Le Plancher Pelvien

Le Plancher Pelvien

✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 15 min · 📅 Publié le 16 décembre 2024

Training · Gainage & renforcement du tronc

Le plancher pelvien : le muscle que personne ne travaille, et qui soutient tout le reste

Il ne se voit pas dans un miroir. On ne le montre pas sur les réseaux. Il n’a pas de machine dédiée dans les salles. Pourtant, sans lui, ni le gainage, ni la continence, ni la stabilité du tronc ne fonctionnent correctement.

Demandez à dix personnes en salle de sport de vous décrire leur plancher pelvien. Neuf ne sauront pas répondre, et la dixième pensera qu’il s’agit d’un sujet réservé aux femmes qui viennent d’accoucher. C’est l’un des plus grands angles morts du fitness.

Le plancher pelvien est pourtant un groupe musculaire à part entière. Il travaille à chaque respiration, à chaque soulèvement de charge, à chaque éternuement. Il conditionne la continence, participe à la stabilité du bassin et joue un rôle dans la fonction sexuelle. Et comme n’importe quel muscle, il peut être faible, mal coordonné, fatigué — ou au contraire trop tendu.

Ce guide fait le point complet : ce qu’est ce muscle, ce qu’il fait, ce qui l’abîme, comment le renforcer correctement, et surtout ce qu’il ne faut jamais faire. Le sujet concerne les femmes comme les hommes, à tout âge.

À retenir
Première intention

C’est le statut que la synthèse Cochrane accorde à l’entraînement des muscles du plancher pelvien dans la prise en charge de l’incontinence urinaire chez la femme. Autrement dit : avant tout dispositif, avant toute chirurgie, on renforce le muscle. C’est efficace, c’est documenté, et c’est trop peu su.

1. Qu’est-ce que le plancher pelvien, exactement

Imaginez un hamac de muscles tendu à la base de votre bassin, d’avant en arrière, du pubis au coccyx, et latéralement d’un os iliaque à l’autre. C’est le plancher pelvien, aussi appelé périnée. Il ferme le bassin par le bas.

Ce n’est pas un muscle unique mais un ensemble de couches. La plus profonde, dite élévatrice de l’anus, est la plus importante sur le plan fonctionnel : c’est elle qui soutient les organes et assure l’essentiel de la continence. Au-dessus, une couche superficielle entoure les orifices naturels.

Cette structure est traversée par l’urètre et le rectum chez tout le monde, et par le vagin chez la femme. Elle doit donc être à la fois solide — pour soutenir et fermer — et souple — pour laisser passer et se relâcher au bon moment. C’est cette double exigence qui rend le sujet plus subtil qu’un simple “contractez plus fort”.

Dernier point, et il est central : le plancher pelvien ne travaille jamais isolément. Il forme un caisson avec le diaphragme au-dessus, les abdominaux profonds devant et les muscles profonds du dos derrière. Ces quatre parois gèrent ensemble la pression à l’intérieur de l’abdomen. Tout ce que vous ferez pour votre périnée passera par la compréhension de ce caisson.

Une image aide à s’en souvenir : pensez à une bouteille en plastique. Le bouchon, c’est le diaphragme. Les parois, ce sont les abdominaux et le dos. Le fond, c’est le plancher pelvien. Si vous appuyez sur le bouchon en gardant les parois rigides, la pression doit sortir quelque part — et elle sort par le fond. C’est exactement ce qui se produit lorsque vous bloquez votre respiration en poussant sur une charge lourde.

Cette architecture explique aussi pourquoi le sujet est si mal enseigné. On apprend aux pratiquants à gainer, à verrouiller, à serrer. On leur parle du transverse, parfois du diaphragme. Presque jamais du fond de la bouteille — alors que c’est lui qui encaisse tout ce que les autres produisent.

2. Ses quatre fonctions

On résume souvent le périnée à la continence. C’est réducteur : il remplit quatre missions distinctes, et un déficit sur l’une d’elles a des conséquences bien concrètes.

Fonction Ce que fait le muscle Ce qui arrive s’il défaille
Soutien Porte la vessie, le rectum, et l’utérus chez la femme Sensation de pesanteur, descente d’organes (prolapsus)
Continence Ferme les sphincters, surtout quand la pression monte Fuites urinaires à l’effort, urgences, fuites de gaz
Stabilité du tronc Ferme le caisson abdominal avec le diaphragme et les abdos profonds Gainage inefficace, bassin instable, lombaires sursollicitées
Fonction sexuelle Participe à la tonicité et à la sensibilité de la zone Baisse de sensation, troubles de l’érection chez l’homme

La troisième ligne est celle que les pratiquants de musculation devraient lire deux fois. Vous pouvez tenir la planche trois minutes : si le plancher du caisson est défaillant, votre gainage fuit par le bas. La pression que vos abdominaux génèrent doit trouver une butée en dessous. Sans elle, elle s’échappe — et pousse sur des structures qui ne sont pas faites pour ça.

3. Les hommes aussi : l’angle mort total

Le sujet a été tellement associé à la grossesse que la moitié de la population s’en croit dispensée. C’est une erreur coûteuse.

Les hommes ont exactement le même plancher pelvien, avec les mêmes fonctions de soutien, de continence et de stabilisation. Ils sont soumis aux mêmes contraintes : charges lourdes, apnée à l’effort, constipation, toux chronique, prise de poids, sédentarité. Et ils vieillissent, avec la perte de tonicité musculaire que cela implique partout dans le corps.

Le renforcement du périnée est notamment un sujet bien identifié après une chirurgie de la prostate, où la continence doit être reconstruite. Mais il ne devrait pas attendre un événement médical pour exister : c’est un muscle d’entretien, comme les autres.

La conséquence pratique est simple. Un homme qui soulève lourd, qui bloque systématiquement sa respiration, et qui n’a jamais entendu parler de ce muscle accumule une contrainte sans jamais renforcer la structure qui l’encaisse. C’est le scénario le plus commun en salle, et personne n’en parle.

Il faut ajouter un facteur culturel. Chez les hommes, le tabou est probablement encore plus fort que chez les femmes, parce que le sujet n’existe tout simplement pas dans le discours ambiant. Une femme peut, au minimum, avoir entendu parler de rééducation périnéale. Un homme, lui, n’a le plus souvent aucune référence — ce qui rend le simple fait de poser la question presque impensable.

Résultat : quand un symptôme apparaît, il est vécu comme une anomalie honteuse et isolée, alors qu’il s’agit d’un problème musculaire banal, documenté et pris en charge. Nommer le muscle, expliquer sa fonction et rappeler qu’il concerne tout le monde est déjà, en soi, une partie de la solution.

4. Ce qui affaiblit le plancher pelvien

Un périnée ne s’affaiblit pas du jour au lendemain. C’est presque toujours l’accumulation de contraintes répétées qui dépasse, avec le temps, la capacité du muscle à y répondre.

La pression intra-abdominale répétée. C’est le mécanisme central. Chaque fois que vous poussez, soulevez, sautez ou toussez, la pression monte dans l’abdomen et appuie vers le bas. Si le périnée ne répond pas au bon moment, la contrainte s’exerce sur lui passivement.

L’apnée à l’effort. Bloquer sa respiration en poussant verrouille le caisson et fait grimper cette pression. Répétée série après série, c’est probablement la plus grosse contrainte évitable en salle de sport.

La constipation chronique. Les efforts de poussée aux toilettes, quotidiens et prolongés, sollicitent le périnée exactement comme un exercice mal fait. On l’oublie systématiquement.

La toux chronique. Même logique : chaque quinte est un pic de pression.

La grossesse et l’accouchement. Le poids porté pendant neuf mois, puis l’accouchement par voie basse, exercent une contrainte majeure sur cette structure. C’est la raison pour laquelle la rééducation périnéale y est prescrite de façon systématique.

Les variations hormonales. À la ménopause, la baisse des œstrogènes modifie la qualité des tissus : élasticité et tonus diminuent, parfois sans que rien d’autre n’ait changé.

L’âge et la sédentarité. Comme tous les muscles, le périnée perd en force s’il n’est jamais sollicité. Le vieillissement n’est pas une fatalité, mais il est un facteur.

Ce qu’il faut retenir de cette liste, c’est qu’aucun de ces éléments n’est, en soi, une condamnation. Ce sont des contraintes. Et une contrainte ne devient un problème que lorsqu’elle dépasse durablement la capacité du muscle à y répondre. Or on peut agir sur les deux termes de l’équation : réduire la contrainte évitable — l’apnée, la constipation, la progression trop brutale — et augmenter la capacité en renforçant le muscle.

C’est une bien meilleure nouvelle que l’idée d’un corps qui se serait « abîmé ». Un périnée affaibli n’est pas un périnée cassé : c’est un muscle qui n’a jamais été entraîné alors qu’on lui en demandait beaucoup.

5. Les signaux qui doivent vous alerter

Le corps envoie des informations bien avant que la situation ne devienne gênante. Encore faut-il savoir les lire, et ne pas les banaliser.

Des fuites urinaires à l’effort. En toussant, en éternuant, en riant, en sautant, en soulevant une charge. Même minimes, même occasionnelles : ce n’est pas normal, et ce n’est surtout pas une fatalité.

Une sensation de pesanteur ou de lourdeur dans le bas-ventre, typiquement en fin de journée ou après un effort.

Des envies urgentes d’uriner difficiles à différer, ou une fréquence inhabituelle.

Un ventre qui se bombe vers l’extérieur pendant les exercices d’abdominaux, ou une poussée ressentie vers le bas.

Des fuites de gaz involontaires, sujet encore plus tabou et pourtant tout aussi révélateur.

Aucun de ces signaux ne se règle en attendant. En revanche, tous répondent bien à une prise en charge. Le réflexe utile n’est ni la honte ni la résignation : c’est d’en parler à son médecin, qui orientera vers un kinésithérapeute spécialisé ou une sage-femme. Cette prise en charge est prescrite et remboursée.

6. Le geste correct : sentir avant de renforcer

Voici l’étape que presque tout le monde saute, et qui explique pourquoi tant de gens “font des exercices de Kegel” sans le moindre résultat. Avant de renforcer un muscle, il faut savoir le contracter.

La contraction correcte du plancher pelvien est une sensation de remontée vers l’intérieur et vers le haut. C’est un mouvement discret, profond, sans effort visible de l’extérieur. Rien ne bouge : ni les fesses, ni les cuisses, ni le ventre, ni le visage.

Les erreurs classiques sont au nombre de trois, et elles sont massives. Serrer les fessiers en croyant contracter le périnée. Contracter les adducteurs en serrant les cuisses. Et surtout, la pire de toutes : pousser vers le bas en croyant contracter — ce qui aggrave exactement le problème qu’on cherche à résoudre.

Cette dernière erreur est loin d’être rare, et c’est précisément pour cela qu’un accompagnement professionnel, au moins au départ, fait toute la différence. Un kinésithérapeute spécialisé ou une sage-femme vérifie en une séance que vous contractez le bon muscle. Sans cette vérification, vous pouvez vous entraîner des mois dans le vide — ou dans la mauvaise direction.

Un repère utile pour vérifier par vous-même que rien ne compense : posez une main sur le ventre et une sur une fesse pendant la contraction. Si l’une des deux bouge, si vous serrez les dents, si vous retenez votre souffle, ou si vous poussez comme aux toilettes, ce n’est pas le bon geste. La contraction correcte est presque invisible, et vous devez pouvoir parler normalement pendant qu’elle dure.

Notez enfin que le relâchement fait partie du geste, au même titre que la contraction. Beaucoup de personnes ne savent contracter que par à-coups, sans jamais rendre le muscle à son état de repos. Or un périnée qui reste tendu en permanence perd sa capacité à réagir vite quand la pression monte — ce qui est précisément le moment où l’on a besoin de lui.

7. Construisez votre programme de renforcement

Une fois le geste maîtrisé, le renforcement obéit aux mêmes principes que n’importe quel muscle : une charge adaptée à la capacité actuelle, une progression graduelle, de la régularité. L’outil ci-dessous construit un point de départ à partir de votre capacité réelle plutôt que d’un protocole standard.

Un rappel avant de l’utiliser : il s’agit d’un outil pédagogique, pas d’un diagnostic. Si vous avez des symptômes, si vous êtes en post-partum, ou si vous ne parvenez pas à sentir la contraction, le bilan professionnel passe avant tout auto-entraînement.

Plancher pelvien

Construisez votre programme de renforcement

Un point de départ progressif, calibré sur votre capacité actuelle.

Outil pédagogique. Il ne pose aucun diagnostic. Si vous avez des fuites, une pesanteur, des douleurs, ou si vous êtes en post-partum, un bilan par un kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéale ou une sage-femme est la première étape — avant tout programme d'auto-entraînement.

Votre capacité actuelle

Votre contexte

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Tenue par contraction
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Répétitions par série
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Séances par jour

Votre progression sur 12 semaines

PhaseTenueRépétitionsObjectif

Points de vigilance

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Le calculateur ci-dessus vous propose une progression sur douze semaines, calée sur votre tenue et votre nombre de répétitions actuels, ainsi que les points de vigilance correspondant à votre situation. La logique est toujours la même : allonger progressivement la tenue, augmenter les répétitions, puis — et c’est l’étape que tout le monde oublie — apprendre à contracter avant l’effort, pas après.

8. Le protocole : contractions lentes et rapides

Un programme sérieux combine deux types de contractions, parce que le périnée a deux missions différentes.

Les contractions lentes entraînent l’endurance, celle qui assure le soutien des organes toute la journée. On contracte, on tient plusieurs secondes, on relâche complètement, et on respire normalement pendant toute la séquence. Le temps de relâchement doit être au moins égal au temps de tenue : un muscle qui ne se relâche plus n’est pas un muscle fort, c’est un muscle bloqué.

Les contractions rapides entraînent le réflexe, celui qui doit se déclencher dans la fraction de seconde où vous toussez ou soulevez. On contracte vivement, on relâche aussitôt, et on enchaîne une série courte.

La troisième brique, la plus utile au quotidien, s’appelle le verrouillage anticipé : contracter le périnée juste avant l’effort — avant de tousser, avant de soulever un carton, avant de vous relever. C’est l’automatisation de ce réflexe, bien plus que le nombre de répétitions, qui change la vie des gens.

Enfin, la régularité prime sur l’intensité. Quelques minutes chaque jour valent infiniment mieux qu’une longue séance une fois par semaine — et le muscle, lui, ne se voit pas, donc rien ne vous rappellera de le travailler. C’est un exercice de constance.

9. Ce qu’il ne faut surtout pas faire

Sur ce sujet, les erreurs coûtent plus cher que l’inaction. Voici celles qui reviennent le plus souvent.

Bloquer sa respiration à l’effort. L’erreur numéro un. Expirez au moment où vous poussez ou soulevez. C’est gratuit, immédiat, et c’est le réflexe le plus protecteur qui soit.

Rentrer le ventre en permanence. Un abdomen constamment verrouillé pousse vers le bas au lieu de soutenir. Le ventre doit pouvoir bouger avec la respiration.

S’entraîner vessie pleine — mais aussi pousser pour vider la vessie, ce qui est tout aussi contre-productif.

Enchaîner les crunchs en apnée ou les relevés de jambes lourds sans avoir jamais évalué son périnée. Ces exercices ne sont pas interdits, mais ils doivent être adaptés tant que le plancher du caisson n’est pas fiable.

Contracter en permanence. Le périnée doit se relâcher. Un muscle en hypertonie permanente pose autant de problèmes qu’un muscle faible — et le “serrez, serrez, serrez” mal compris est l’une des causes de cette situation.

Ignorer un symptôme en se disant que ça passera. C’est le seul vrai risque de toute cette histoire.

10. Respiration, gainage et caisson abdominal

Si vous ne deviez retenir qu’une chose technique de ce guide, ce serait le lien entre la respiration et le périnée.

Le diaphragme et le plancher pelvien fonctionnent en miroir. À l’inspiration, le diaphragme descend et le plancher pelvien s’abaisse légèrement. À l’expiration, tout remonte. Cette coordination naturelle est la base d’un caisson qui fonctionne.

C’est pour cette raison qu’expirer à l’effort est si protecteur : le mouvement de remontée du diaphragme accompagne la contraction du périnée, au lieu de lui envoyer une colonne de pression. Bloquer la respiration fait exactement l’inverse.

Cette logique change aussi le regard qu’on porte sur le gainage. Un gainage où l’on respire, où l’on ne bloque pas, où l’on cherche la coordination du caisson plutôt que le record de durée, renforce le système au lieu de l’écraser. Ce n’est pas l’exercice qui est bon ou mauvais : c’est la façon de le faire. Nos coachs intègrent systématiquement cette dimension dans les programmes de renforcement du tronc.

Une précision honnête s’impose ici, car elle revient toujours. Le blocage respiratoire est une technique réelle, connue et utilisée par les athlètes de force sur des charges maximales : il rigidifie le tronc et protège la colonne. Elle a sa logique dans ce cadre précis. Mais elle a un coût pour le plancher pelvien, et elle n’a aucune raison de devenir le réflexe par défaut d’une personne qui s’entraîne pour sa santé et sa forme.

Sur l’immense majorité des séries que vous ferez dans votre vie — les séries de travail, celles qui construisent réellement le muscle — expirer à l’effort est le bon choix, et il ne vous coûtera aucune performance. Le réflexe utile tient en une phrase : on souffle quand on pousse. C’est tout, et ça change tout.

11. La rééducation périnéale : ce que dit la science

Voici la partie encourageante, et elle mérite d’être connue bien plus largement.

La synthèse Cochrane consacrée à l’entraînement des muscles du plancher pelvien — le plus haut niveau de preuve disponible en médecine — conclut que cet entraînement améliore nettement les symptômes et la qualité de vie chez les femmes souffrant d’incontinence urinaire, avec des résultats particulièrement marqués dans l’incontinence d’effort. Elle soutient sa recommandation en traitement de première intention.

La supervision compte. Les travaux disponibles indiquent que les programmes encadrés par un professionnel donnent de meilleurs résultats qu’un auto-entraînement non vérifié — ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait combien de personnes contractent le mauvais muscle sans le savoir.

En France, cette prise en charge est réalisée par un kinésithérapeute spécialisé ou une sage-femme, sur prescription médicale, et elle est remboursée. La distance entre le problème et la solution ne tient souvent qu’à une phrase prononcée chez le médecin. C’est peu, et c’est pourtant là que presque tout se joue.

12. Grossesse, post-partum et sport : les situations spécifiques

Trois situations obéissent à des logiques propres et méritent d’être traitées à part.

La grossesse et le post-partum. La rééducation périnéale y est prescrite de façon systématique, avec des délais de reprise spécifiques. Si vous êtes dans ce cas, ce sont ces repères-là qui priment sur tout programme général. Nous détaillons ce parcours dans reprendre le mouvement après l’accouchement et, pour la reprise de la force, dans musculation après grossesse.

Les fuites à l’effort chez la sportive. Sujet largement méconnu : des femmes jeunes, athlétiques, n’ayant jamais accouché, connaissent des fuites pendant l’effort, en particulier dans les disciplines à fort impact. C’est une question de contrainte mécanique face à une capacité musculaire, pas une anomalie. Nous consacrons un dossier entier à cette question dans plancher pelvien et sport : les fuites à l’effort, avec les données et les adaptations concrètes.

Les suites de chirurgie pelvienne. Après une intervention sur la prostate ou dans la sphère gynécologique, le renforcement du plancher pelvien fait partie intégrante du parcours de soin. Il se conduit avec l’équipe médicale, jamais en autonomie.

Dans tous les cas, le principe reste identique : le sport n’est pas le problème, et l’arrêt du sport n’est jamais la solution. Ce qui compte, c’est d’adapter la contrainte pendant qu’on reconstruit la capacité.

13. Récapitulatif : la feuille de route

Pour clore ce guide, voici la synthèse des étapes, dans l’ordre où elles doivent être abordées.

Étape Ce qu’on fait Erreur à éviter
1. Repérer Identifier les symptômes éventuels, sans les banaliser Se dire que “c’est normal”
2. Faire vérifier Bilan par un kiné spécialisé ou une sage-femme, sur prescription S’entraîner seul en contractant le mauvais muscle
3. Renforcer Contractions lentes et rapides, progression graduelle, tous les jours Oublier de relâcher entre les contractions
4. Automatiser Verrouiller avant l’effort : tousser, soulever, sauter S’arrêter dès que ça va mieux
5. Protéger Expirer à l’effort, traiter constipation et toux, progresser graduellement Continuer à bloquer sa respiration en salle

Ce muscle ne se voit pas, ne se montre pas, et ne reçoit aucune reconnaissance sociale. C’est probablement pour cela qu’il est le plus négligé du corps humain. Il n’en reste pas moins le plancher sur lequel tout le reste repose — et il répond à l’entraînement exactement comme les autres. Pour bâtir une base solide, exercice par exercice, notre guide complet des exercices de musculation reste la référence.

Un gainage qui tient vraiment

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Sources scientifiques

1. Dumoulin C, Cacciari LP, Hay-Smith EJC. Pelvic floor muscle training versus no treatment for urinary incontinence in women. Cochrane Database Syst Rev. 2018. PubMed 30288727

2. Bo K, Frawley HC, et al. An International Urogynecological Association / International Continence Society joint report on the terminology for the conservative management of pelvic floor dysfunction. Neurourol Urodyn. 2017. PubMed 27564065

3. Nygaard IE, et al. Urinary incontinence in elite nulliparous athletes. Obstet Gynecol. 1994. PubMed 8041527

4. Wikander L, et al. Urinary Incontinence in Competitive Women Powerlifters : A Cross-Sectional Survey. Sports Med Open. 2021. PubMed 34874496

5. Hodges PW, Sapsford R, Pengel LH. Postural and respiratory functions of the pelvic floor muscles. Neurourol Urodyn. 2007. PubMed 17304528

6. Haute Autorité de Santé. L’activité physique, votre meilleure alliée santé. HAS

Questions fréquentes sur le plancher pelvien

Où se trouve le plancher pelvien ?
C’est un ensemble de muscles tendus comme un hamac à la base du bassin, du pubis au coccyx. Il ferme le bassin par le bas et soutient la vessie, le rectum, et l’utérus chez la femme. Il forme un caisson avec le diaphragme, les abdominaux profonds et les muscles profonds du dos.
Les hommes ont-ils un plancher pelvien ?
Oui, exactement le même, avec les mêmes fonctions de soutien, de continence et de stabilisation du tronc. Le sujet a été tellement associé à la grossesse que la moitié de la population s’en croit dispensée, à tort.
Comment savoir si je contracte le bon muscle ?
La contraction correcte est une sensation de remontée vers l’intérieur et vers le haut, discrète, sans que les fesses, les cuisses ou le ventre ne bougent. Beaucoup de personnes serrent les fessiers, les cuisses, ou pire, poussent vers le bas. Un kinésithérapeute spécialisé ou une sage-femme vérifie ce point en une séance.
Combien de temps avant de voir des résultats ?
Le renforcement suit la même logique que n’importe quel muscle : il faut de la régularité et plusieurs semaines de travail progressif. La constance quotidienne compte davantage que l’intensité d’une séance isolée. Un professionnel vous donnera des repères adaptés à votre situation.
Faut-il arrêter la musculation si on a des fuites ?
Non. La musculation reste bénéfique. Le vrai levier n’est pas la charge mais la gestion de la pression : expirer à l’effort au lieu de bloquer sa respiration, progresser graduellement, et faire évaluer son périnée. On adapte l’intensité le temps du bilan, on n’arrête pas.
La rééducation périnéale est-elle remboursée ?
En France, elle est réalisée par un kinésithérapeute spécialisé ou une sage-femme, sur prescription médicale, et prise en charge. Parlez-en à votre médecin : c’est la première étape.
Peut-on trop muscler son périnée ?
Un périnée en contraction permanente pose autant de problèmes qu’un périnée faible : il ne sait plus se relâcher. C’est pourquoi le temps de relâchement entre deux contractions doit être au moins égal au temps de tenue, et pourquoi le « serrez en permanence » est un mauvais conseil.

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