Coût de ne pas copier la Scandinavie projection — milliards d'euros et ans de vie en bonne santé perdus

Ce que la France perd à ne pas copier la Scandinavie

✍️ Par la Rédaction Magicfit · ⏱️ Lecture 9 min · 📅 Publié le 10 mars 2026

Investigation · Coût de l’inactivité · Scandinavie · Économie de la santé · France · Franchise

En France, la sédentarité prolongée a coûté plus d’1 milliard d’euros en 2016, en soins et en pertes de productivité (Racine et coll., 2022). La Suède, elle, a mis au point au début des années 2000 une méthode de prescription d’activité physique que l’OMS et l’Union européenne citent en exemple. Ce que l’écart entre les deux pays enseigne à Magicfit sur son rôle dans la prévention, et sur les partenariats à construire avec les médecins, les mutuelles et les ARS.

Tribune signée Frédéric Legrand, fondateur du réseau Magicfit · 10 clubs · 130 000 membres · Série MAGICFIT Investigation · Mise à jour octobre 2026

1. Ce que la sédentarité coûte vraiment à la France

Le premier chiffrage du coût de la sédentarité en France est récent. Il date de 2022 et vient d’une équipe réunissant le ministère des Sports, l’Anses, l’Inserm et plusieurs CHU (Racine et coll., 2022). Les chercheurs ont retenu un seuil : passer 8,6 heures ou plus par jour assis augmente le risque de décès prématuré. En 2016, 24,9 % des adultes français dépassaient ce seuil. Les auteurs estiment que 51 193 décès prématurés par an sont liés à ce temps assis prolongé, avec une marge d’incertitude allant de 35 317 à 63 699 décès.

Le coût qui en découle dépasse 1 milliard d’euros pour l’année 2016. L’Assurance maladie en supporte 494 millions, pour trois maladies : les maladies cardiovasculaires (317 millions), le cancer du sein (142 millions) et le cancer du côlon (34 millions). Les décès prématurés font perdre 507 millions d’euros de productivité, et les absences au travail dues à la maladie entre 43 et 147 millions. Les auteurs soulignent eux-mêmes les limites de leur calcul, et elles jouent dans les deux sens. Certaines pourraient le sous-estimer : peu de maladies sont comptées, le temps assis est déclaré par questionnaire, ce qui le sous-estime en général, et la méthode retenue donne des montants plus bas que d’autres approches. D’autres pourraient le surestimer : la méthode utilisée pour les pertes de productivité compte comme perdue pour l’entreprise toute la durée de l’absence.

L’ampleur du problème, elle, ne fait pas de doute. En 2022, l’Anses a rappelé que 95 % des adultes français sont exposés à un risque pour leur santé, faute d’activité physique suffisante ou parce qu’ils restent assis trop longtemps. Plus d’un tiers des adultes cumulent les deux. Au-delà de 8 heures assis par jour, le risque est réel. Pour Magicfit, ces chiffres ont un mérite : ils sont publiés, vérifiables, et suffisent à montrer qu’un club de proximité répond à un besoin de santé publique.

2. Comparer la France et la Scandinavie : ce qu’on peut dire, et ce qu’on ne peut pas

Comparer le coût de la sédentarité d’un pays à l’autre est plus délicat qu’il n’y paraît. Racine et coll. le montrent avec l’exemple du Royaume-Uni : une autre équipe y a estimé les seuls coûts de santé directs de la sédentarité prolongée à 0,8 milliard de livres en 2016-2017, soit près de 0,94 milliard d’euros, bien plus qu’en France. Mais le seuil retenu n’était pas le même (6 heures assis par jour, et non 8,6), les maladies prises en compte non plus, et les systèmes de santé diffèrent. L’écart dit autant des méthodes que des pays.

Nous n’avons trouvé aucun chiffrage du coût de la sédentarité en Suède construit avec la même méthode que celui de la France, et nous n’en citons donc pas. Ce qui se compare, en revanche, ce sont les politiques. Et sur ce terrain, la Suède a une longueur d’avance sur un point précis : la place de l’activité physique dans le soin. Selon les données déclaratives citées par Brorsson Lundqvist et coll. (2024), 34 % de la population suédoise n’atteint pas les niveaux d’activité physique recommandés. Le pays n’est donc pas peuplé de sportifs : il s’est surtout doté d’un outil pour aider ceux qui ne bougent pas assez.

3. Le modèle suédois : l’activité physique sur ordonnance

L’activité physique sur ordonnance, en suédois « Fysisk aktivitet på recept » (FaR), a été mise au point en Suède au début des années 2000. Elle repose sur trois éléments : un dialogue centré sur le patient, qui part de son expérience et de ses envies ; une prescription écrite, adaptée au type d’activité, à sa durée, à sa fréquence et à son intensité ; un suivi structuré, qui permet d’ajuster la prescription. Les soignants s’appuient sur un référentiel de connaissances, le FYSS, et sur une collaboration avec les structures qui accueillent les patients pour pratiquer.

En Suède, tout professionnel de santé diplômé qui en a les connaissances peut prescrire de l’activité physique, et pas seulement le médecin. La méthode est recommandée par les lignes directrices nationales, et l’OMS comme l’Union européenne la considèrent comme une bonne pratique. Les études suédoises ont montré qu’elle augmente le niveau d’activité physique des patients inactifs, avec des effets encore visibles cinq ans après sur l’activité, la santé métabolique et la qualité de vie (Brorsson Lundqvist et coll., 2024, qui recensent ces travaux).

Le modèle a pourtant ses limites, et elles sont instructives. Plus de vingt ans après son lancement, la prescription reste inégalement utilisée. Dans une enquête menée en 2022 auprès de 143 médecins généralistes de la région de Västra Götaland, la deuxième de Suède, 27 % disaient la prescrire chaque semaine ou chaque mois, 54 % moins souvent, et 19 % jamais. Les médecins de Göteborg, où un centre dédié forme et accompagne les soignants depuis 2018, avaient six fois plus de chances de la prescrire régulièrement que leurs confrères du reste de la région. La leçon tient en une phrase : une ordonnance de sport ne se diffuse que si les médecins savent où envoyer leurs patients, et sont accompagnés pour le faire.

4. En France : une prescription possible depuis 2017, encore peu utilisée

La France a suivi, avec plus de dix ans de décalage. Le décret n° 2016-1990 de décembre 2016, entré en vigueur en 2017, reconnaît au médecin généraliste le rôle de prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient. Depuis mars 2023, tous les médecins peuvent la prescrire. L’activité physique adaptée est dispensée par des professionnels qualifiés, et les médecins orientent leurs patients vers les structures de leur territoire, comme les Maisons Sport-Santé. Sa prise en charge financière n’existe que dans certains cas, le plus souvent par des initiatives locales ou régionales (Hagiu et coll., 2025).

Dans les faits, la prescription reste rare. Une enquête nationale menée entre octobre 2023 et avril 2024 auprès de 383 médecins généralistes a montré que 39,1 % se déclaraient prescripteurs, mais que seuls 32,1 % avaient rédigé au moins une prescription le mois précédent, et que 60,8 % n’en avaient jamais rédigé. Les freins cités sont parlants : 71,3 % des médecins ne connaissent pas les structures locales vers lesquelles orienter leurs patients, 66,2 % manquent de connaissances ou de formation, 54,3 % évoquent le manque de motivation des patients et 49,3 % le coût pour eux. À l’inverse, connaître une structure sport-santé à proximité est l’un des facteurs les plus liés à la prescription (Hagiu et coll., 2025).

Les deux enquêtes ne se comparent pas chiffre à chiffre : l’une porte sur une seule région suédoise, l’autre sur un échantillon de médecins de toute la France, et leurs questions diffèrent. Elles disent pourtant la même chose. Dans les deux pays, ce qui manque le plus au médecin, ce n’est pas la conviction : c’est un lieu identifié, proche et fiable, où adresser son patient.

5. Ce que cela change pour un club Magicfit

C’est là que se trouve la place d’un club de proximité. Si le premier frein à la prescription est de ne pas savoir où envoyer le patient, alors un club qui se fait connaître des médecins de son quartier, explique ce qu’il propose et accueille les personnes qui reprennent une activité répond directement à ce besoin. Concrètement, cela passe par des rencontres régulières avec les médecins généralistes et les professionnels de santé du territoire, par la présence d’enseignants formés à l’activité physique adaptée, et par un accueil pensé pour les personnes qui arrivent avec une prescription : premier rendez-vous, programme progressif, suivi.

Les mutuelles et les ARS sont les autres interlocuteurs naturels. Les premières prennent en charge une partie des soins liés aux maladies chroniques, les secondes pilotent la prévention dans chaque région : toutes cherchent des relais sur le terrain. Leur proposer une convention, avec des modalités d’accueil et de suivi claires, c’est répondre au deuxième frein relevé en France : le coût pour le patient. Le chiffre à mettre sur la table n’a pas besoin d’être spectaculaire pour convaincre : plus d’1 milliard d’euros en 2016, en soins et en pertes de productivité, selon une étude publiée et vérifiable (Racine et coll., 2022).

6. Simuler votre projet de club Magicfit

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7. Ce que Magicfit retient du modèle scandinave

Le modèle suédois enseigne d’abord que la prévention par l’activité physique s’installe dans la durée : plus de vingt ans après son lancement, la prescription y progresse encore. Il montre ensuite qu’une ordonnance ne suffit pas : il faut un suivi, et des lieux de pratique que les soignants connaissent. Il rappelle enfin que les chiffres comptent, à condition d’être solides. Pour plaider auprès des élus, des médecins et des financeurs, Magicfit s’appuie sur ce qui est publié : un coût de la sédentarité supérieur à 1 milliard d’euros en France en 2016, 95 % des adultes exposés à un risque selon l’Anses, et une prescription d’activité physique qui reste à développer, en France comme en Suède.

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FAQ — Coût de l'inactivité physique : ce que le modèle scandinave révèle

Combien la sédentarité coûte-t-elle à la France ?
Plus d’1 milliard d’euros en 2016, en soins et en pertes de productivité, selon le premier chiffrage publié (Racine et coll., European Journal of Public Health, 2022) : 494 millions d’euros de soins pour l’Assurance maladie, 507 millions de pertes de productivité dues aux décès prématurés et 43 à 147 millions dues aux absences pour maladie. Trois maladies seulement sont comptées, et les auteurs signalent que leur méthode pourrait sous-estimer certains coûts, et en surestimer d’autres.
Combien de Français sont concernés ?
Selon l’Anses (2022), 95 % des adultes sont exposés à un risque pour leur santé, faute d’activité physique suffisante ou parce qu’ils restent assis trop longtemps, et plus d’un tiers cumulent les deux. Racine et coll. estiment que 24,9 % des adultes passaient 8,6 heures ou plus par jour assis en 2016, et que 51 193 décès prématurés par an sont liés à ce temps assis prolongé.
Qu'est-ce que l'activité physique sur ordonnance en Suède ?
La méthode suédoise, « Fysisk aktivitet på recept » (FaR), a été mise au point au début des années 2000. Elle associe un dialogue centré sur le patient, une prescription écrite et adaptée, et un suivi structuré. Tout professionnel de santé diplômé qui en a les connaissances peut la prescrire, et l’OMS comme l’Union européenne la considèrent comme une bonne pratique (Brorsson Lundqvist et coll., 2024).
Les médecins suédois la prescrivent-ils vraiment ?
Pas tous. Dans une enquête de 2022 auprès de 143 médecins généralistes de la région de Västra Götaland, 27 % la prescrivaient chaque semaine ou chaque mois, 54 % moins souvent et 19 % jamais. Les médecins de Göteborg, accompagnés par un centre dédié depuis 2018, avaient six fois plus de chances de la prescrire régulièrement (Brorsson Lundqvist et coll., 2024).
Comment fonctionne la prescription d'activité physique en France ?
Le décret n° 2016-1990 de décembre 2016, entré en vigueur en 2017, permet au médecin généraliste de prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités et au risque médical du patient ; depuis mars 2023, tous les médecins le peuvent. L’activité est dispensée par des professionnels qualifiés, dans des structures comme les Maisons Sport-Santé. Sa prise en charge financière n’existe que dans certains cas (Hagiu et coll., 2025).
Combien de médecins généralistes la prescrivent en France ?
Dans une enquête nationale menée en 2023-2024 auprès de 383 médecins généralistes, 32,1 % avaient rédigé au moins une prescription le mois précédent et 60,8 % n’en avaient jamais rédigé. Le premier frein cité est de ne pas connaître les structures locales vers lesquelles orienter les patients (71,3 %), devant le manque de formation (66,2 %) (Hagiu et coll., 2025).
Que peut faire un club de fitness pour la prévention ?
Se faire connaître des médecins et des professionnels de santé de son territoire, accueillir des enseignants formés à l’activité physique adaptée, prévoir un accueil et un suivi pour les personnes qui arrivent avec une prescription, et proposer des conventions aux mutuelles et aux ARS. C’est répondre aux deux premiers freins relevés en France : ne pas savoir où adresser le patient, et le coût pour lui.

Sources

  1. Noël Racine A, Margaritis I, Duclos M, Carré F, Vuillemin A, Gautier C. Costing the economic burden of prolonged sedentary behaviours in France. European Journal of Public Health 2022;32(Suppl 1):i3-i7.
  2. Anses. Manque d’activité physique et excès de sédentarité : une priorité de santé publique (15 février 2022).
  3. Brorsson Lundqvist E, Praetorius Björk M, Bernhardsson S. Physical activity on prescription in Swedish primary care: a survey on use, views, and implementation determinants amongst general practitioners. Scandinavian Journal of Primary Health Care 2024;42(1):61-71.
  4. Hagiu DP, Entemeyer L, Falcon A. Physical activity prescription in general practice in France: where do we stand? A cross-sectional study. BMC Primary Care 2025;26(1):107.

Sources lues et vérifiées par la Rédaction Magicfit le 15 octobre 2026.

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