRISPR utilisées pour modifier le patrimoine génétique du sportif), et l’utilisation de cellules normales ou modifiées génétiquement. À l’heure actuelle, aucun cas confirmé de dopage génétique n’a été publiquement rapporté, mais l’AMA a intégré cette interdiction préventivement, anticipant les avancées scientifiques et prévoyant les méthodes de détection nécessaires.
6. Explorateur interactif des 14 sections officielles
L’outil ci-dessous permet d’explorer, section par section, la Liste des interdictions 2026. Chaque fiche synthétise la nature des substances ou méthodes concernées, le champ d’application (permanent, en compétition, dans certains sports), et les points-clés à retenir. Les données proviennent directement du document officiel de l’AMA.
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Source : Liste des interdictions de l'Agence Mondiale Antidopage. Cette liste est révisée chaque année : vérifiez toujours la version en vigueur sur wada-ama.org et auprès de l'AFLD avant toute décision. Outil pédagogique · MagicFit · Encyclopédie du sport
Le calculateur ci-dessus n’a pas vocation à remplacer la lecture du document officiel, qui reste la seule référence juridique opposable. Il propose une entrée pédagogique dans une matière technique en constante évolution.
7. Décryptage des sections S6 à S9 : les substances interdites en compétition
Ces quatre sections regroupent les substances dont l’interdiction ne s’applique qu’en période de compétition, définie comme la période commençant à minuit la veille de l’épreuve et se terminant à la fin du contrôle antidopage post-compétition. Hors de cette fenêtre, ces substances peuvent être consommées sans violation, sauf disposition contraire d’une fédération spécifique.
Section S6 — Stimulants. Cette section se subdivise en deux catégories. La partie S6.A (non spécifiée) regroupe les stimulants non spécifiés comme les amphétamines, la cocaïne, la métamphétamine, le méthylphénidate (Ritaline). La partie S6.B (spécifiée) couvre les stimulants spécifiés comme la pseudoéphédrine (interdite au-dessus de 150 microgrammes par millilitre d’urine — présente dans de nombreux médicaments contre le rhume), l’éphédrine, le cathine (dérivée du khat). Un cas emblématique : la pseudoéphédrine a été retirée de la Liste en 2004, puis réintégrée en 2010 avec un seuil urinaire, ce qui a piégé de nombreux sportifs se soignant d’un rhume banal juste avant une épreuve.
Section S7 — Narcotiques. On y trouve principalement les opioïdes forts : morphine, oxycodone, hydromorphone, fentanyl, méthadone, péthidine. Ces substances sont interdites en compétition pour deux raisons : elles ont un effet antalgique qui peut masquer une blessure (avec le risque d’aggravation en poursuivant l’effort) et un effet euphorisant qui peut fausser la perception de l’effort. La codéine et le tramadol ne sont pas dans cette section : le tramadol est passé sur la Liste en 2024 comme substance interdite en compétition, spécifiquement dans une nouvelle catégorie plutôt qu’en S7.
Section S8 — Cannabinoïdes. Cette section couvre le THC (tétrahydrocannabinol) au-delà d’un seuil urinaire de 150 nanogrammes par millilitre de 11-nor-9-carboxy-THC (métabolite du cannabis), les cannabinoïdes de synthèse, ainsi que les cannabimimétiques. Le cannabidiol (CBD) est explicitement autorisé — il est exclu de la Liste depuis 2018. Le seuil du THC a été relevé en 2021, précisément pour éviter que des sportifs ne soient sanctionnés pour un usage récréatif privé sans lien avec la performance, tout en maintenant l’interdiction d’un usage compétitif direct.
Section S9 — Glucocorticoïdes. Cette section a été profondément remaniée en 2022. Auparavant, seules les administrations orales, intraveineuses, intramusculaires ou intra-articulaires étaient interdites — les usages locaux (nasal, ophtalmique, cutané) restaient autorisés. Depuis 2022, tous les modes d’administration systémique sont interdits en compétition : oral, IV, IM, rectal, épidural. Seuls persistent en autorisation les usages strictement locaux (spray nasal, gouttes ophtalmiques, application cutanée, inhalation à visée bronchique). Les principales molécules concernées sont la prednisone, la prednisolone, la dexaméthasone, la bétaméthasone, la triamcinolone. Un délai d’élimination doit être respecté après la dernière administration : 3 jours pour la prednisolone orale, 7 jours pour la triamcinolone intra-articulaire, par exemple. Ces règles ont considérablement compliqué la pratique médicale post-blessure et sont un sujet fréquent d’AUT.
8. Décryptage de la section P1 : les bêta-bloquants dans certains sports
La section P1 est la dernière famille structurelle de la Liste, et la plus étroite dans son champ d’application. Elle couvre les bêta-bloquants — propranolol, aténolol, bisoprolol, métoprolol, nébivolol, entre autres — mais uniquement dans certaines disciplines sportives limitativement énumérées.
Le principe est le suivant : les bêta-bloquants ralentissent le rythme cardiaque et réduisent le tremblement en bloquant les récepteurs bêta-adrénergiques. Ce sont d’excellents médicaments antihypertenseurs et antiarythmiques, largement prescrits en médecine générale. Mais ils confèrent un avantage direct dans les sports de précision où le contrôle du tremblement et la maîtrise du rythme cardiaque conditionnent la performance : viser une cible immobile pendant plusieurs secondes est plus facile avec un cœur qui bat à cinquante pulsations qu’à quatre-vingts, et une main tremblante à peine perceptible peut faire manquer la cible.
Les sports actuellement concernés par la section P1 de la Liste 2026 sont : le tir (Fédération internationale de tir sportif), le tir à l’arc (World Archery), l’automobile (FIA), les sports sous-marins (CMAS), certaines disciplines du ski et du snowboard (freestyle avec sauts, halfpipe, big air), le biathlon (uniquement lors des phases de tir). Il faut noter que le golf, longtemps concerné, a été retiré de la liste des sports P1 dans les années 2010, et le billard ne figure plus dans certaines fédérations. Cette évolutivité illustre la nature vivante de la Liste : chaque fédération peut être ajoutée ou retirée en fonction de l’analyse du risque.
Pour un sportif de haut niveau souffrant d’hypertension ou d’un trouble du rythme cardiaque documenté et qui pratique l’un de ces sports, une AUT est nécessaire pour continuer son traitement en compétition. C’est une contrainte lourde mais indispensable pour préserver l’équité de l’épreuve.
9. Le cycle annuel de mise à jour : comment la Liste évolue
La Liste des interdictions n’est pas gravée dans le marbre : elle est révisée chaque année selon un processus rigoureux qui commence en janvier et se conclut par une publication en septembre pour une entrée en vigueur le 1er janvier suivant. Ce cycle annuel garantit que le référentiel reste en phase avec les avancées scientifiques, les pratiques émergentes de dopage et les données de pharmacovigilance.
Le processus commence en janvier avec la première réunion du Groupe consultatif d’experts sur la Liste des interdictions de l’AMA. Ce groupe rassemble une trentaine de spécialistes internationaux en pharmacologie, endocrinologie, physiologie de l’exercice, médecine du sport. Il examine les demandes d’ajout ou de retrait de substances, en s’appuyant sur les publications scientifiques récentes, les données transmises par les organisations antidopage nationales, les signalements pharmaceutiques et les renseignements collectés par les organismes d’application de la loi (Interpol, agences douanières).
Un projet de Liste modifiée est ensuite distribué aux parties prenantes du monde entier — fédérations, agences nationales, Comité international olympique, laboratoires accrédités — pour consultation. Les retours de cette consultation sont intégrés dans une version révisée, qui passe ensuite devant le Comité Santé, médecine et recherche de l’AMA. Ce comité fait ses recommandations finales au Comité exécutif, qui valide la Liste lors de sa réunion de septembre. La publication officielle intervient avant le 1er octobre, puis une période de trois mois permet à toutes les organisations d’informer leurs sportifs, de mettre à jour leurs bases de données et de préparer l’application.
La Liste s’accompagne systématiquement de trois documents connexes : le Résumé des principales modifications et notes explicatives (qui décrit ce qui change par rapport à l’année précédente), le Programme de surveillance (substances non interdites mais surveillées pour détecter des tendances d’abus émergentes), et une version numérique adaptative disponible dès le 1er janvier. Depuis quelques années, une application mobile permet également aux sportifs de vérifier en temps réel le statut d’une substance.
10. Cas concrets et pièges d’usage : les erreurs les plus fréquentes
Malgré la clarté théorique de la Liste, les cas de dopage involontaire restent nombreux — et sanctionnés. Comprendre les pièges les plus classiques permet d’éviter des drames sportifs et personnels.
Piège 1 — Les médicaments contre le rhume. La pseudoéphédrine est présente dans de très nombreuses spécialités en vente libre (Actifed, Sudafed, Humex Rhume et leurs équivalents). Prise dans les 48 heures précédant une compétition, elle peut dépasser le seuil urinaire de 150 microgrammes par millilitre. Les sportifs enrhumés doivent privilégier les traitements symptomatiques n’en contenant pas (paracétamol seul, spray nasal salé, décongestionnants topiques nasaux à base d’oxymétazoline uniquement) et vérifier chaque boîte avant de la consommer.
Piège 2 — Les compléments alimentaires contaminés. Les analyses conduites par les laboratoires accrédités estiment qu’entre 10 et 25 pour cent des compléments alimentaires vendus sur internet contiennent des substances interdites non déclarées sur l’étiquette : SARM, prohormones, stimulants. Un sportif ne peut invoquer la contamination pour échapper à sa responsabilité (principe de responsabilité objective). Pour se protéger, il faut privilégier les compléments certifiés par les labels indépendants Informed-Sport ou NSF Certified for Sport, qui garantissent des contrôles lot par lot.
Piège 3 — Les glucocorticoïdes post-blessure. Depuis la réforme de 2022, une infiltration intra-articulaire de bétaméthasone ou de triamcinolone pour une tendinite peut poser problème si elle est administrée trop près d’une compétition. Le sportif doit connaître le délai d’élimination applicable (documenté sur les bases de données AMA et AFLD) et éventuellement demander une AUT rétroactive si le motif médical est indiscutable.
Piège 4 — Le salbutamol dépassant le seuil. L’affaire Chris Froome en 2017-2018 a rappelé que même une substance largement utilisée par les asthmatiques (le salbutamol) peut poser problème si les doses inhalées dépassent 1600 microgrammes sur 24 heures ou 800 microgrammes sur 12 heures. Le seuil de détection urinaire est fixé à 1200 nanogrammes par millilitre — au-delà, le sportif doit démontrer que sa concentration urinaire résulte d’un usage thérapeutique conforme, ce qui exige des analyses pharmacocinétiques complexes.
Piège 5 — Le cannabis résiduel. Malgré le relèvement du seuil à 150 nanogrammes par millilitre de 11-nor-9-carboxy-THC en 2021, un usage récréatif du cannabis dans les jours précédant une compétition peut encore être détecté. Le métabolite du THC se stocke dans les tissus graisseux et s’élimine lentement, particulièrement chez les consommateurs réguliers : plusieurs jours à plusieurs semaines de délai peuvent être nécessaires avant retour sous le seuil.
11. Quand consulter et vérifier
🩺 Plusieurs situations imposent une vérification avant usage d’une substance :
- Avant toute prise d’un médicament neuf : vérification sur la base de données de l’AFLD (medicaments.afld.fr), sur l’application mobile de l’AMA ou via l’outil DRO global.
- Avant l’achat d’un complément alimentaire : privilégier les certifications indépendantes Informed-Sport, NSF Certified for Sport, ou Cologne List.
- Après une prescription médicale de longue durée : demander à son médecin traitant et à son médecin fédéral si une AUT est nécessaire (asthme, hypertension, TDAH, diabète insulinodépendant).
- Avant une infiltration articulaire ou une corticothérapie : discuter du délai avant la prochaine compétition et de la possible nécessité d’une AUT.
- En cas de doute sur le statut d’une substance : contacter l’AFLD ([email protected]) ou l’agence nationale antidopage de son pays de résidence.
- Après changement de statut d’une substance à la sortie d’une nouvelle Liste annuelle en janvier.
⚠️ Le principe de responsabilité objective s’applique : un sportif est responsable de ce qui entre dans son organisme, quelle qu’en soit la source. En cas de doute, s’abstenir et vérifier.
Sources externes
📚 Références officielles vérifiables
- Agence mondiale antidopage — Liste des substances et méthodes interdites 2026 : wada-ama.org (PDF officiel)
- AMA — Code mondial antidopage 2021 (article 4.3 : critères d’inclusion) : wada-ama.org/code
- Agence française de lutte contre le dopage — La liste des substances et méthodes interdites : afld.fr
- AFLD — Base de données des médicaments et statut dopant : medicaments.afld.fr
- Union cycliste internationale — Interdiction de l’inhalation de monoxyde de carbone (février 2025) : uci.org
- Décret n°2025-1226 du 15 décembre 2025 — Journal officiel : legifrance.gouv.fr
Questions fréquentes sur la Liste AMA
FAQ — Liste des interdictions AMA
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- 👉 Le dopage : définition officielle, histoire et lutte antidopage internationale — la vue d’ensemble du système que la Liste vient concrétiser.
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- 👉 Matchs truqués et manipulation des compétitions sportives : Convention de Macolin — l’autre grand pilier de la lutte pour l’intégrité du sport.
- 👉 Code du sport français : ce que dit la loi en 2026 — le cadre national qui transpose la Liste et le Code mondial.
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Comprendre le droit du sport, cluster par cluster.
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