✍️ Par la Rédaction Magicfit · ⏱️ Lecture 21 min · 📅 Publié le 22 novembre 2024
Magicfit · Science du Sport · Article 09/20
⚙️ Biomécanique et Technique
La corde à sauter tient dans une poche et coûte peu. Elle a la réputation d’être un exercice d’échauffement, ou un accessoire de boxeur. Les études qui l’ont mesurée racontent autre chose : un geste dont le coût énergétique est élevé, une mécanique où le tendon d’Achille joue le rôle d’un ressort, et un stimulus d’impact que l’os reçoit, mais que le tendon reçoit aussi. Cet article réunit ce que disent ces travaux, ce qu’ils ne disent pas, et ce qu’on peut en tirer pour apprendre le geste sans se blesser. Il ne propose aucun programme chiffré à suivre : les repères qu’il donne se discutent avec un professionnel, surtout en cas de douleur, de maladie ou de grossesse.
Ce que la science mesure quand on saute à la corde
Sauter à la corde, c’est enchaîner des rebonds de faible hauteur, à un rythme régulier, en faisant passer une corde sous les pieds à chaque contact ou presque. Pour un physiologiste, ce geste pose trois questions. Combien d’énergie coûte-t-il ? Quelles structures du corps produisent ce mouvement et lesquelles en encaissent les contraintes ? Que change-t-il, au bout de quelques semaines, sur la condition physique, la composition corporelle ou les os ?
Les réponses viennent de deux familles de travaux. La première étudie le rebond lui-même, souvent sans corde : des sauts sur place, à deux pieds ou à cloche-pied, observés avec des plateformes de force et des échographies du mollet. Ces études décrivent ce qui se passe dans le tendon et dans le muscle à chaque contact. La seconde famille compare des groupes de volontaires qui sautent à la corde pendant plusieurs semaines à des groupes qui ne le font pas, ou qui font autre chose. Ces essais sont souvent petits, menés chez des enfants, des adolescents ou des étudiants, et leurs résultats doivent être lus avec cette limite en tête.
Il faut le dire d’emblée : la corde à sauter a été beaucoup moins étudiée que la course à pied ou la musculation. Une bonne partie de ce qu’on lit à son sujet, sur les calories brûlées, sur le renforcement des bras ou sur la perte de poids, ne repose sur aucune étude. Nous avons retiré de cet article tout chiffre que nous n’avons pas pu lire dans sa source.
Le tendon d’Achille, un ressort qui rend une partie de l’énergie
Quand le pied touche le sol, le corps descend et doit être freiné, puis renvoyé vers le haut. Une partie de ce travail peut être stockée dans les tissus élastiques de la jambe, puis restituée au moment de repartir. Le principal de ces tissus, chez l’être humain, est le tendon d’Achille, qui relie les muscles du mollet au talon.
En 2005, Lichtwark et Wilson ont mesuré ce tendon chez dix hommes pendant des sauts à cloche-pied, en combinant l’échographie, qui suit la jonction entre le muscle et le tendon, et le calcul des forces à partir d’une plateforme. Ils ont observé que le tendon s’allonge nettement à chaque contact. En moyenne, 38 joules d’énergie étaient récupérés par son retour élastique, soit 16 % du travail mécanique total du saut. C’est une contribution importante pour une seule structure.
Le même travail montre aussi deux limites. D’abord, le tendon ne rend pas toute l’énergie qu’il reçoit : une partie se perd en chaleur. Les chercheurs appellent cette perte l’hystérésis. Chez les participants de l’étude, elle variait de 17 % à 35 % pour la moitié centrale du groupe. Une mesure plus ancienne, réalisée par Maganaris et Paul sur le tendon du muscle tibial antérieur, trouvait une valeur de 19 %. Ensuite, les propriétés du tendon varient beaucoup d’une personne à l’autre : sa raideur et sa capacité à stocker de l’énergie ne sont pas les mêmes chez tous. Deux personnes qui sautent de la même façon n’en tirent donc pas le même bénéfice élastique.
Les auteurs ajoutent une remarque qui compte pour la suite de cet article : les allongements mesurés dans le tendon étaient élevés, et des sauts prolongés pourraient l’endommager. Le ressort qui rend le geste économique est aussi la structure la plus sollicitée.
Le muscle se raidit, le tendon s’étire
On imagine souvent que le mollet se contracte pour pousser le corps vers le haut, comme un piston. La réalité est plus nuancée. Pendant un rebond, le muscle et le tendon forment une unité, et l’allongement de cette unité au contact du sol se partage entre les deux. Une revue publiée en 2026 par Li et Yang sur le cycle étirement-détente le résume ainsi : le temps de contact au sol renseigne sur la manière dont l’impulsion nécessaire est produite, et sur la façon dont le changement de longueur se répartit entre le tendon et le muscle. Cette répartition varie de façon continue selon la tâche.
Concrètement, plus le muscle reste raide pendant le contact, plus c’est le tendon qui s’étire, et plus le retour élastique peut contribuer au saut. Un contact long, un pied qui s’écrase au sol, un genou qui plie beaucoup changent cette répartition. Ce mécanisme explique pourquoi les pratiquants expérimentés cherchent un contact bref et léger, sur l’avant du pied : ce n’est pas une question de style, c’est une façon de laisser travailler le ressort.
La même revue apporte une nuance utile. On lit souvent qu’un rebond « rapide » se définit par un contact au sol de moins de 250 millisecondes. Li et Yang montrent que ce seuil n’a jamais été validé comme une frontière biologique : la seule étude qui l’a testée directement, chez 46 hommes actifs, ne l’a pas retrouvé, et c’est la longueur du tendon d’Achille qui distinguait le mieux les groupes. Il n’y a donc pas de chiffre magique à atteindre. Le bon repère est relatif : un contact plus court et plus silencieux qu’avant.
Pourquoi le rythme compte moins qu’on le croit
Beaucoup de débutants pensent qu’il faut tourner vite pour que l’exercice soit efficace. Une étude ancienne, mais toujours citée, invite à revoir cette idée. En 1980, Town et ses collègues ont mesuré le coût énergétique de la corde à sauter à trois cadences : 125, 135 et 145 sauts par minute. Ils n’ont trouvé aucune différence de dépense entre ces trois rythmes. Leur explication est mécanique : quand la cadence augmentait, la hauteur des sauts diminuait. Le corps compensait la fréquence par un déplacement vertical plus faible.
Les mêmes auteurs estimaient le coût de l’exercice entre 11,7 et 12,5 METs, l’unité qui exprime une dépense en multiples de la dépense au repos. Ils notaient que, pour une partie des participantes, cette intensité était proche de leur capacité maximale. Autrement dit, la corde à sauter n’est pas un exercice doux, même à un rythme qui semble modéré.
Le Compendium des activités physiques, la référence qui attribue une valeur de METs à chaque activité, va dans le même sens. Dans sa version de 2024, il classe la corde à sauter parmi les activités les plus coûteuses par unité de temps, au niveau d’une course soutenue.
| Activité | METs |
|---|---|
| Corde à sauter, rythme rapide (120 à 160 sauts par minute) | 12,3 |
| Corde à sauter, rythme modéré (100 à 120 sauts par minute) | 11,8 |
| Corde à sauter, rythme lent (moins de 100 sauts par minute) | 8,3 |
| Double passage de corde (double under) | 10,0 |
| Course à pied, 8 km/h (5 mph) | 8,5 |
| Course à pied, 9,7 km/h (6 mph) | 9,3 |
| Course à pied, 11,3 km/h (7 mph) | 11,0 |
| Course à pied, 12,9 km/h (8 mph) | 11,8 |
Source : Adult Compendium of Physical Activities, 2024 (pacompendium.com). 1 MET correspond à la dépense au repos.
Ces valeurs sont des moyennes, mesurées chez des adultes. Elles ne disent pas ce que dépense une personne précise, dont le poids, la technique et l’entraînement font varier le coût réel. Elles montrent surtout que la corde à sauter demande beaucoup en peu de temps, et que cette intensité se paie : c’est pour cela qu’on la pratique presque toujours par séries courtes, entrecoupées de pauses.
Combien d’énergie, vraiment
Les annonces du type « mille calories par heure » circulent beaucoup. Elles reposent sur une heure de saut continu, que pratiquement personne ne fait, et sur un poids corporel rarement précisé. Le calcul honnête est plus simple. La dépense d’une activité s’estime en multipliant sa valeur en METs par le poids de la personne et par la durée, en heures. Pour une personne de 70 kilos qui saute pendant un quart d’heure au total à un rythme modéré, la valeur du Compendium donne 11,8 × 70 × 0,25, soit environ 200 kilocalories. Ce n’est qu’une estimation : la dépense réelle dépend de la technique et des pauses.
Ce calcul rappelle deux choses. D’abord, la corde coûte cher à la minute, ce qui en fait un outil efficace quand on a peu de temps. Ensuite, la quantité totale reste modeste, parce que les séries sont courtes. Il n’y a là rien de miraculeux, et aucune étude que nous avons lue ne montre qu’elle fasse mieux qu’une autre activité de même intensité et de même durée.
Le calculateur proposé plus bas applique ce principe. Pour une estimation réaliste, saisissez le temps passé à sauter vraiment, sans compter les pauses, plutôt qu’une durée de séance.
Le cœur et la condition physique : ce que montrent les essais
Plusieurs essais ont mesuré l’effet de quelques semaines de corde à sauter sur la condition physique. Leurs résultats sont encourageants, avec des limites qu’il faut garder en tête.
En 2025, Phongchin et ses collègues ont réparti 59 jeunes adultes en trois groupes pendant huit semaines : corde à sauter par intervalles intenses, corde à sauter en continu à intensité modérée, et groupe témoin. La consommation maximale d’oxygène, le principal indicateur de la capacité cardiorespiratoire, est passée de 43,8 à 48,4 millilitres par kilo et par minute dans le groupe par intervalles, et de 42,2 à 47,2 dans le groupe en continu ; le groupe témoin restait à 39,9. Les deux façons de sauter ont donc amélioré la capacité aérobie de façon comparable. Le plaisir déclaré était le même dans les deux groupes.
La même année, Maria et ses collègues ont étudié 52 étudiants roumains, dont la moitié ajoutait une courte séance de corde à sauter, une fois par semaine, à des exercices cardiovasculaires. Après huit semaines, ce groupe montrait une meilleure réponse au test de Ruffier, qui mesure la récupération de la fréquence cardiaque, et une force accrue des membres inférieurs. L’étude est petite, et la dose d’entraînement était faible, ce qui rend ces résultats intéressants mais fragiles.
Chez les plus jeunes, les essais portent souvent sur la coordination. Trecroci et ses collègues ont suivi 24 jeunes footballeurs avant la puberté pendant huit semaines : ceux qui avaient ajouté de la corde à sauter à leur échauffement amélioraient leur temps sur un parcours de coordination d’environ 9 % et leur équilibre sur un test standardisé. Un essai de 2026 chez de jeunes basketteurs, qui combinait corde à sauter et bandes élastiques, trouvait des progrès en agilité, en équilibre et en détente, mais les auteurs eux-mêmes invitent à la prudence, compte tenu du petit nombre de participants.
Ces essais ont en commun d’être courts, avec des effectifs réduits, souvent chez des jeunes. Ils montrent que la corde à sauter est un moyen valable de travailler l’endurance et la coordination. Ils ne montrent pas qu’elle serait supérieure à d’autres activités d’intensité comparable.
Corde à sauter et poids : ce qui est mesuré
La corde à sauter est souvent présentée comme un outil pour maigrir. Les essais disponibles invitent à nuancer. Dans l’étude de Phongchin, huit semaines de corde à sauter, par intervalles ou en continu, n’ont pas modifié la composition corporelle des participants, alors que leur capacité aérobie progressait.
En 2021, Tang et ses collègues ont comparé chez des volontaires trois approches sur huit semaines : une réduction des apports caloriques, de la corde à sauter, et les deux à la fois. Quarante participants sont allés au bout. La perte de poids a été observée dans les groupes qui réduisaient leurs apports. Chez les participants en surpoids, l’association de la réduction des apports et de la corde à sauter apportait des bénéfices supplémentaires.
Ce résultat rejoint ce que l’on sait de l’activité physique en général : elle améliore la condition physique et la santé, même quand le poids bouge peu, et c’est l’alimentation qui pèse le plus sur la balance à court terme. La corde à sauter ne fait pas exception. Elle peut accompagner une démarche de perte de poids, elle ne la remplace pas.
Les os : un stimulus d’impact
L’os se renforce en réponse aux contraintes mécaniques qu’il reçoit. La prise de position de l’Exercise and Sports Science Australia, publiée en 2017 par Beck et ses collègues, résume les données des études chez l’animal et chez l’homme : l’os répond positivement aux activités d’impact et au renforcement musculaire intense et progressif. Le même texte précise que les activités d’impact peuvent devoir être adaptées en cas d’arthrose ou de fragilité, et que tout programme doit tenir compte de l’état osseux de la personne et de ses risques de chute.
La corde à sauter est, par construction, une activité d’impact répétée. Un essai en donne une illustration. En 2017, Ha et Ng ont suivi 176 adolescentes à la puberté, dont une partie pratiquait la corde à sauter. Chez celles qui sautaient, la densité osseuse mesurée au talon, l’os qui reçoit directement les impacts, augmentait davantage. En revanche, aucun effet n’était observé à l’avant-bras, ni sur la condition cardiorespiratoire.
Ce résultat est instructif à double titre. Il confirme que l’os s’adapte là où il est sollicité, et seulement là : sauter renforce l’os du talon, pas celui du poignet. Il rappelle aussi qu’un essai répond à une question précise, dans une population précise. On ne peut pas en tirer de conclusion sur des adultes, ni sur des personnes atteintes d’ostéoporose, pour qui l’avis d’un médecin est indispensable avant toute activité d’impact.
Les activités portées, comme le vélo ou la natation, ont d’autres qualités, mais elles imposent peu de contraintes d’impact au squelette. Pour une personne dont l’activité repose surtout sur elles, et dont l’état de santé le permet, de courtes séries de sauts sont une façon simple d’ajouter le type de stimulus que l’os reçoit le mieux.
Le tendon s’adapte, lentement
Ce qui rend la corde à sauter économique, le travail du tendon, en fait aussi le point sensible. La tendinopathie d’Achille est une blessure de surcharge fréquente, notamment chez les sportifs qui courent et qui sautent, rappellent Silbernagel et ses collègues. Les études que nous avons lues ne chiffrent pas ce risque pour la corde à sauter. Elles décrivent en revanche comment le tendon réagit à la charge.
Le tendon peut se renforcer. En 2021, Bohm et ses collègues ont suivi 23 coureurs amateurs, dont 13 ont suivi pendant 14 semaines un entraînement spécifique du mollet et du tendon. Dans ce groupe, la force des muscles du mollet a augmenté d’environ 10 %, la raideur du tendon d’Achille d’environ 31 %, et le coût énergétique de la course a baissé d’environ 4 %. L’entraînement étudié n’était pas de la corde à sauter, mais un travail de force ciblé. Il montre que le tendon est un tissu qui s’adapte, et que ses propriétés pèsent sur l’économie du mouvement.
Le tendon blessé n’est pas forcément condamné au repos complet. Dans un essai de 2007, Silbernagel et ses collègues ont comparé, chez 38 patients souffrant d’une tendinopathie d’Achille, deux façons de conduire la rééducation : poursuivre la course et les sauts en surveillant la douleur, ou les arrêter pendant six semaines. Les deux groupes ont progressé de la même façon, et la poursuite de l’activité, encadrée par un suivi de la douleur, n’a pas eu d’effet négatif. Ce résultat concerne une rééducation encadrée par des professionnels, pas une reprise en solitaire.
Le point commun de ces travaux est le temps. Le cœur et les muscles réagissent vite à l’entraînement ; le tendon, plus lentement. Le décalage entre ce que l’on se sent capable de faire et ce que le tendon tolère est la cause la plus probable des douleurs chez les débutants enthousiastes. La règle qui en découle n’a pas besoin de chiffre : augmenter le volume de sauts par petites étapes, et revenir en arrière quand une douleur apparaît le lendemain.
Technique : les gestes qui économisent
Les études sur le rebond donnent une base solide à quelques conseils de technique, que les pratiquants expérimentés appliquent d’instinct.
Sauter bas. Le saut n’a besoin d’être que juste assez haut pour laisser passer la corde. L’étude de Town montre que le corps réduit spontanément la hauteur quand la cadence monte : c’est le geste économique. Les débutants sautent souvent trop haut par peur de toucher la corde, se fatiguent plus vite, perdent leur coordination et finissent par la toucher davantage.
Rester léger sur l’avant du pied. Un contact bref, qui ne laisse pas le talon s’écraser au sol, favorise le travail du tendon. Le bruit est un bon indicateur : un rebond bien fait est presque silencieux.
Garder les genoux souples mais peu pliés. Le genou amortit, mais un genou qui plie beaucoup à chaque contact transforme le rebond en série de petites flexions, plus coûteuses pour les cuisses.
Tourner avec les poignets. Les coudes restent près du corps et les épaules immobiles ; ce sont les poignets qui font tourner la corde. Des bras qui tournent largement dépensent de l’énergie sans bénéfice et rendent la corde plus lente.
Regarder devant soi. Le regard vers l’horizon aide à garder le tronc droit et à ne pas se pencher en avant.
Ces conseils ont un point commun : ils consistent à en faire moins. Moins de hauteur, moins de temps au sol, moins de mouvements de bras. C’est inhabituel dans une salle de sport, où l’on associe le progrès à l’effort, mais c’est ce que décrivent les mesures du rebond.
Un conseil de méthode complète la liste : apprendre le rebond sans corde. Sauter sur place, bas et léger, en cherchant un rythme régulier et un atterrissage silencieux, permet d’apprendre le geste sans la difficulté de coordination qu’ajoute la corde. Quand ce rebond devient naturel, la corde vient s’y ajouter, et il est normal de la toucher souvent au début.
Choisir et régler sa corde
Une corde mal réglée est une cause fréquente d’échec chez les débutants. Un repère courant consiste à placer un pied au milieu de la corde : les poignées tirées vers le haut arrivent à peu près sous les aisselles. Trop longue, la corde traîne et accroche le sol ; trop courte, elle oblige à se baisser ou à sauter plus haut. Ce repère se corrige ensuite selon le ressenti.
Les cordes légères, avec un câble fin, tournent vite et conviennent aux rythmes soutenus. Les cordes en tissu ou en plastique plus épais tournent plus lentement et pardonnent davantage les erreurs, ce qui aide les débutants à sentir le rythme. Les cordes lestées sont parfois vendues comme un moyen de travailler le haut du corps. Un essai de 2025 chez des pratiquants de CrossFit, qui ont utilisé une corde lestée trois fois par semaine pendant six semaines, n’a trouvé aucun changement de la force de rotation de l’épaule mesurée en laboratoire, sans groupe de comparaison. Une corde lestée tourne plus lentement : c’est un autre exercice, pas un exercice plus complet.
La surface compte aussi. Un sol très dur, comme le béton, augmente les contraintes d’impact ; un tapis trop mou absorbe le rebond et rend le geste moins économique. Un sol ferme mais légèrement amortissant, comme un parquet ou un tapis fin, est un bon compromis. Des chaussures de sport qui maintiennent le pied, plutôt que des chaussures très rigides ou des pieds nus sur un sol dur, complètent ce choix.
Progresser sans se blesser
Il n’existe pas de programme de corde à sauter validé par les études pour tous les publics, et nous n’en proposons pas. Les principes qui découlent des travaux lus sont simples.
Commencer par des séries courtes, séparées par des pauses de récupération, et augmenter progressivement leur nombre ou leur durée d’une séance à l’autre, plutôt que de chercher à tenir longtemps d’emblée. Espacer les séances quand on débute, pour laisser au tendon et au mollet le temps de récupérer. Surveiller les signaux du lendemain : une raideur matinale du tendon d’Achille ou une douleur dans la jambe indiquent qu’il faut réduire le volume.
La corde à sauter s’intègre bien à une semaine active. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, publiées en 2020, conseillent aux adultes 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, ou un mélange des deux, ainsi que des activités de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine. Compte tenu de son intensité, la corde à sauter compte dans la part soutenue. Elle peut servir d’échauffement, de bloc d’intervalles en fin de séance ou de courte séance à la maison, mais elle gagne à être associée à d’autres activités, moins traumatisantes pour les tendons.
Pour les coureurs, elle peut compléter le travail du mollet et du tendon. Les résultats de Bohm, obtenus avec un autre type d’entraînement, montrent l’intérêt d’un tendon plus raide pour l’économie de course. Aucune étude que nous avons lue ne montre que la corde à sauter produise à elle seule ce gain, et il serait imprudent de le promettre.
Idées reçues
« La corde à sauter renforce les bras et les abdominaux. » Les études que nous avons lues ne le montrent pas chez l’adulte. Avec une bonne technique, les bras bougent peu, et ce sont les poignets qui tournent la corde. Les muscles du tronc stabilisent le corps, mais la corde n’est pas un exercice de renforcement abdominal.
« Plus on tourne vite, plus on dépense. » L’étude de Town ne trouve pas de différence de coût entre 125 et 145 sauts par minute, parce que la hauteur des sauts diminue quand la cadence monte.
« C’est l’exercice idéal pour maigrir. » Les essais disponibles montrent une meilleure capacité aérobie, mais peu ou pas de changement de composition corporelle sans modification de l’alimentation.
« Les débutants manquent de souffle. » Souvent, ils manquent surtout de technique : un saut trop haut et un contact trop long coûtent davantage que le rebond d’un pratiquant entraîné. L’essoufflement rapide n’est pas un verdict sur la condition physique.
« C’est mauvais pour les genoux. » Le tendon d’Achille est la structure la plus sollicitée par le rebond. Une progression trop rapide est le principal piège, plus que l’exercice lui-même.
Quand demander un avis avant de commencer
La corde à sauter est un exercice d’impact intense. Certaines situations justifient un avis médical ou celui d’un kinésithérapeute avant de s’y mettre : une douleur ou un antécédent de tendinopathie d’Achille, une fracture de fatigue ou une fragilité osseuse connue, une arthrose du genou, de la hanche ou de la cheville, une maladie cardiaque ou respiratoire, un surpoids important. La grossesse et la période qui suit l’accouchement demandent aussi un avis : les sauts sollicitent le périnée, et la reprise des activités d’impact se décide avec la sage-femme ou le médecin.
Pendant la pratique, une douleur vive, une douleur qui persiste au repos ou qui s’aggrave d’une séance à l’autre, une gêne thoracique ou un essoufflement inhabituel imposent d’arrêter et de consulter.
Ce que ces études ne disent pas
Les travaux réunis ici ont des limites. Les mesures du rebond portent sur de petits groupes, souvent des hommes jeunes, dans des conditions de laboratoire. Les essais d’entraînement durent quelques semaines, avec quelques dizaines de participants, souvent des enfants, des adolescents ou des étudiants. Aucun ne suit les pratiquants pendant des années, et aucun ne compare la corde à sauter à toutes les autres activités possibles.
On peut en retenir des mécanismes solides, comme le rôle élastique du tendon, le coût énergétique élevé de l’exercice ou la réponse de l’os à l’impact. On ne peut pas en tirer de promesse chiffrée sur ce que la corde à sauter fera pour une personne en particulier.
En résumé
La corde à sauter est un exercice intense, de l’ordre de 8 à 12 METs selon le rythme, qui se pratique par séries courtes. Son économie repose sur le tendon d’Achille, qui stocke et restitue une partie de l’énergie de chaque rebond, à condition de sauter bas et de garder un contact bref. Les essais montrent des gains de capacité aérobie et de coordination, peu d’effet sur le poids sans changement d’alimentation, et un effet local sur l’os qui reçoit les impacts. Le tendon, qui fait la force de l’exercice, en est aussi la limite : il s’adapte lentement, et la progression doit suivre son rythme plutôt que l’enthousiasme du débutant.
💡 Ce que la science dit vraiment
Sautez bas et gardez un contact bref : c’est le tendon d’Achille qui rend une partie de l’énergie de chaque rebond (Lichtwark et Wilson, J Exp Biol 2005). Augmentez le volume au rythme du tendon, pas à celui de votre souffle.
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📚 Sources scientifiques
- Lichtwark GA, Wilson AM. In vivo mechanical properties of the human Achilles tendon during one-legged hopping. J Exp Biol, 2005 (résumé).
- Maganaris CN, Paul JP. Hysteresis measurements in intact human tendon. J Biomech, 2000 (résumé).
- Li C, Yang Y. The fast-slow stretch-shortening cycle classification: provenance, transmission and evidential status of the 250 ms boundary. Front Physiol, 2026 (résumé).
- Town GP, Sol N, Sinning WE. The effect of rope skipping rate on energy expenditure of males and females. Med Sci Sports Exerc, 1980 (résumé).
- Compendium of Physical Activities. Adult Compendium of Physical Activities, 2024. Compendium of Physical Activities, 2024 (tableaux en ligne).
- Phongchin W et al. Effects of high-intensity interval rope-skipping on cardiorespiratory fitness, body composition, and enjoyment in young adults. Eur J Clin Nutr, 2025 (résumé).
- Maria SA et al. Jump Rope Training Improves Muscular Strength and Cardiovascular Fitness in University Students: A Controlled Educational Intervention. Sports (Basel), 2025 (résumé).
- Trecroci A et al. Jump Rope Training: Balance and Motor Coordination in Preadolescent Soccer Players. J Sports Sci Med, 2015 (résumé).
- Brini S et al. Combined jump rope and elastic resistance band training improves agility, body balance and neuromuscular performance in young male basketball players. Sci Rep, 2026 (résumé).
- Tang Z et al. Effects of Caloric Restriction and Rope-Skipping Exercise on Cardiometabolic Health: A Pilot Randomized Controlled Trial in Young Adults. Nutrients, 2021 (résumé).
- Beck BR, Daly RM, Singh MA, Taaffe DR. Exercise and Sports Science Australia (ESSA) position statement on exercise prescription for the prevention and management of osteoporosis. J Sci Med Sport, 2017 (résumé).
- Ha AS, Ng JYY. Rope skipping increases bone mineral density at calcanei of pubertal girls in Hong Kong: A quasi-experimental investigation. PLoS One, 2017 (résumé).
- Bohm S, Mersmann F, Santuz A, Arampatzis A. Enthalpy efficiency of the soleus muscle contributes to improvements in running economy. Proc Biol Sci, 2021 (résumé).
- Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. Am J Sports Med, 2007 (résumé).
- Torres-Banduc MA et al. Isokinetic shoulder strength adaptations to weighted jump rope training in CrossFit athletes: A pre-post study. Shoulder Elbow, 2025 (résumé).
- Bull FC et al. World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. Br J Sports Med, 2020.
Sources lues et vérifiées le 30 octobre 2026, dans leur résumé publié (Europe PMC).
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