✍️ Par la Rédaction MagicFit · ⏱️ Lecture 21 min · 📅 Publié le 1 septembre 2026
Périménopause : ce qui change pendant la transition, et pourquoi personne ne le voit venir
Une phase qui dure des années, dont les signes ressemblent à dix autres choses, et qui tombe précisément au moment où l’entraînement compte le plus. Ce que les grandes cohortes ont mesuré, et ce qu’elles ne permettent pas de conclure.
Il y a une phrase qui revient sans arrêt en salle, à partir de la quarantaine, et qui ressemble à une conclusion alors qu’elle n’est qu’une hypothèse : « c’est l’âge ». Elle sert à expliquer une fatigue qui ne part plus le week-end, un sommeil qui s’effrite, des séances qui laissent plus de courbatures qu’avant, une silhouette qui change alors que la balance affiche le même chiffre. Elle est commode parce qu’elle ferme le sujet. Et elle est très souvent fausse, ou plutôt incomplète : ce que beaucoup de femmes attribuent à l’âge relève d’un passage, pas d’un état.
Ce passage porte un nom, la périménopause, et il souffre d’un problème d’identité. Il est traité soit comme une anecdote préparatoire, soit confondu avec la ménopause installée, qui est un autre sujet et que nous avons traité ailleurs sous l’angle de l’os et de la force. Or c’est pendant la transition, pas après, que la plupart des changements mesurables se produisent. C’est aussi pendant la transition que beaucoup de femmes lèvent le pied, réduisent les charges, espacent les séances. Le calendrier est cruel : le décrochage arrive au moment exact où construire aurait le plus de valeur.
Dans la cohorte SWAN, le suivi par absorptiométrie de 1 246 femmes montre qu’au début de la transition la vitesse de gain de masse grasse double pendant que la masse maigre décline. Les deux mouvements se compensent : le poids, lui, continue sa pente antérieure sans accélération détectable.
Ce que recouvre exactement la périménopause
La référence internationale en la matière s’appelle STRAW+10. C’est le cadre publié en 2012 par un groupe de travail réunissant des scientifiques de cinq pays, qui a découpé le vieillissement reproductif en dix stades définis par les caractéristiques du cycle et les marqueurs hormonaux. Ce cadre distingue trois grandes phases : la période reproductive, la transition ménopausique, et la postménopause. La périménopause, au sens strict, recouvre la transition et se prolonge jusqu’à douze mois après les dernières règles.
Concrètement, la transition commence quand la longueur des cycles se met à varier de façon persistante. Le stade précoce se caractérise par une variabilité qui s’installe ; le stade tardif par des intervalles d’aménorrhée d’au moins soixante jours. Ce n’est pas une décroissance régulière, c’est une instabilité. Les niveaux d’œstradiol ne descendent pas en pente douce : ils fluctuent, parfois vers le haut, avant de se stabiliser en bas. Cette variabilité est d’une autre nature que celle d’un cycle régulier, à propos duquel nous avons détaillé ailleurs ce qui varie réellement au fil des phases, et pourquoi c’est si difficile à mesurer. Cette distinction n’est pas un détail sémantique. Elle explique pourquoi la période est vécue de façon beaucoup plus erratique que la ménopause installée.
Les auteurs de STRAW+10 ont également précisé que ce cadre s’applique quels que soient l’âge, l’origine, la corpulence ou le mode de vie. Autrement dit, il n’existe pas de calendrier normatif : on entre en transition à des âges très différents, et la durée du passage varie considérablement d’une femme à l’autre. Les ordres de grandeur les plus souvent cités situent la transition entre quatre et sept ans, mais ce sont des moyennes de cohorte, pas une prévision individuelle.
Ce qui compte pour la suite de cet article, c’est que la périménopause n’est pas un instant, ni un seuil qu’on franchit. C’est une fenêtre longue, à géométrie variable, pendant laquelle le corps se réorganise. Et pendant une fenêtre longue, ce qu’on fait de façon répétée pèse davantage que ce qu’on fait de façon spectaculaire.
Pourquoi cette période est si difficile à identifier
Le problème central de la périménopause n’est pas qu’elle soit méconnue. C’est qu’elle est indistinguable, sur la seule base du ressenti, de plusieurs autres situations parfaitement courantes à cet âge. Fatigue persistante, sommeil fragmenté, humeur instable, difficulté à récupérer, sensation de brouillard : cette liste correspond aussi bien à un dysfonctionnement thyroïdien, à une carence martiale, à une charge de vie devenue ingérable, à un trouble du sommeil indépendant, ou à une combinaison des quatre.
Cette ambiguïté a une conséquence pratique lourde. Elle produit deux erreurs symétriques. La première consiste à tout attribuer aux hormones, et donc à ne pas explorer une cause qui aurait été traitable. La seconde consiste à ne rien attribuer aux hormones, et donc à s’en vouloir de ne pas « tenir » comme avant, avec la spirale de culpabilité qui va avec. Les deux erreurs mènent au même endroit : on ne consulte pas, et on encaisse.
S’ajoute un problème de calendrier. La quarantaine et le début de la cinquantaine concentrent souvent des charges qui n’ont rien d’hormonal : responsabilités professionnelles à leur maximum, adolescents à la maison, parents vieillissants. Démêler ce qui relève de la biologie et ce qui relève de la charge de vie est difficile, y compris en consultation, et cela n’a rien d’un échec personnel. C’est précisément le genre de situation où le tri appartient à un professionnel de santé qui dispose d’un examen clinique et d’analyses, pas à une grille trouvée en ligne. Nous avons détaillé ailleurs pourquoi la piste thyroïdienne mérite d’être explorée sérieusement plutôt qu’invoquée en passant, tant le recouvrement des symptômes est important.
Enfin, la transition n’est pas repérable par un dosage isolé. Les hormones fluctuant fortement d’un cycle à l’autre, une prise de sang unique renseigne mal, et c’est l’évolution du cycle sur plusieurs mois qui est informative. Cela explique un vécu très répandu : une femme rapporte des symptômes marqués, ses résultats reviennent « normaux », et elle en conclut qu’elle a imaginé quelque chose. La normalité d’un dosage ponctuel ne dit pas grand-chose de ce qui se passe sur douze mois.
Ce que les données établissent sur la durée du passage
La cohorte la plus utile sur ce sujet s’appelle SWAN, pour Study of Women’s Health Across the Nation. Elle a suivi 3 302 femmes recrutées sur sept sites américains à partir de 1996, avec un nombre médian de treize visites par participante. C’est cette durée de suivi qui en fait une source à part : la plupart des études sur la ménopause sont transversales, c’est-à-dire qu’elles photographient un instant, alors que le sujet est par nature une trajectoire.
Le résultat le plus contre-intuitif de SWAN concerne les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes. Sur les 1 449 femmes rapportant des symptômes fréquents, la durée médiane totale a été de 7,4 ans, avec une persistance médiane de 4,5 ans après les dernières règles. Pendant longtemps, on annonçait trois à cinq ans. Le sous-groupe le plus concerné est aussi le plus contre-intuitif : chez les femmes dont les symptômes débutent tôt, en préménopause ou en périménopause précoce, la durée médiane dépasse 11,8 ans.
Ce chiffre est à manier avec précaution, et il faut le dire clairement : il s’agit d’une médiane calculée chez des femmes qui rapportaient des symptômes fréquents, pas d’une prévision applicable à toutes. Une part importante des femmes traverse la transition avec des symptômes légers ou absents. Ce que le résultat établit, c’est l’ordre de grandeur du phénomène quand il est présent : on parle d’années, pas de mois. Les auteurs relèvent par ailleurs que la durée est associée à d’autres facteurs que le seul stade hormonal, notamment le niveau de stress perçu et l’état thymique au moment du premier signalement.
Pour l’entraînement, cette donnée change tout à l’échelle du raisonnement. Un inconfort de trois mois se traverse en serrant les dents. Un phénomène qui s’étale sur plusieurs années ne se traverse pas : il se traverse avec quelque chose. Mettre sa pratique entre parenthèses « le temps que ça passe » revient, dans les faits, à s’arrêter pendant la décennie où l’activité physique a le plus d’effets mesurables sur la trajectoire osseuse et musculaire.
Situer votre pratique dans cette période, sans vous étiqueter
L’outil ci-dessous ne dit pas où vous en êtes dans la transition, et c’est délibéré. Aucun questionnaire ne peut établir un stade hormonal, et une grille qui prétendrait le faire vous induirait en erreur. Il ne produit pas de score, ne compare pas votre situation à une norme et ne collecte aucune donnée de poids ni de mensuration.
Ce qu’il fait est plus modeste et plus utile : à partir de cinq questions sur votre pratique actuelle et votre contexte, il vous renvoie les axes d’entraînement qui méritent votre attention en priorité, ainsi que les situations pour lesquelles un avis médical doit précéder toute décision d’entraînement.
Cinq questions sur votre contexte. En retour, les axes d'entrainement a traiter en priorite.
Vos axes, par ordre de priorite
Ces axes sont des priorites relatives, pas un programme. Un axe absent n'est pas un axe a abandonner. Toute restriction reelle sur votre pratique doit venir d'un avis medical, jamais d'un outil en ligne.
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La lecture correcte du résultat est la suivante : les axes affichés sont des priorités relatives, pas un programme. Ils indiquent où placer votre énergie limitée en premier, pas ce que vous devez cesser de faire. Un axe qui n’apparaît pas n’est pas un axe à abandonner.
Et si l’outil signale une orientation médicale, elle prime sur tout le reste. Le déroulé n’est pas « je m’entraîne, et je verrai plus tard » : c’est « je fais vérifier, et j’ajuste ensuite avec un cadre clair ». Un entraînement construit sur un diagnostic manquant est un entraînement construit sur du sable.
La composition corporelle change avant que le poids ne bouge
C’est probablement le point le plus mal compris de toute la période, et celui qui génère le plus de découragement. L’analyse par absorptiométrie biphotonique menée dans SWAN sur 1 246 participantes a suivi la composition corporelle sur une fenêtre d’environ dix-huit ans, de neuf ans avant les dernières règles à dix ans après. Le résultat est net : masse grasse et masse maigre augmentaient toutes deux modérément avant la transition. Au démarrage de la transition, la vitesse de gain de masse grasse a doublé, tandis que la masse maigre s’est mise à décliner. Les deux mouvements se sont poursuivis jusqu’à deux ans après les dernières règles, puis se sont aplatis.
Le point décisif est ce que ces deux courbes produisent une fois additionnées. Le poids, lui, a continué de monter selon la même pente qu’avant, sans accélération détectable au moment de la transition. Ce que gagne la masse grasse, la masse maigre le perd. Sur la balance, l’opération est presque invisible. Sous la peau, elle ne l’est pas du tout.
Cela explique une expérience extrêmement fréquente et jusque-là mal expliquée : des vêtements qui ne tombent plus pareil, une silhouette qui se modifie, une impression de raideur ou de mollesse, tandis que le chiffre du matin reste stable. Beaucoup de femmes en concluent qu’elles se racontent des histoires. Elles ne s’en racontent aucune. Elles observent un phénomène réel que leur instrument de mesure ne capte pas.
Les auteurs de ce travail notent d’ailleurs que ce décalage a une portée qui dépasse le miroir. Puisque le rapport entre les deux compartiments se modifie sans que le poids traduise le mouvement, les indicateurs fondés sur le seul poids rapporté à la taille perdent en pertinence à cet âge. C’est une limite d’outil, pas une limite de la personne mesurée.
La conséquence pratique est simple à formuler et difficile à appliquer : pendant cette période, la balance est le plus mauvais indicateur disponible pour juger de l’effet de son entraînement. Ce qui se suit utilement, c’est ce que le corps fait : des charges qui progressent, des répétitions qui deviennent plus propres, un escalier qui se monte sans réfléchir, un sac de courses qui redevient anodin. Ces repères-là mesurent le compartiment qui est justement en train de céder du terrain.
L’os : une fenêtre qui s’ouvre plus tard qu’on ne le croit
Sur le tissu osseux, SWAN a produit un résultat particulièrement précis, et qui corrige une idée fausse répandue dans les deux sens. L’analyse a porté sur des femmes préménopausées ou en périménopause précoce au départ, suivies sur dix ans, chez lesquelles la date des dernières règles a pu être établie. Les courbes montrent que la perte de densité minérale osseuse ne commence pas tôt dans la transition : elle démarre environ un an avant les dernières règles, s’accélère, puis ralentit sans s’arrêter deux ans après.
Sur les dix ans observés, la perte cumulée au rachis lombaire a atteint 10,6 %, dont 7,38 % concentrés sur cette fenêtre de trois ans autour des dernières règles. Au col fémoral, la perte cumulée a été de 9,1 %, dont 5,8 % sur la même fenêtre. Autrement dit, l’essentiel de la perte se joue sur une période courte et tardive, alors que la période antérieure est relativement calme sur ce plan.
Ce résultat est à double tranchant, et il faut résister à la tentation d’en tirer une conclusion trop rapide. Il ne signifie pas qu’il ne se passe rien avant, ni qu’il serait inutile de s’occuper de son squelette pendant la périménopause précoce. Il signifie que la période qui précède l’accélération est une période de construction, pendant laquelle le capital osseux et la commande neuromusculaire se travaillent dans des conditions favorables. Arriver dans la fenêtre d’accélération avec une pratique installée depuis plusieurs années n’a rien à voir avec y arriver après cinq ans d’arrêt.
Il faut aussi noter les limites de ce travail. Il décrit une trajectoire moyenne dans une cohorte multiethnique, avec des différences marquées selon l’origine et la corpulence, et il ne teste aucune intervention. Il ne dit pas ce que l’entraînement modifie ; il dit quand le terrain bouge. Ce que l’entraînement en force change sur l’os une fois la ménopause installée fait l’objet d’un autre dossier, où nous avons examiné ce qu’un essai randomisé a mesuré chez des femmes à faible masse osseuse et dans quel cadre encadré ces résultats ont été obtenus.
Le sommeil, la variable qui déstabilise tout le reste
Une enquête communautaire conduite dans SWAN auprès de 12 603 femmes âgées de quarante à cinquante-cinq ans a mesuré la fréquence des difficultés de sommeil selon le stade de la transition. Trente-huit pour cent de l’ensemble rapportaient une difficulté à dormir dans les deux semaines précédant l’entretien. Après ajustement sur l’âge, les taux les plus élevés se trouvaient chez les femmes en périménopause tardive, à 45,4 %, et chez celles en postménopause chirurgicale, à 47,6 %.
L’analyse multivariée conduit au point important : le stade de la transition restait associé à la difficulté de sommeil indépendamment des autres facteurs testés, parmi lesquels les symptômes vasomoteurs, les symptômes psychologiques, la santé perçue et le niveau d’études. Ce n’est donc pas seulement l’effet mécanique des sueurs nocturnes qui réveillent. Il y a une contribution propre du stade lui-même.
Ce résultat mérite d’être dit à voix haute, parce qu’il désamorce une accusation que beaucoup de femmes s’adressent à elles-mêmes. Quand le sommeil se dégrade sur cette période, la première explication proposée est presque toujours comportementale : trop d’écrans, trop de café, pas assez de discipline. Les données suggèrent qu’une partie du phénomène est indépendante de ces éléments. Cela n’invalide pas les règles d’hygiène du sommeil, cela les remet à leur place : elles aident, elles ne suffisent pas toujours, et leur insuffisance n’est pas un échec de volonté.
Pour la pratique sportive, le sommeil est la variable qui, dégradée, déforme toutes les autres. La récupération entre les séances s’allonge, la perception de l’effort augmente à charge égale, la motivation s’effondre, et l’on conclut à tort que « le corps ne suit plus ». Nous avons développé ailleurs pourquoi le sommeil est la première variable qui sabote silencieusement les résultats d’entraînement, et le raisonnement s’applique avec une force particulière pendant cette période.
La lecture pratique n’est pas de s’entraîner davantage pour compenser. C’est plutôt d’accepter, sur les périodes où le sommeil est mauvais, que le volume baisse pendant que la régularité tient. Deux séances tenues valent mieux que quatre séances planifiées et deux honorées, parce que la deuxième configuration produit surtout de la culpabilité.
Humeur : ce que les cohortes montrent, et ce qu’elles ne disent pas
Les analyses longitudinales de SWAN sur les symptômes dépressifs aboutissent à une formulation qu’il faut restituer avec précision, parce qu’elle est souvent déformée dans un sens ou dans l’autre. La conclusion des auteurs est double. D’une part, la majorité des femmes d’âge moyen ne présentent pas de symptômes dépressifs élevés. D’autre part, celles qui en présentent sont plus susceptibles d’en rapporter lorsqu’elles sont en périménopause ou en postménopause que lorsqu’elles étaient en préménopause, et cela indépendamment de facteurs comme les difficultés financières, la santé perçue ou les événements de vie stressants.
Les synthèses ultérieures situent l’ordre de grandeur autour d’un doublement du risque de symptômes cliniquement significatifs pendant la transition. Ce chiffre décrit une population, pas une trajectoire individuelle : il ne signifie en rien qu’une femme sur deux traversera un épisode, et il ne prédit rien pour une personne donnée.
Il faut également nommer une limite méthodologique importante. Ces travaux mesurent des symptômes déclarés au moyen d’échelles, ce qui n’équivaut pas à un diagnostic posé en consultation. Ils établissent une association statistique entre stade de transition et symptomatologie, sans démontrer un mécanisme causal unique. La contribution respective des fluctuations hormonales, de la dégradation du sommeil et de la charge de vie reste discutée, et les trois interagissent probablement.
Ce que cela implique en salle est une question de posture. Un coach n’a rien à faire sur ce terrain, ni pour diagnostiquer, ni pour rassurer à bon compte, ni pour proposer le sport comme réponse à une souffrance psychique. Ce qu’il peut faire, c’est ne pas ajouter de la contrainte, ne pas interpréter une baisse de motivation comme un manque de sérieux, et rappeler qu’un état qui dure relève d’un professionnel de santé. C’est la seule position tenable.
Bouffées de chaleur et exercice : une question mal posée
Sur ce point, la littérature offre un cas d’école de la façon dont une question peut être posée de travers. La revue Cochrane consacrée à l’exercice pour les symptômes vasomoteurs a conclu que les données disponibles étaient insuffisantes pour établir si l’exercice constitue un traitement efficace, la qualité des preuves étant jugée basse en raison de limites de conception, d’incohérence et d’imprécision.
Une méta-analyse plus récente, portant sur vingt-et-un essais randomisés et 2 884 participantes, apporte une nuance. Comparé à l’absence d’intervention, l’exercice améliorait la sévérité des symptômes vasomoteurs, avec une différence moyenne standardisée de 0,25 et un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,04 à 0,47. C’est un effet de petite taille. Surtout, il s’atténuait jusqu’à ne plus être significatif lorsque les essais à risque de biais élevé étaient exclus, la valeur tombant à 0,11 avec un intervalle allant de moins 0,03 à 0,26. Sur la fréquence des symptômes, aucune différence significative n’a été retrouvée.
Un essai randomisé suédois mérite d’être cité pour le contraste qu’il apporte. Cinquante-huit femmes ménopausées, peu actives au départ et présentant au moins quatre bouffées modérées à sévères par jour, ont été réparties entre quinze semaines d’entraînement en résistance et un maintien de l’activité habituelle. La fréquence des bouffées modérées à sévères a diminué de 44 % dans le groupe entraîné, sans changement significatif dans le groupe témoin. Deux réserves s’imposent : l’effectif est petit, et la population était ménopausée, pas en périménopause. Ce résultat ne se transpose donc pas mécaniquement à la transition.
La conclusion honnête est la suivante. Il n’existe pas de preuve solide que l’entraînement fasse disparaître les bouffées de chaleur, et présenter le sport comme une solution à ce symptôme précis relève de la promesse commerciale plutôt que de la donnée. En revanche, la question était mal posée : on a cherché un effet symptomatique là où l’intérêt de l’activité physique pendant cette période se joue ailleurs, sur la masse musculaire, la charpente osseuse, la capacité fonctionnelle et l’autonomie à venir.
Ce que l’activité physique ne fait pas pendant cette période
Cette section est la plus importante de l’article, parce que c’est celle qui est systématiquement absente des contenus consacrés au sujet. L’activité physique ne régule pas la fonction ovarienne. Elle ne stabilise pas les cycles, ne modifie pas le calendrier de la transition et ne repousse pas les dernières règles. Aucune donnée ne permet d’affirmer le contraire, et les formulations qui laissent entendre qu’un entraînement bien conduit « équilibrerait les hormones » ne reposent sur rien de mesuré chez l’humain.
Elle ne remplace pas non plus l’exploration médicale. Une fatigue qui s’installe, des saignements dont le caractère change, une chute de l’humeur qui dure, des douleurs nouvelles : ces éléments appellent un examen, pas un ajustement de programme. Le risque réel, ici, n’est pas de trop consulter. Il est de ranger sous l’étiquette « périménopause » une situation qui relevait d’autre chose et qui aurait pu être prise en charge.
Elle ne compense pas non plus mécaniquement les changements de composition corporelle décrits plus haut. Les auteurs de l’étude sur la composition sont explicites sur ce point : on ne sait pas quelle est la puissance des mécanismes en jeu, et il n’est pas possible de garantir que l’activité physique et l’alimentation neutralisent à elles seules l’effet de la transition sur les deux compartiments. Ce qui est raisonnable, c’est de dire que l’entraînement en force agit sur le compartiment qui décline, sans promettre une annulation du phénomène.
Enfin, elle ne soigne pas la charge de vie. Une femme qui traverse cette période en portant simultanément un travail exigeant, des adolescents et des parents dépendants ne manque pas de discipline sportive. Lui proposer d’ajouter quatre séances hebdomadaires à un emploi du temps déjà saturé, c’est lui proposer un échec de plus. La réponse utile est de réduire l’ambition du plan jusqu’à ce qu’il devienne tenable, pas d’augmenter l’exigence.
Une période où l’encadrement fait une différence réelle
Reprendre ou maintenir une pratique de force pendant la transition demande une progression construite et des repères objectifs. Nos coachs diplômés d’État vous accompagnent sur la technique et la progression, dans un cadre où votre suivi médical reste chez votre médecin.
Ce que la salle peut faire, et ce qui relève du médecin
La frontière est nette, et il vaut mieux l’énoncer que la laisser dans le flou. Ce qui relève du médecin : établir que vous êtes en transition, écarter les autres causes, interpréter des analyses, discuter d’un traitement, prendre en charge une souffrance psychique, évaluer une densité osseuse, statuer sur une contre-indication. Rien de tout cela ne se décide en salle, et un coach qui s’aventure sur ce terrain sort de sa compétence.
Ce qui relève de la salle est plus étroit mais loin d’être négligeable. Un coach peut apprendre une technique correcte sur les mouvements de force, construire une progression de charges qui tient sur des mois, adapter le volume à une période de sommeil dégradé sans faire disparaître la séance, et fournir des repères objectifs de progression qui ne dépendent ni du miroir ni de la balance. C’est un rôle de mise en œuvre, pas d’interprétation clinique.
Il y a aussi une contribution moins technique mais réelle : tenir le fil. Sur une fenêtre qui se compte en années, la principale menace n’est pas la mauvaise séance, c’est l’arrêt progressif. Un cadre, un horaire, quelqu’un qui remarque une absence : ces éléments pèsent davantage sur le résultat à cinq ans que le choix précis des exercices.
Un dernier point sur la communication entre les deux mondes. Si un suivi médical est en cours, il est utile que la pratique sportive soit mentionnée en consultation, et que les éventuelles restrictions soient transmises au coach. Cette circulation d’information est simple à mettre en place et évite les décisions prises dans le vide, dans un sens comme dans l’autre. Le sport est un complément du suivi médical, jamais un substitut.
Pour construire une base solide, exercice par exercice :
Le mot du coach : construire pendant le passage
Si vous ne deviez retenir qu’une idée de tout ce qui précède, ce serait celle-ci. La périménopause n’est pas le moment de lever le pied, c’est le moment où ce que vous construisez a le plus de valeur. Les données sur l’os et sur la masse maigre convergent sur ce point : le terrain bouge, et il bouge dans une direction que la pratique de force adresse directement.
Ce qui me frappe, en salle, c’est la constance d’un scénario. Une femme qui s’entraînait depuis des années commence à trouver ses séances plus dures, met ça sur le compte de l’âge, réduit les charges « par prudence », puis espace, puis arrête. Dix-huit mois plus tard, elle revient en disant qu’elle a beaucoup perdu. Elle n’a rien perdu à cause de la périménopause. Elle a perdu à cause de l’arrêt que la périménopause a déclenché.
La position honnête est celle-ci. La recherche n’établit pas que l’entraînement fasse disparaître les bouffées de chaleur, ne montre pas qu’il modifie le calendrier de la transition, et ne garantit pas qu’il annule les changements de composition corporelle. Ce qu’elle établit, c’est que la transition s’accompagne d’une perte de masse maigre et, plus tard, d’une accélération de la perte osseuse ; et que la pratique de force agit sur ces deux compartiments à tout âge. C’est moins spectaculaire que ce qu’on vous vend, et c’est bien plus solide.
Alors voici ce que j’aimerais que vous fassiez. Cessez d’utiliser la balance comme juge de vos progrès sur cette période, et remplacez-la par des repères de force que vous notez. Maintenez la régularité avant le volume : mieux vaut deux séances tenues chaque semaine pendant trois ans que cinq séances pendant deux mois. Faites vérifier médicalement ce qui dure, plutôt que de le classer d’office dans le hormonal. Et si vous devez réduire quelque chose pendant une mauvaise période, réduisez la durée des séances, pas leur nombre.
— la Rédaction MagicFit
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