Diastasis des grands droits ce qu'on promet de refermer et ce que les essais ont mesuré

Diastasis des grands droits : ce qu’on promet de refermer, et ce que les essais ont mesuré

✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 19 min · 📅 Publié le 5 septembre 2026

🌸 Fitness Féminin · F-57

Diastasis des grands droits : ce qu’on promet de refermer, et ce que les essais ont mesuré

Des programmes entiers se vendent sur la promesse de refermer l’écart. L’essai le plus large jamais conduit sur le sujet a comparé un programme supervisé de quatre mois à aucune intervention. Les deux groupes ont évolué de la même façon.

À lire avant tout. Cet article décrit ce que la recherche a mesuré sur le diastasis des grands droits. Il ne pose aucun diagnostic, ne propose aucun protocole de rééducation et ne remplace aucune consultation. L’évaluation du diastasis et de la sangle abdominale relève d’un médecin ou d’un kinésithérapeute, en particulier après un accouchement.
Par la Rédaction MagicFit. Article du parcours Santé & pratique du Cluster Fitness Féminin. Il décrit ce que la recherche établit ; il ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun suivi médical.

Peu de sujets concentrent autant de promesses commerciales que celui-ci. Des méthodes portent des noms de marque, des programmes se vendent sur un nombre de semaines, des listes d’exercices interdits circulent avec une assurance qui laisse penser que la question est réglée depuis longtemps. Une femme qui découvre un relief inhabituel sur son ventre quelques mois après un accouchement tombe, en quelques minutes de recherche, sur une abondance de solutions et sur très peu de doutes.

La littérature scientifique, elle, est dans un état exactement inverse. Elle est mince, méthodologiquement fragile, et ses conclusions les plus solides sont négatives. Cet écart entre l’assurance du discours et la faiblesse des données est le vrai sujet de cet article. Il ne s’agit pas de dire que rien ne sert à rien, mais de restituer honnêtement ce qui a été mesuré, ce qui ne l’a pas été, et pourquoi la question la plus posée n’est probablement pas la bonne.

Le constat clé
Le groupe entraîné et le groupe témoin ont progressé de la même façon.

Dans un essai randomisé norvégien portant sur 175 femmes primipares, un programme supervisé de seize semaines n’a pas réduit la fréquence du diastasis par rapport à l’absence d’intervention, ni à six mois ni à douze mois. La proportion a baissé de façon significative dans les deux bras.

Ce que recouvre exactement le diastasis des grands droits

Le diastasis des grands droits désigne l’écartement des deux muscles grands droits de part et d’autre de la ligne blanche, cette bande de tissu conjonctif qui court verticalement au milieu de l’abdomen. Il ne s’agit pas d’une déchirure musculaire ni d’un muscle abîmé. La ligne blanche s’est distendue, et les deux corps musculaires se retrouvent plus éloignés l’un de l’autre qu’avant.

Le phénomène est une adaptation mécanique, et non une lésion. Pendant une grossesse, la paroi abdominale doit accommoder une augmentation de volume considérable, et la ligne blanche s’étire pour le permettre. Présenter cet écartement comme un dommage ou un échec du corps est une lecture qui ne correspond à rien de physiologique. C’est une conséquence attendue d’une contrainte importante.

Il faut aussi noter que la condition n’est pas exclusivement liée à la grossesse. Elle a été décrite chez des hommes, et chez des femmes n’ayant jamais accouché. La littérature s’est concentrée sur la période périnatale parce que c’est là que la fréquence est la plus élevée, mais l’écartement des grands droits n’appartient pas en propre au post-partum.

Une précision de vocabulaire enfin, qui a des conséquences pratiques. Le diastasis désigne une distance entre deux muscles. Il ne désigne pas un ventre relâché, une peau distendue, une faiblesse abdominale générale ni une silhouette. Ces éléments peuvent coexister, mais ils ne sont pas la même chose, et les confondre conduit à traiter un problème d’apparence comme s’il s’agissait d’un problème anatomique mesurable.

Pourquoi le chiffre que vous avez mesuré dit peu de chose

C’est le premier obstacle, et il est méthodologique. Il n’existe pas de consensus international sur le seuil qui définit un diastasis, ni sur l’endroit où mesurer, ni sur l’outil à utiliser. Certaines études retiennent un écart de deux travers de doigt, d’autres deux centimètres, d’autres trois. Les points de mesure varient au-dessus, au niveau et en dessous du nombril. Une même femme peut donc être classée avec ou sans diastasis selon l’étude à laquelle on se réfère.

Ce flou explique pourquoi les chiffres de fréquence publiés varient autant, et pourquoi comparer directement deux essais est souvent impossible. Une revue systématique consacrée aux méthodes de mesure a examiné leurs propriétés et leur fiabilité, et l’échographie y est aujourd’hui recommandée comme méthode de préférence, plus fiable et plus sensible au changement que la palpation.

La palpation reste pourtant la méthode la plus utilisée en pratique clinique, parce qu’elle est simple et bien acceptée. Un travail comparant palpation et échographie a montré que la mesure au doigt est reproductible d’un examinateur à lui-même, mais moins d’un examinateur à l’autre. Autrement dit, deux professionnels différents peuvent aboutir à des conclusions différentes sur la même personne.

La conséquence pratique est directe, et elle mérite d’être dite sans détour : le nombre de doigts que vous avez comptés vous-même, allongée sur votre lit, n’est pas une donnée exploitable. Ce n’est pas une question de compétence de votre part. C’est que la mesure est difficile même pour des professionnels entraînés, et qu’elle ne prend son sens que dans un examen complet incluant la qualité de la tension de la ligne blanche, pas seulement la largeur de l’écart.

Ce que les données établissent sur la fréquence et l’évolution spontanée

L’étude de référence sur la fréquence est une cohorte norvégienne qui a suivi des femmes primipares de la vingt-et-unième semaine de grossesse jusqu’à douze mois après l’accouchement. Les proportions retrouvées ont été de 33,1 % à la vingt-et-unième semaine de grossesse, 60 % à six semaines après l’accouchement, 45,4 % à six mois et 32,6 % à douze mois.

Le premier enseignement de cette série de chiffres est qu’à six semaines, la condition concerne la majorité des femmes. La présenter comme une anomalie relève donc d’un contresens statistique. Le second enseignement est la pente : entre six semaines et douze mois, la proportion diminue de moitié environ, sans qu’aucune intervention particulière ait été appliquée à cette cohorte observationnelle.

Ce mouvement spontané est le fait le plus important de tout le dossier, et c’est aussi celui qui est systématiquement absent des contenus commerciaux. Il crée une confusion redoutable : n’importe quel programme suivi pendant six mois après un accouchement sera associé à une amélioration, simplement parce que l’amélioration serait survenue de toute façon chez une grande partie des femmes. Sans groupe témoin, on attribue au programme ce qui appartient au temps.

Il faut également relever une limite de cette cohorte, par honnêteté. La mesure y a été faite par palpation, avec un seuil de deux travers de doigt, et la population était composée de primipares européennes d’un pays à revenu élevé. Les proportions ne se transposent pas mécaniquement à d’autres contextes, et la sévérité n’y est pas détaillée finement.

Situer votre pratique, sans vous mesurer vous-même

L’outil ci-dessous ne mesure rien et ne vous classe pas. Il ne vous demande aucune largeur, aucun nombre de doigts, aucune donnée de poids ou de mensuration, et il ne produit aucun score. Ce choix est délibéré : une auto-mesure n’est pas fiable, et une grille qui vous situerait sur une échelle vous donnerait une fausse précision.

Ce qu’il fait est plus limité et plus honnête : à partir de cinq questions sur votre contexte et votre pratique, il indique les axes d’entraînement à traiter en priorité, et surtout les situations dans lesquelles une évaluation professionnelle doit précéder toute reprise ou toute progression.

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Diastasis : par quoi commencer

Cinq questions sur votre contexte. En retour, les axes a traiter en priorite et le moment ou consulter.

Cet outil ne mesure rien et ne pose aucun diagnostic. Il ne demande aucune largeur, aucun nombre de doigts, aucune donnee de poids, et n'enregistre rien. L'evaluation d'un diastasis releve d'un medecin ou d'un kinesitherapeute, par examen clinique et echographie.

Vos axes, par ordre de priorite

    Ces axes sont des priorites relatives, pas un programme de reeducation. Aucun programme d'exercices n'a demontre qu'il refermait un diastasis de facon cliniquement significative : la cible utile est la capacite, pas la largeur de l'ecart.

    Recevoir mes reperes

    La lecture du résultat est la suivante : les axes affichés sont des priorités relatives dans l’ordre où les traiter, pas un programme d’entraînement. Ils vous disent où porter votre attention en premier, pas ce qu’il faut supprimer.

    Si une orientation professionnelle apparaît, elle passe avant tout le reste. Cela vaut particulièrement dans le post-partum, où l’évaluation ne porte pas seulement sur la paroi abdominale, et où une date de reprise ne suffit pas à décider de ce qui est possible. Plusieurs critères entrent en jeu, et ils diffèrent selon l’activité envisagée.

    L’essai qui a comparé un programme complet à rien du tout

    C’est le travail le plus instructif du dossier, et il est très peu cité. Un essai randomisé norvégien a inclus 175 femmes primipares, réparties entre un groupe entraînement et un groupe témoin. L’intervention démarrait six semaines après l’accouchement et durait seize semaines : une séance hebdomadaire supervisée par des kinésithérapeutes, centrée sur le renforcement du plancher pelvien mais incluant aussi des exercices abdominaux, du dos, des bras et des cuisses, complétée par un travail quotidien du plancher pelvien à domicile.

    Le groupe témoin ne recevait rien, hormis l’instruction initiale sur la façon de contracter correctement le plancher pelvien et l’information écrite remise à la sortie de la maternité. Les évaluateurs ignoraient l’attribution des groupes. À six semaines, 55,2 % du groupe entraînement et 54,5 % du groupe témoin présentaient un diastasis, sans différence significative de départ.

    Les résultats sont sans ambiguïté. Aucune différence significative entre les groupes à six mois, avec un risque relatif de 0,99 et un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,71 à 1,38. Aucune différence non plus à douze mois, avec un risque relatif de 1,04 et un intervalle allant de 0,73 à 1,49. L’analyse par protocole, restreinte aux femmes ayant suivi plus de 80 % des séances prescrites, n’a pas modifié ce résultat.

    Le détail décisif est ailleurs, et il est facile à manquer. Au sein de chaque groupe pris séparément, la proportion de femmes avec diastasis a baissé de façon significative entre six semaines et six puis douze mois. Les deux groupes se sont améliorés. Simplement, ils se sont améliorés autant l’un que l’autre. Voilà exactement le mécanisme par lequel un programme sans groupe témoin peut paraître efficace tout en ne l’étant pas.

    Les auteurs signalent eux-mêmes plusieurs limites qu’il serait malhonnête de taire. La mesure reposait sur la palpation et non sur l’échographie, l’échantillon comprenait des femmes avec et sans diastasis, et les cas étaient très majoritairement légers, aucun n’étant classé comme sévère. Un effet aurait peut-être été détecté chez des femmes présentant des écartements plus importants. Enfin, une séance supervisée par semaine constitue une dose d’entraînement modeste.

    Ce que la synthèse retient, et ce qu’elle refuse de conclure

    Une revue systématique avec méta-analyse a rassemblé les essais randomisés comparant entraînement abdominal, travail du plancher pelvien ou combinaison des deux dans au moins un bras. Sa conclusion est formulée sans ambiguïté : les preuves scientifiques disponibles sont de très faible qualité, et elles ne permettent pas de recommander un programme d’exercices particulier pour traiter le diastasis après un accouchement.

    Le détail chiffré mérite d’être restitué, parce qu’il montre à quel point la base est mince. Deux essais seulement, totalisant trente participantes, ont pu être regroupés pour comparer le travail du transverse à une intervention minimale. La réduction moyenne de la distance inter-recti a été de 0,63 centimètre, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 1,25 à 0,01. La borne haute frôle donc l’absence d’effet, et la qualité de preuve a été rétrogradée à très faible en raison du risque de biais, de l’incohérence et de l’imprécision.

    Une synthèse plus récente, portant sur seize essais et 698 participantes, aboutit à une formulation voisine avec un niveau de certitude modéré : les exercices abdominaux réduisent la distance inter-recti d’environ 0,4 centimètre en moyenne par rapport aux soins habituels, un écart que les auteurs jugent peu susceptible d’être cliniquement significatif au regard des seuils utilisés pour définir la condition.

    Il faut lire ces résultats pour ce qu’ils sont, sans les durcir dans un sens ni dans l’autre. Ils ne démontrent pas que l’entraînement est inutile. Ils établissent que l’effet spécifique sur la largeur de l’écart, s’il existe, est petit, incertain, et sans commune mesure avec ce que les programmes commerciaux annoncent. Les auteurs de ces synthèses appellent tous à des essais de meilleure qualité, ce qui signifie que la question reste ouverte.

    Le vide et le relevé de buste : deux gestes, deux effets opposés

    C’est ici que le discours dominant se heurte le plus frontalement aux mesures. La recommandation la plus répandue consiste à proscrire tout relevé de buste et à privilégier le rentré du ventre, souvent appelé travail du transverse ou vacuum. Cette recommandation est logique en apparence : le relevé de buste bombe la ligne blanche, donc il aggraverait l’écartement.

    Les travaux échographiques disent l’inverse de ce qu’on attendait. Des études mesurant l’effet immédiat de ces exercices ont observé que le rentré du ventre, qui sollicite principalement le transverse et les obliques internes, tendait à élargir la distance inter-recti plutôt qu’à la réduire. Le relevé de buste, lui, rapproche les deux corps musculaires pendant l’exécution.

    Une étude observationnelle du comportement de la ligne blanche pendant un relevé de buste chez des femmes présentant un diastasis a nuancé la lecture : rapprocher les grands droits et tendre la ligne blanche ne sont pas la même chose, et une distance plus courte peut s’accompagner d’un tissu plus détendu. Ses auteurs ont proposé l’hypothèse qu’une contraction du plancher pelvien associée à celle du transverse pourrait tendre la ligne blanche, ce qui serait le paramètre déterminant pour la fonction de la paroi.

    Cette hypothèse est intéressante et elle n’est pas démontrée. À ce jour, aucun essai randomisé ne vient soutenir ce protocole en pratique clinique, et les auteurs eux-mêmes le présentent comme une piste à investiguer. La conclusion raisonnable n’est donc pas de renverser l’interdit en obligation, mais de constater que la certitude affichée par les listes d’exercices interdits ne repose sur aucune base solide.

    Ce qui reste utile à retenir : un exercice qui provoque un bombement marqué, une douleur ou une sensation d’inconfort au niveau de la ligne médiane mérite d’être ajusté, en charge ou en amplitude, indépendamment de toute théorie. C’est un critère d’exécution, pas une interdiction de principe.

    Douleur, périnée, dos : ce que l’association montre et ne montre pas

    L’argument qui justifie l’urgence est presque toujours fonctionnel : un diastasis non traité provoquerait des douleurs lombaires, des fuites urinaires, une instabilité du bassin. Là encore, il faut aller voir ce qui a été mesuré.

    Dans la cohorte norvégienne, les femmes avec et sans diastasis rapportaient la même quantité de douleurs lombo-pelviennes à douze mois après l’accouchement, sans différence significative. Ce résultat isolé ne clôt pas la question, mais il contredit frontalement l’idée d’un lien mécanique évident.

    Une revue systématique consacrée précisément à ces associations a examiné le lien entre présence ou largeur du diastasis et douleurs lombaires, douleurs lombo-pelviennes, incontinence, prolapsus, performance des muscles abdominaux et qualité de vie. Sa conclusion est prudente : les preuves sont faibles pour une association entre la présence d’un diastasis et le prolapsus, et entre la sévérité du diastasis et une qualité de vie dégradée, une force abdominale diminuée ou une intensité de douleur lombaire plus élevée.

    Preuves faibles ne veut pas dire absence de lien. Cela veut dire que les études sont peu nombreuses, hétérogènes dans leurs mesures, et souvent transversales, ce qui empêche de dire ce qui précède quoi. Une femme peut parfaitement avoir un diastasis et des fuites à l’effort sans que l’un explique l’autre ; les deux partagent une cause commune évidente, la grossesse et l’accouchement. Le sujet des fuites mérite d’ailleurs d’être traité pour lui-même, et nous avons détaillé ailleurs ce que les données montrent sur les fuites à l’effort chez les sportives, y compris chez celles n’ayant jamais accouché.

    Le seul facteur qui soit ressorti, et ce qu’il faut en faire

    La cohorte norvégienne a testé une série de facteurs de risque en comparant les femmes avec et sans diastasis : aucune différence n’a été retrouvée pour la plupart d’entre eux. Un seul élément est ressorti avec un rapport de cotes significatif : le fait de rapporter un port de charges lourdes au moins vingt fois par semaine, avec un rapport de cotes de 2,18 et un intervalle de confiance à 95 % allant de 1,05 à 4,52.

    Ce résultat demande beaucoup de prudence dans son interprétation, et il est régulièrement déformé dans les deux sens. Il s’agit d’une association observationnelle, pas d’une démonstration causale. La borne basse de l’intervalle frôle l’absence d’effet. Et le port de charges y était déclaré par les participantes, sans quantification objective de la charge réelle.

    Surtout, le contexte compte : on parle ici de femmes en post-partum, dont le port de charges quotidien consiste massivement à porter un nourrisson, un siège auto, une poussette. Transposer ce résultat en une interdiction de soulever des charges en salle serait une extrapolation abusive. Ce n’est pas ce que l’étude a mesuré.

    Une autre étude portant sur des facteurs comparables à six mois après l’accouchement n’a retrouvé aucune différence significative entre femmes avec et sans diastasis, y compris pour le niveau d’entraînement avant, pendant et après la grossesse. Ses auteurs relèvent eux-mêmes que la petite taille de l’échantillon peut expliquer ces résultats non significatifs. C’est l’état réel du dossier : peu de signaux, et de faible amplitude.

    Ce que l’entraînement ne fait pas

    Le premier point est celui que tout ce qui précède impose : aucun programme d’exercices n’a démontré qu’il refermait le diastasis de façon cliniquement significative. Les essais sont peu nombreux, de qualité méthodologique faible, et les effets retrouvés sont petits. Un contenu qui promet une fermeture en un nombre déterminé de semaines annonce quelque chose que la recherche n’a pas établi.

    Deuxième point : l’entraînement ne remplace pas une évaluation. Une gêne persistante, une douleur, un relief qui change d’aspect, une hernie suspectée, des fuites, une sensation de pesanteur pelvienne : tout cela relève d’un médecin ou d’un kinésithérapeute spécialisé, et la réponse ne se trouve pas dans un choix d’exercices. Dans le post-partum, ce passage est d’autant plus justifié que l’évaluation porte sur bien plus que la paroi abdominale.

    Troisième point : l’entraînement ne corrige pas une apparence. Le relâchement de la peau, la répartition des tissus, la forme du ventre après une grossesse ne sont pas des variables que le renforcement abdominal contrôle. Confondre le diastasis, qui est une distance entre deux muscles, avec l’aspect du ventre conduit à une déception programmée, quel que soit le sérieux du travail fourni. Cette confusion est largement entretenue par la pression esthétique qui pèse sur cette période, et nous avons décrit ailleurs ce que l’activité physique change réellement sur l’image du corps, et ce qu’elle ne soigne pas.

    Quatrième point, plus rarement dit : l’entraînement ne doit pas devenir la source d’une inquiétude supplémentaire. Beaucoup de femmes traversent le post-partum en surveillant leur ventre avec anxiété, en s’interdisant des mouvements, en craignant d’aggraver quelque chose à chaque séance. Compte tenu de l’état des données, cette vigilance permanente coûte cher psychologiquement pour un bénéfice qui n’a jamais été démontré.

    Reprendre avec un cadre plutôt qu’avec une liste d’interdits

    Nos coachs diplômés d’État travaillent la technique, la progression des charges et l’adaptation des séances. L’évaluation du diastasis et le suivi post-partum restent chez votre médecin ou votre kinésithérapeute, et nous nous alignons sur leurs consignes.

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    Ce que la salle peut faire, et ce qui relève du soin

    La répartition est nette. Relèvent du médecin ou du kinésithérapeute : établir la présence et la sévérité d’un diastasis, mesurer par échographie, écarter une hernie de la ligne blanche ou ombilicale, évaluer le plancher pelvien, statuer sur une éventuelle contre-indication, conduire une rééducation. Aucun de ces actes ne se pratique en salle, et un coach qui prétendrait les assurer sortirait de sa compétence.

    Relèvent de la salle, en revanche, des choses qui comptent réellement : apprendre une exécution propre sur les mouvements de base, construire une progression de charges qui tienne dans le temps, adapter un exercice qui provoque un inconfort au lieu de le supprimer définitivement, et fournir des repères de progression indépendants du miroir. Le but visé n’est pas de refermer un écart, c’est de restaurer une capacité.

    Ce déplacement d’objectif est probablement l’apport le plus utile de tout le dossier. Puisque la fermeture de l’écart n’est pas un résultat que l’entraînement contrôle, en faire la cible revient à mesurer son travail avec un instrument qui ne répond pas. Ce qui répond, en revanche, ce sont la force, l’endurance, la tolérance à la charge et l’aisance dans les gestes du quotidien.

    Une dernière remarque sur la coordination. Si une rééducation est en cours, il est utile que le coach connaisse les consignes du kinésithérapeute, et que la pratique sportive soit mentionnée en consultation. Cette circulation d’information évite les décisions prises en aveugle des deux côtés. Le sport est un complément du suivi médical, jamais un substitut. Cela vaut aussi pendant la grossesse, où les recommandations officielles ont beaucoup évolué par rapport à ce qui circule encore.

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    Le mot du coach : changer de cible

    Si vous ne deviez retenir qu’une idée de tout ce qui précède, ce serait celle-ci. La largeur de l’écart n’est pas la bonne cible, parce que c’est précisément la variable que l’entraînement contrôle le moins. Ce que vous pouvez faire progresser, c’est votre force et votre capacité à encaisser une charge. Cela se mesure, cela répond, et cela vous sert tous les jours.

    Ce qui me frappe, en salle, c’est la peur. Des femmes arrivent avec une liste d’exercices qu’elles s’interdisent, formée à partir de contenus qui affirment des choses que la recherche n’établit pas. Elles s’entraînent en surveillant leur ventre, elles n’osent pas charger, elles interprètent chaque sensation comme un signe d’aggravation. Cette peur les coûte plus cher que le diastasis lui-même.

    La position honnête est celle-ci. Nous ne savons pas refermer un diastasis par l’exercice, et prétendre le contraire serait vous mentir. Nous savons qu’une grande partie de l’écartement se réduit spontanément dans l’année qui suit l’accouchement, et que l’association avec les douleurs et les troubles du périnée est bien plus faible qu’on ne le raconte. Nous savons aussi que la force, elle, se construit à tout moment.

    Alors voici ce que j’aimerais que vous fassiez. Faites évaluer votre situation par un professionnel plutôt que de vous mesurer vous-même dans votre salle de bain. Cessez de suivre la largeur de l’écart comme indicateur de vos progrès et notez plutôt vos charges. Ajustez un exercice qui provoque un bombement marqué ou une douleur, au lieu de le supprimer définitivement de votre pratique. Et si un contenu vous promet une fermeture en un nombre de semaines donné, considérez cette promesse comme un argument de vente, pas comme une donnée.

    — la Rédaction MagicFit

    Sources scientifiques

    1. Sperstad JB, Tennfjord MK, Hilde G, Ellström-Engh M, Bø K. Diastasis recti abdominis during pregnancy and 12 months after childbirth: prevalence, risk factors and report of lumbopelvic pain. Br J Sports Med. 2016;50(17):1092-1096. Cohorte de primipares ; proportions de 33,1 à 60 % puis 32,6 % à douze mois, sans différence de douleurs lombo-pelviennes. PubMed 27324871

    2. Gluppe SL, Hilde G, Tennfjord MK, Engh ME, Bø K. Effect of a postpartum training program on the prevalence of diastasis recti abdominis in postpartum primiparous women: a randomized controlled trial. Phys Ther. 2018;98(4):260-268. Essai randomisé, 175 participantes ; aucune différence entre groupes à six et douze mois. PubMed 29351646

    3. Gluppe S, Engh ME, Bø K. What is the evidence for abdominal and pelvic floor muscle training to treat diastasis recti abdominis postpartum? A systematic review with meta-analysis. Braz J Phys Ther. 2021;25(6):664-675. Preuves de très faible qualité ; aucun programme spécifique recommandable. PubMed 34391661

    4. Benjamin DR, van de Water ATM, Peiris CL. Effects of exercise on diastasis of the rectus abdominis muscle in the antenatal and postnatal periods: a systematic review. Physiotherapy. 2014;100(1):1-8. Absence de consensus sur les exercices à recommander pour réduire l’écartement. PubMed 24268942

    5. Benjamin DR, Frawley HC, Shields N, van de Water ATM, Taylor NF. Relationship between diastasis of the rectus abdominis muscle and musculoskeletal dysfunctions, pain and quality of life: a systematic review. Physiotherapy. 2019;105(1):24-34. Preuves faibles pour les associations examinées. PubMed 30217494

    6. Mota P, Pascoal AG, Carita AI, Bø K. The immediate effects on inter-rectus distance of abdominal crunch and drawing-in exercises during pregnancy and the postpartum period. J Orthop Sports Phys Ther. 2015;45(10):781-788. Le rentré du ventre tend à élargir la distance, le relevé de buste à la réduire. PubMed 26304639

    7. Lee D, Hodges PW. Behavior of the linea alba during a curl-up task in diastasis rectus abdominis: an observational study. J Orthop Sports Phys Ther. 2016;46(7):580-589. Distance et tension de la ligne blanche sont deux paramètres distincts. PubMed 27363572

    8. van de Water ATM, Benjamin DR. Measurement methods to assess diastasis of the rectus abdominis muscle: a systematic review of their measurement properties and meta-analytic reliability generalisation. Man Ther. 2016;21:41-53. L’échographie est recommandée comme méthode de préférence. PubMed 26474542

    9. Mota P, Pascoal AG, Sancho F, Carita AI, Bø K. Reliability of the inter-rectus distance measured by palpation. Comparison of palpation and ultrasound measurements. Man Ther. 2013;18(4):294-298. Fiabilité intra-examinateur bonne, inter-examinateur modérée. PubMed 23298825

    Questions fréquentes sur le diastasis des grands droits

    Le diastasis se referme-t-il tout seul ?
    Dans une cohorte de primipares, la proportion de femmes concernées est passée de 60 pour cent à six semaines après l’accouchement à 32,6 pour cent à douze mois, sans intervention particulière. Une part importante de l’évolution se fait donc spontanément dans l’année qui suit, ce qui complique l’interprétation des programmes vendus sur cette période.
    Puis-je mesurer mon diastasis moi-même ?
    Ce n’est pas fiable. Il n’existe pas de consensus sur le seuil ni sur le point de mesure, et la palpation au doigt donne des résultats qui varient d’un examinateur à l’autre. L’échographie est aujourd’hui recommandée comme méthode de préférence, et l’évaluation revient à un professionnel.
    Les exercices referment-ils vraiment l'écart ?
    La revue systématique de référence conclut que les preuves sont de très faible qualité et qu’aucun programme spécifique ne peut être recommandé. Une synthèse plus large retrouve une réduction moyenne d’environ 0,4 centimètre, jugée peu susceptible d’être cliniquement significative.
    Le relevé de buste est-il interdit en cas de diastasis ?
    Cette interdiction est très répandue mais elle ne repose pas sur des données solides. Les mesures échographiques montrent que le relevé de buste rapproche les grands droits pendant l’exécution, alors que le rentré du ventre tend à les écarter. Un exercice qui provoque un bombement marqué ou une douleur mérite d’être ajusté, pas supprimé par principe.
    Le diastasis provoque-t-il des douleurs de dos ?
    Dans la cohorte norvégienne, les femmes avec et sans diastasis rapportaient la même quantité de douleurs lombo-pelviennes à douze mois. Une revue systématique conclut à des preuves faibles pour les associations examinées. Un lien n’est pas exclu, mais il est loin d’être aussi établi qu’on le dit souvent.
    Faut-il éviter de porter des charges lourdes ?
    Un port de charges lourdes au moins vingt fois par semaine ressort comme associé au diastasis dans une étude observationnelle, avec un rapport de cotes de 2,18. Il s’agit d’une association déclarée, dans un contexte de post-partum où le port de charges est surtout celui d’un nourrisson. En tirer une interdiction de s’entraîner serait une extrapolation abusive.
    Que suivre à la place de la largeur de l'écart ?
    Des repères de capacité : les charges que vous déplacez, la qualité de votre exécution, votre aisance dans les gestes du quotidien. Ce sont des variables qui répondent à l’entraînement, contrairement à la largeur de l’écart, et elles se notent facilement d’une séance à l’autre.
    Un coach peut-il m'accompagner avec un diastasis ?
    Sur la technique, la progression et l’adaptation des exercices, oui. Sur l’évaluation, le diagnostic ou la rééducation, non : cela relève du médecin ou du kinésithérapeute. Dans les salles MagicFit, les coachs diplômés d’État s’alignent sur les consignes de votre praticien et interviennent uniquement sur la mise en œuvre de l’entraînement.

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